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Les Phéniciens de Néchao II
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Le périple d'Hannon
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(1453 - 1515 )



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( 1681 - 1741 )



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Robert Surcouf
( 1773 - 1827 )



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( 1786 - 1847 )



Dumont d'Urville
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( 1829 - 1879 )



Joshua Slocum
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( 1856 - 1939 )



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( 1867 - 1936 )



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( 1893 - 1941 )



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( 1920 - 2009 )



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( 1922 - 2009 )




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Afonso de Albuquerque
1453 - 1515

par Michel RIVIERE

   Poussés par des motifs économiques et religieux, les Portugais, s’emparant de Ceuta dès 1415, menèrent à partir du 15ème siècle une politique d’expansion maritime. Afonso de Albuquerque militaire, navigateur, explorateur et administrateur fut un des grands acteurs de cette aventure coloniale : gouverneur des Indes portugaises de 1509 à 1515, il fondit en 7 ans un Empire (une série de comptoirs protégés par des forteresses) allant du golfe Persique jusqu’à la mer de Chine. Il fut avant tout un guerrier surnommé le Terrible, le Grand, le César de l'Orient, le Lion de la mer et le Mars portugais.

Portrait d'Afonso de Albuquerque


   Il naquit en 1453 à Alhandra, village situé près de Lisbonne. Issu d’une famille noble, il fut admis à la cour du roi Afonso V, fréquenta le prince João et reçut un enseignement et une instruction militaire solides. En 1471 il participa à la prise des ports de Tanger et d’Asilah, en 1476 à une campagne militaire en Castille et en 1480 à l’expédition venue aider Otrante assiégée par les Turcs.
   Le nouveau roi Joao II le nomma chef écuyer en 1481 et officier de sa garde en 1490. Entre-temps on le retrouve en garnison dans les présides marocains de Larache et d’Asilah. Ensuite on pense qu’il dut naviguer.

La conquête des comptoirs de l'océan Indien.

   Le commerce des épices et des autres marchandises précieuses d’Asie était aux mains des communautés musulmanes implantées sur les côtes d’Afrique Orientale et de l’Inde occidentale. Leur redistribution en Europe était dans celles des Vénitiens. Les Portugais voulurent supplanter les uns et les autres : à partir de 1497 ils lancèrent, en direction de l’océan Indien, des expéditions maritimes connues sous le nom d’armadas. Leur mission était triple : rapporter des épices, reconnaître des terres, s’allier aux Chrétiens d’Orient pour éliminer l’Islam. En 1499, le roi s’attribua le titre de « Seigneur de la conquête, de la navigation et du commerce de l’Ethiopie, de l’Arabie, de la Perse et de l’Inde » et le droit d’intervention dans ces contrées ! Pour services rendus à la royauté, Albuquerque fut nommé, à l'âge de 50 ans, capitaine-major de la 5ème armada qui comprit 10 navires répartis en 3 escadres ; il partagea cette charge avec son cousin Francisco de Albuquerque, ce qui entraîna des dissensions entre les deux hommes.

   Parti en avril 1503 il toucha la côte du Malabar en septembre, s’attaqua aux navires musulmans avec succès et maintint en place le roi de Cochin, hindouiste, qui luttait contre le samorin (roi musulman) de Calicut. Albuquerque construisit à Cochin la première forteresse portugaise d’Asie et établit une factorerie à Quilon. Ainsi furent jetées les bases de l’Empire portugais d’Orient qu’il n’aura de cesse d’agrandir. Il revint à Lisbonne en septembre 1504.




Nef d'Albuquerque
La nef d'Albuquerque en 1506. "Livro das armadas" Académie des Sciences. Lisbonne..
Extrait de "Nefs, galions et caraques" Chandeigne 1993
Caraque portugaise
Caraque portugaise naviguant au compas. Gravure du XVIème siècle.


   La 8ème armada dirigée par Tristao da Cunha, forte de 1300 soldats et composée de 14 bâtiments, leva l’ancre en 1506. Albuquerque, son subordonné, commandait à 5 navires. Il se disait l’égal des meilleurs pilotes et prit lui-même le gouvernail. Leur mission commune consistait à consolider les relations avec les sultans de la côte africaine afin d’assurer la protection des factoreries. Un archipel fut découvert dans l’océan Atlantique, Tristao da Cunha lui donna son propre nom puis une partie de la côte de Madagascar fut reconnue. Sur la côte de Somalie, conduits par un Albuquerque survolté, les soldats portugais, pour la plupart des prisonniers recrutés, faute de mieux, en raison d’une épidémie de peste, se livrèrent à des tueries. Ensuite ils mirent à sac l’île de Socotra puis, comme convenu, Albuquerque et Tristao da Cunha qui, d’ailleurs, étaient entrés en conflit, se séparèrent. Tristao était chargé de rapporter des épices et Afonso devait se diriger vers l’Arabie : pour être maître de l’océan Indien il fallait verrouiller deux portes d’entrée détenues par les musulmans : Aden qui contrôlait la mer Rouge et Ormuz, merveilleusement située entre l’Arabie et la Perse, qui surveillait le golfe Persique.

Ormuz
Illustration extraite de Braun et Hogenberg : "Civitates Orbis Terrarum" vol.1, 1572.

   Albuquerque avait en sa possession une lettre secrète du roi qui le nommait à l’avance gouverneur de l’Inde après le départ du vice-roi de Almeida prévu en 1508. Avec 6 nefs et 450 hommes, il soumit 5 villes de l’Oman dont Mascate où le sac dura 8 jours, « ses hommes s’acharnèrent sur les populations civiles coupant systématiquement nez et oreilles » ; puis, en 1507, après un combat naval, il s’empara, provisoirement, d’Ormuz l’opulente où transitaient les marchandises de luxe. Il en exigea un lourd tribut, des entrepôts et la construction d’une forteresse qui resta inachevée. De multiples querelles l’opposèrent à ses capitaines et au vice-roi de l’Inde qu’il voulut remplacer avant l’heure et qui l’emprisonna un temps à Cannanore.

Le théâtre d'opérations d'Albuquerque

   Finalement, Albuquerque lui succéda en novembre 1509. Il en garda les pouvoirs mais non le titre : même s’il descendait de l’ancienne noblesse, il n’avait pas le titre de « Dom ». Il porta celui de gouverneur et comme il était aussi capitaine-major il avait des pouvoirs très étendus. Après avoir échoué devant Calicut, il s’y prit à deux fois pour s’emparer de Goa en 1510. Il écrivit au roi « J’ai brûlé la ville et tout passé au fil de l’épée… Nous n’avons fait grâce de la vie à aucun musulman. Je n’ai laissé sur pied aucune sépulture ni aucun édifice islamique ». Piero Strozzi, un florentin, écrivit à son père que « les femmes enceintes et les enfants dans leurs langes » ne furent pas épargnés. Afonso affirma avoir accompli la volonté de Dieu ! "Il était possédé du démon" diront les témoins des tueries d’Oman.
   Il choisit Goa comme capitale des Indes portugaises, voulut en faire le grand centre du marché des chevaux, édifia une forteresse, et mit sur pied une société nouvelle : il encouragea les mariages entre Portugais et femmes indiennes au préalable baptisées. Il respecta les coutumes des Hindous, interdisant cependant la sati (immolation par le feu de la femme à la mort du mari) ; les Maures, ainsi appelait-on les Musulmans, furent exclus de cette société et leurs biens fonciers distribués aux Portugais ; entre 1510 et 1515, 48 hommes seulement se convertirent au catholicisme et, en 1600, on ne comptait dans toute l’Asie que 6 000 casados, Portugais mariés à des femmes indigènes …

Second siège de Diu
Après la mort d'Albuquerque,second siège de Diu par des galères portugaises en 1546. Peinture du poète Jeronimo Corte Real illustrant son recueil de chants "La levée du second siège de Diu".1574, extraite de François Bellec:"Nefs, galions et caraques", Chandeigne 1993.
 Puis il continua ses conquêtes : avec 18 voiles, 800 Portugais et 200 Malabars, il se dirigea en 1511 vers Malacca, grande ville florissante de cent vingt mille habitants où les soieries, les porcelaines, la laque, les épices, le musc et les rubis affluaient de Chine ainsi que du sud-est de l’Asie…« L’or sortait de partout »1 , les marchands venaient de tous les horizons, on y parlait 80 idiomes. Albuquerque fit édifier une forteresse et rasa la grande mosquée. Il envoya des délégations à Ayudhya auprès du roi de Siam, à Pégou en Birmanie, à Banda aux Moluques. Dès 1513, les Portugais s’adonnaient au commerce en Chine avant de se rendre bientôt au Japon.
   Au bout de 10 mois, le conquérant revint à Goa où il rétablit l’ordre et se consacra à des tâches administratives ; il échoua devant Aden en 1513 (les échelles d’assaut, courtes et légères, se brisèrent sous le poids de ses soldats.) Il avait envisagé de brûler La Mecque et Médine, villes saintes de l’Islam et de détourner le Nil vers la mer Rouge pour affamer l’Egypte. Le sultan de Cambay lui refusa la construction d’une forteresse à Diu, mais lui donna de somptueux cadeaux dont un rhinocéros qui fut envoyé à Lisbonne. Les Européens n’en avaient pas vu depuis douze siècles. A. Dürer devait en faire un célèbre dessin d’après un croquis.
    Ensuite il conclut la paix avec le samorin de Calicut. En 1515 il soumit définitivement Ormuz et pendant huit mois il surveilla les travaux de la forteresse.
   Atteint par les fièvres, il s’en retourna à Goa où il mourut. En cours de route il avait appris qu’il avait été destitué et qu’un nouveau gouverneur l’avait remplacé depuis deux mois.

 
   Ses détracteurs, en proie à la jalousie ou au dépit, n’avaient cessé de lancer contre lui des accusations plus ou moins calomnieuses. Afonso de Albuquerque, autoritaire, fanatique, cruel, mais aussi audacieux, désintéressé, dévoué au roi et excellent… latiniste, ne fut pas compris de ceux, nombreux, qui, à des conquêtes territoriales préféraient la recherche immédiate de profits commerciaux. Il avait écrit de nombreuses lettres au roi, affirmant notamment que seule comptait la force et non l’amitié des rois et des seigneurs. Ses lettres seront publiées en 1557 par Bras, son fils naturel. En 1572, « le guerrier que l’Asie admire avec effroi » sera célébré par Camoëns dans les Lusiades et en 1934 par Pessoa dans le recueil de poèmes Mensagem.
   A sa mort, le royaume chrétien universel cher à Joao II n’avait pas été instauré, mais le Portugal, entraîné au loin par « la croix et les épices », était devenu la première puissance maritime. Il perdit Ormuz et Malacca au XVIIe siècle mais garda Goa jusqu’en 1961. Précisons qu’Albuquerque, la ville des Etats-Unis, doit son nom à un autre que lui !

La caraque ( nef ou "nau" en portugais):

    Entre 1497 et 1612, 806 navires appareillèrent de Lisbonne pour la route des Indes. Il s’agissait surtout de caraques destinées au transport des marchandises, mais pourvues de dizaines de bouches à feu ! Elles n’étaient pas construites pour durer plus de 4 à 5 ans et avaient les bords hauts, un château à la poupe et à la proue et des voiles carrées ; l’équipage-type du 16ème siècle se composait de 127 membres dont 48 mousses, 45 marins, 11 artilleurs, 4 charpentiers et charpentiers de marine, 2 pilotes, 1 greffier, 1 tonnelier, 1 chirurgien-barbier, 1 aumônier (auxquels s’ajoutaient les soldats et d’autres membres d’équipage). Comme pour la répartition du butin, la rémunération des marins obéissait à un barème précis : en 1500, lors de la deuxième armada, le capitaine-major chef d’escadre toucha 10.000 cruzados et 500 quintaux de poivre, le maître pilote 500 cruzados et 30 quintaux de poivre, les marins et artilleurs 10 cruzados par mois et 10 quintaux de poivre, l’aumônier, les charpentiers, le chirurgien 2/3 du salaire des marins. On connaît le contenu des 3 nefs d’Albuquerque qui revinrent à Lisbonne en 1504 : poivre, cannelle, gingembre, clous de girofle, muscade, cubèbes, laque, camphre et autres drogues ; la cargaison s’élevait à 600 tonnes dont 515 pour sa propre nef.



Michel RIVIERE


-1-  Le navire amiral du conquérant, chargé de 20 tonnes d'or, 200 caisses de diamants ainsi que des meubles précieux comme le trône en or massif de la reine de Malacca ou les 4 lions d'or du sultan, coula sur des récifs en revenant à Goa. L'épave git toujours par 36m de fond. Elle n'a encore pas été fouillée : faisant l'objet des revendications antagonistes de l'Indonésie et de la Malaisie, toute intervention archéologique sous-marine sur le site est actuellement bloquée.

BIBLIOGRAPHIE

En anglais:  
EARLE (T.F.) et VILLIERS (John) : "Albuquerque, Caesar of the East. Selected texts by Afonso de Albuquerque and his son" Warminster,1990. 300p.
SANCEAU (Elaine) : "Indies adventures, the amazing career of Afonso de Albuquerque". Londres Glasgow, Blackie et fils, 1936. 382p
En portugais:
L'ouvrage ci-dessus a été traduit en portugais sous le titre "O Sonho da India, Afonso de Albuquerque" Porto, livraria Civilizaçao, 1939.
ALBUQUERQUE (Bras Afonso de): "Comentarios do grande Afonso de Albuquerque". 1557.
L'édition de 1774 a été rééditée par J.V. Serrao à Lisbonne en 1973 en 2 vol.
BAIAO (Antonio): "Afonso d'Albuquerque" Lisboa, livraria Perin, 1913, 158p.


EN SAVOIR PLUS


Albuquerque le lion des mers d'Asie
Ed. Desjonquères, 1992.
L'empire portugais d'Asie
Ed. Maisonneuve et Larose 1999

Nefs galions et caraques
Ed. Chandeigne 1993

En portugais :
Afonso de Albuquerque
Ed. Livraria Civilizaçào 1939 réédité en 1983

Afonso de Albuquerque
Ed. Tenacitas 2008

En anglais :
Albuquerque
Ed. Asian Education Services 2000
The rise of portuguese travel in India
Ed. Kessinger Publishing 2008
( réédition de l'ouvrage de 1899 )

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