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 2014

















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L'île des âmes perdues ©.


Une nouvelle de Nicole TROUCHE
d'Amiens ( Somme )

3 e prix 2014, catégorie "Adultes"
.

***

     Elle reprenait lentement conscience mais n’avait pas encore osé ouvrir les yeux. Elle gardait en mémoire la terrible tempête de la nuit dernière qui avait eu raison de la goélette si fringante au départ du Havre. Se demandant par quel miracle elle était encore en vie, elle se revoyait désespérément accrochée à une planche… de salut puisqu’elle était encore là pour le raconter. Et puis, une masse sombre avait surgi devant elle, à la lueur des éclairs zébrant le ciel, qu’elle avait identifiée comme étant une île, une terre, une chance en tout cas. Elle avait nagé de toutes ses forces dans les hautes vagues et puis c’était le trou noir.

    Curieusement, à cet instant précis, étonnamment calme après ce qu’elle venait de subir, Léna se sentait bien, goûtant la chaleur du soleil déjà presque au zénith sur ses membres engourdis, le bruit du ressac lui procurant détente et réconfort. Immobile, elle découvrit ce qui l’entourait. Mis à part les débris de toute sorte éparpillés sur le rivage, le décor était idyllique : la haute silhouette des palmiers, le sable blanc d’une douceur incomparable, l’eau turquoise du lagon, translucide, contrastant avec l’eau bleu marine délimitant la barrière de corail. D’énormes vagues ourlées d’écume venaient déferler fougueusement sur les rochers luisants, pour se retirer doucement ensuite, comme à regret, dans un scintillement éblouissant.
    Léna avait réussi à se relever et regardant autour d’elle, ne put que constater sa solitude : personne de vivant, personne de mort. Elle pouvait voir émerger, juste au bout de la plage, le mât de misaine brisé en deux, servant déjà de perchoir à deux cormorans et quelques mouettes rieuses.

    Pieds nus, légère, elle foula le sable avec volupté et s’avança vers les premiers palmiers dont la silhouette penchée semblait la saluer avec déférence. Après s’être rafraîchie sous l’ombre des cocotiers elle découvrit, au-delà d’une petite butte, une plage de sable fin, délimitée par la palmeraie d’un côté, l’océan de l’autre. Une débauche d’ibiscus rouges et roses, rivalisant d’éclat avec les bougainvilliers, croulaient sous les fleurs et exhalaient un parfum capiteux. Les oiseaux de paradis, colibris multicolores et autres porteplumes chamarrés se saoulaient de nectar dans leur danse immobile, rivalisant de couleur avec les papillons de soie palpitant ici et là.
    Elle était seule, seule comme Eve à la naissance du Monde et pourtant, pourtant, elle percevait confusément autour d’elle des chuchotis de voix d’hommes et de femmes emmêlés, mais aussi des plaintes sourdes, des voix d’enfants appelant leur mère; tous ces bruits finissaient par l’angoisser bien plus qu’elle ne l’avait été durant la tempête. Elle pensa que c’était le contrecoup du naufrage, qu’elle était vraiment fatiguée et s’allongea sur le rivage, distraite un moment par la beauté du coucher de soleil qui embrasait tout. Sa main rencontra sur le sable un objet lisse : c’était un très joli coquillage en forme de conque aux tons subtils. Léna le trouva si beau qu’elle le garda au creux de sa main.

    La nuit tomba presque instantanément. Couchée sur le dos sous la voûte cloutée d’étoiles, elle devina une présence, elle n’était plus seule. Les contours d’abord flous d’une silhouette se précisèrent. Une fillette se tenait devant elle, un lapin en peluche dans les bras.

« Toi aussi tu cherches ta maman ? T’étais dans l’avion ?

   Léna s’entendit répondre :

– Non, j’étais sur un bateau, nous avons essuyé une tempête, et je me suis retrouvée là, …

    Plus nettement ce fut une voix d’homme :

– Votre bateau, il allait au Canada ? Vous avez peut-être vu ma femme ?

   Et petit à petit Léna se trouva entourée d’une foule disparate qui la bombardait de questions. D’un bond elle se leva. Elle avait peur de comprendre.

– D’où venez-vous tous ? finit-elle par dire, n’avez-vous pas de chez vous. ? Y a-t-il quelqu’un qui pourrait me dire où je suis ? Comment faire pour appeler les secours ? Il y a longtemps que vous êtes là ? ».

    Pour toute réponse elle vit le groupe se scinder en deux pour laisser passer une vieille dame au regard très doux, qui s’avançait vers elle s’aidant d’une canne. Tout le monde s’était tu à son arrivée. Elle s’assit lentement sur le sable, imitée par tous et, s’adressant à Léna :

« – Vous êtes sur l’Ile des âmes perdues mon enfant. Pour ma part, j’ai été empoisonnée par ma rivale qui en voulait à la fortune de mon mari. Tous ces gens qui nous entourent ont péri de mort violente sans avoir eu le temps de se préparer. Nous sommes tous là transitoirement. Chacun de nous doit passer par une période probatoire plus ou moins longue, mais ici la notion de temps n’existe pas. Pour la plupart d’entre nous le chemin de vie a été interrompu de manière tragique, mais nous gardons cette seule certitude, le chemin continue.

    Léna ne l’écoutait plus, elle s’était mise en marche doucement vers l’orée de la forêt, irrésistiblement attirée par une lumière à l’éclat inhabituel qui nimbait maintenant tout le chemin. De chaque côté de ce couloir lumineux on devinait plus qu’on ne distinguait de nombreuses silhouettes floues, les visages tournés vers cette clarté… Jamais elle ne s’était sentie aussi bien…
… Pourquoi criaient-ils ? Elle était tellement fatiguée qu’elle ne souhaitait qu’une chose : dormir. Mais on s’acharnait sur elle, quelqu’un lui comprimait la poitrine à intervalles réguliers, si fort que ça en devenait douloureux. Soudain, une nausée incoercible lui fit rejeter une grande quantité d’eau salée, non sans manquer de l’étrangler au passage.

– « Mademoiselle, réveillez-vous, réveillez-vous ! Vous m’entendez ? Ouvrez les yeux, vous êtes sauvée ! entendit-elle.

    Elle s’exécuta, intriguée. Le matelot qui tentait depuis un bon moment de la ranimer s’exclama :

– Capitaine, elle revient enfin à elle !

   Le capitaine s’approcha de Léna :

« Bienvenue à bord de l’Albatros ! » dit-il, et s’adressant à deux membres de l’équipage :

– Emmenez-la dans ma cabine et veillez à ce qu’elle ne manque de rien.

    Se tournant vers Léna il interrogea:

– Depuis combien de temps dériviez-vous sur cette planche ? C’est le quartier-maître qui vous a aperçue ; il s’en est fallu de peu. »



   Un peu plus tard, allongée sur une couchette dans la cabine galamment mise à sa disposition, elle avait refermé les yeux. Nourrie, désaltérée, elle essayait de reconstituer ce qui s’était passé. Mais décidément elle était trop fatiguée, ce serait pour plus tard.
   Avant de sombrer dans un sommeil réparateur elle prit le temps de desserrer un à un les doigts de sa main droite refermée sur un objet.

   Apparut alors un très joli coquillage en forme de conque…

   Oui, elle revenait de loin !
  
Nicole  TROUCHE  


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