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 2014
















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L'appel du large ©.


Une nouvelle de Solène GUERVENOU
Elève de 1ère au lycée Kerichen, de Brest.

2 e prix 2014, catégorie "Lycéens"
.

***


     Partir. J’ai toujours rêvé de m’évader, côtoyer de nouveaux paysages, découvrir de nouvelles saveurs, éveiller mes sens. Quitter cette monotonie dont s’était éprise ma vie. Alors j’ai pris le large.
   Je dérive depuis de longs jours maintenant ; j’ai perdu tout repère, toute notion du temps. L’océan m’ouvre ses bras dans cette immensité qui parait irréelle. Les nuits sont agréables par leur fraicheur revigorante ; les jours sont intenables par leur chaleur étouffante et humide. Mon corps se fragilise, mon esprit se lasse, ma maigre embarcation supporte difficilement les tempêtes que nous traversons et les vivres commencent à se faire rares. Je me recroqueville et laisse le temps se passer, j’essaie de ne penser à rien d’autre qu’à cette étendue magnifique plutôt qu’à la faim qui me ronge le ventre, le soleil qui me brûle la peau. Je m’endors bercé par le doux bruit des vagues.
    En ouvrant difficilement les yeux, il me semble discerner quelque chose sur l’horizon. Ce ne peut être qu’une illusion, mon cœur bat la chamade. Mais voilà que le courant m’entraîne dans la direction opposée ! Puisant dans mes dernières ressources, je tente, tant bien que mal, de ramer vers cette terre inespérée.

    Je heurte enfin la plage. Je me laisse alors glisser sur le sable, reste allongé un moment et observe le ciel. Puis je dérouille mes jambes, délie mes doigts de pieds. Mes membres ankylosés reprennent forme petit à petit. Enfin debout, je marche en trébuchant quelque peu et retrouve l’usage de mes jambes. Alors je cours, je crie, je ris, je pleure ; jamais je n’ai été submergé par autant d’émotions. La liberté s’offre enfin à moi !
    Je m’engouffre maintenant à la découverte de cette île qui me dévoile, sans plus attendre, ses contours. Malheureusement le ciel commence déjà à revêtir son manteau de nuit. Il faut que je trouve un endroit sûr et abrité. Sur les flancs d’une falaise, une grotte. Cela fera l’affaire pour cette nuit. Je me munis de quelques branchages pour me construire un lit de fortune. Cette grotte à l’apparence peu accueillante demeurera ma résidence.


    Au lever du jour, je continue mon exploration tout en me procurant le nécessaire pour me construire un attirail destiné à la chasse. Piochant quelques bouts de bois par-ci par-là, une liane plutôt élastique ; mon arc commence à prendre forme. Une fois équipé comme il se doit, je retourne sur la plage récupérer dans mon embarcation, les quelques effets personnels que j’avais décidé d’emmener avec moi pour ce voyage. Un crayon, un couteau, du fil et une aiguille, une sacoche, une gourde et un carnet à spirale. Voilà, c’est pour moi l’essentiel.
    A l’aide de grandes feuilles, je me bricole quelques petites bourses dans lesquelles je mets différentes espèces de baies qui me permettront de me soigner d’éventuelles blessures et maladies. Peu avant mon départ, j’avais effectué de nombreuses recherches concernant la médecine des plantes ; savoir quels fruits, quelles baies peuvent être toxiques et comment les reconnaitre. J’avais aussi envisagé les pires blessures et comment les guérir, comment les surpasser. Je continue ma cueillette tout en essayant de m’approprier cette île.
    Au bout de quelques jours, je connais chaque arbre, chaque passage entravé, chaque grotte et recoin de ce petit coin de paradis. En son centre se trouve un arbre majestueux. Il exprime à lui seul toute la beauté et l’énergie que me procure cette nouvelle vie.

    Tous les soirs je me retrouve seul en haut de la Grande Falaise. C’est comme ça que je l’ai appelée. C’est un plateau vierge de toutes plantes, de tous végétaux qui surplombe l’océan. Je m’y recueille chaque soir, repensant à l’avant, imaginant le futur. Alors je m’assois en tailleur à même la terre encore chaude et humide, et regarde le soleil couchant. Depuis quelques jours maintenant j’observe le ciel et ses étoiles. J’ai toujours été passionné par l’astronomie. Je pouvais rester des nuits entières à ma fenêtre à apprendre et à reconnaître les étoiles. J’étais capable de me repérer n’importe où grâce à celles ci.
    Cette nuit-là, après avoir effectué des dizaines de calculs, avoir observé les étoiles et les constellations comme il se doit, j’ai compris. J’ai compris que j’étais bel et bien au milieu de nulle part. Que je n’aurai aucune chance de repartir. Personne ne pourra me retrouver. Je suis au milieu de nulle part. Je pars me reposer un peu avant le lever du soleil.

    Un courant d’air m’éveille. J’ouvre les yeux et sors de ma torpeur. Alors comme tous les matins je prends mon carnet et je m’en vais. J’annote chaque changement, chaque nouvelle découverte, lorsque la température ressentie baisse ou augmente. J’y marque aussi mes rencontres avec les animaux, dont certains sont bien plus sauvages que d’autres. En ce moment même la température se rafraichît, les tempêtes côtières se font de plus en plus fréquentes, le vent se durcit. Il doit y avoir une dépression « dans le coin. »
    Les tempêtes ne se calment pas. Je crois que c’est l’hiver qui approche. J’ai froid. Mon simple T-shirt de coton et mon pantalon de toile ne m’aident guère. Le vent assèche et brûle ma peau. Je rassemble des feuilles et de la mousse. J’essaye de me protéger du froid et de la pluie dans ma grotte. Je tresse des feuillages pour me concevoir une sorte de couverture. Je survis, mais jusqu’à quand ?
    J’ai faim. Les animaux ont commencé à hiberner depuis plusieurs semaines maintenant. Il ne reste à peine que de petits insectes. Pour les fruits, pas la peine de chercher bien loin ; les arbres sont nus en hiver. Il me reste les racines et les quelques baies que j’ai collectées auparavant. Je sais que cela ne suffira pas. Je fonds en larmes.

    Je suis seul. Aucune discussion n’est envisageable, alors je ne parle pas. Ou plutôt si ; je me parle à moi-même. Me pose des questions et essaye d’y répondre tant bien que mal. Mais mon esprit divague. Il ne réagit plus à mes appels. Je ne connais plus rien. Je ne me reconnais plus. Je sens que la folie me gagne. J’ai compris depuis bien longtemps que je ne pourrai survivre.

    En haut de la Grande Falaise, j’observe l’océan et son incroyable beauté, j’écoute le chant du vent une ultime fois. Et saute.
    Je me laisse aller au gré du courant. Plus une seule once d’air dans mes poumons. Je ne pense plus à rien.

    J’ai voulu vivre.

   
Solène  GUERVENOU  


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