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LE CONQUET
ET
LA MER


L'usine d'iode du Conquet
François Benoît Tissier
Les déboires du steamer Gorbea Mendi
Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet
,



Les cartographes du Conquet
et les débuts de l'imprimerie.

Guillaume BROUSCON

Une vie pleine de mystères©

Une recherche historique d' Hubert MICHEA



        Avec la fin du XVème siècle, le monde occidental connaît quelques événements tout à fait significatifs, au nombre desquels il me semble nécessaire de placer la formidable aventure maritime qui va lancer sur les routes de l'Atlantique des vagues successives d'hommes de la mer engagés dans des expéditions commerciales, scientifiques et militaires. Ce phénomène va, en l'espace de quelques décennies, causer l'établissement de relations directes entre l'Europe et la quasi-totalité des terres habitées de notre monde. Les entraves causées par la guerre de Cent Ans au commerce maritime européen vont s'adoucir dans le même temps où la poussée démographique exigera des volumes d'échanges de plus en plus importants.
     C'est ainsi que les marins bretons, qui contribuaient depuis plusieurs siècles au transport de deux denrées de première nécéssité, le vin de Bordeaux et le sel de la "Baye", vont se trouver confrontés aux conséquences de cette nouvelle situation. En effet, l'entreprise maritime bretonne était l'œuvre de particuliers, aux revenus le plus souvent modestes, progressant à la vue de la côte, en particulier dans les périlleux raz de Sein et de Saint Mathieu et pour qui le temps comptait peu. A coté de cette industrie traditionnelle, un nouveau modèle d'entreprise s'affirme impérieusement. Il prend son origine dans les expéditions à destination de la Grande-Bretagne et des Flandres, que Génois et Vénitiens ont lancées, dès le XIVème siécle, et qui ont été décrites par J. Heers1.
    Ces expéditions faisaient usage, et cela dès le XIV
ème siècle, de navires dont le port pouvait atteindre jusqu'à mille tonneaux, c'est-à-dire capables de porter de cinq à dix fois la cargaison des bateaux utilisés par les riverains de l'Atlantique2. Ces navires, énormes pour cette époque, exigeaient entre autres choses, des capitaux importants qui n'étaient pas souvent à la portée des particuliers, même riches. Par conséquent, ils étaient commandités soit par des associations de personnes, soit par l'Etat. Ce caractère collectif, comme la nécessité de tenir un meilleur compte de la durée des voyages, conséquence de l'émergence de la notion d'intérêt, n'était pas sans influence sur les techniques utilisées pour manœuvrer et pour conduire en mer ces pesants navires.

    Nefs et galères naviguaient en convoi, non pas seulement en vue de rechercher une protection contre d'éventuels agresseurs, mais surtout parce que cela permettait au "capitaine" d'avoir connaissance de la terre et des éventuels dangers, à une distance proportionnée au nombre de navires faisant partie du convoi. Cela était rendu possible par une communication entre les navires par un système de signaux sonores et lumineux dont l'efficacité ne fait pas l'objet de critiques particulières. L'usage, par les riverains de la Méditerranée, de compas magnétiques depuis le XIIIème siècle et de cartes nautiques à "marteloires"3 ne semble pas avoir été pratiqué par les flottes bretonnes, avant le XV ème siècle. Tout cela améliorait la sûreté des traversées.
    C'est pour répondre à cette situation que les marins du Ponant seront obligés de se doter de méthodes inspirées de celles mises au point en Méditerranée. L'usage de l'édition typographique va permettre d'accélérer la diffusion des documents destinés à faire connaître ces procédés nouveaux, comme, par exemple, les célèbres routiers de P. Garcie Ferrande4 qui connaîtront un succès tel qu'il faudra procéder à plusieurs rééditions successives, dont une en anglais.
    Encore fallait-il trouver les compétences pour acquérir les connaissances et les faire partager à un grand nombre de maîtres de barques et de pilotes dont la plupart ne devaient pas pratiquer les sciences exactes. La marine "Royale" n'existait pas encore et ne pouvait, par conséquent, pas assurer le rôle formateur des marins qu'elle remplit par la suite. Rappelons que les rois de France, de Charles V à François 1er, durent, pour certaines opérations militaires, faire appel à des galères de la Méditerranée dont certaines furent louées à nos alliés de Gênes5.
   Il était possible de recevoir de l'étranger quelque savant pilote ou mathématicien capable de réaliser une carte. Cependant le concours ainsi obtenu ne présentait pas toujours les garanties de sérieux désirables. Le mauvais vouloir des puissances navales de l'époque, Gênes, Venise, puis le Portugal et l'Espagne à laisser émigrer des personnes dont l'art nautique pouvait être recherché par les autres princes, pouvait prêter à bien des supercheries. Encore fallait-il, lorsqu'une occasion se présentait, faire en sorte que ces gens d'expérience puissent transmettre utilement leurs compétences à des marins français. Cela passait sans aucun doute par la mise à la disposition des maîtres et pilotes des côtes atlantiques d'instruments et documents qu'ils puissent utiliser correctement.

Des almanachs pour les navigateurs:

        C'est dans cette situation que nous voyons apparaître les premiers ouvrages de Guillaume Brouscon. Contemporain des cartographes de Dieppe, de Sébastien Cabot, de John Ross, de Verrazano et de Cartier, il dut nécessairement, par des voies que nous ne pouvons pas encore éclairer, prendre connaissance des résultats des expéditions maritimes les plus récentes, puisque ceux-ci se lisent sur les cartes qu'il nous a laissées.
        En 1525, Simon de Colines avait, par exemple, publié le récit du premier tour du monde par Pigafetta. En 1539, un Portugais, Joao Pacheco, cartographe, était engagé à la cour de François 1er, peut-être était-il parent de celui qui, en 1518 avait conduit une expédition à Java mentionnée par R. Hervé6. Or la Grande Jave est représentée sur la carte de Brouscon de San Marino. En 1542, Jean Alphonse, pilote de la troisième expédition de Cartier au Canada, était de retour en France. Il avait séjourné à Camaret et Landévennec à bord d'un bateau commandé par Roberval en 1541. Brouscon est réputé avoir été le premier qui ait représenté Terre-Neuve dans sa forme correcte.
           Comme on le voit, Brouscon ne manqua sans doute pas d'occasions d'obtenir des informations sans lesquelles il n'aurait pu mener à bien la réalisation des ouvrages qu'il nous a laissés, en particulier  une série de remarquables petits almanachs nautiques imprimés au moyen de typons de bois7.

Couverture et premières pages du fac-similé de l'exemplaire d'almanach de Samuel Pepys ( en portrait ci-dessous ),
édité à l'occasion du 400ème anniversaire de la circumnavigation
de Francis Drake dont il fut la propriété.
(Bodleyan Library, Cambridge, pepusian n°1)


    
        Ces ouvrages offrent, dans le champ de quelques feuillets de vélin dont les dimensions sont en général d'environ 7 x10cm, pouvant aisément tenir dans une poche de vareuse, la totalité des éléments qui permettent aux marins de naviguer sur toutes les eaux de l'Europe situées entre Gibraltar et la Baltique. Nous trouvons ainsi dans chacun de ces ouvrages un calendrier perpétuel, selon le mode Julien, ainsi que des cartes index et cadrans de marée permettant de déterminer les heures des pleines et basses mers dans tous les ports depuis l'Espagne jusqu'à Anvers, et cela pour tous les jours, à perpétuité. Il s'y ajoutait une carte de navigation de format 18x27 cm, soigneusement pliée pour tenir dans le livre, un diagramme permettant de connaître, avec une approximation satisfaisante pour les besoins courants l'heure d'après la position des "gardes du nord ", c'est à dire les étoiles de la Petite Ourse, et de déterminer la correction qu'il y avait lieu d'apporter à la hauteur mesurée de la Polaire, pour évaluer la latitude de l'observateur. Enfin, un abaque permettait de savoir combien de lieues il fallait parcourir aux principaux caps du compas pour s'élever ou s'abaisser d'un degré de latitude. C'est ce que G. Brouscon appelait la "scoudrille"( "un nom dont je n'ai pas trouvé l'origine mais qui me semble avoir une consonance méditerranéenne", probablement le Punto de Esquadria portugais ). Tous ces renseignements sont fournis sous forme simple, au moyen d'images et de quelques rares légendes écrites, et, pour ce qui est des valeurs numériques, de signes dérivés des chiffres romains.


Page de gauche : la "scoudrille".

     L'ouvrage le plus ancien identifié par le docteur Dujardin8 est le guide nautique conservé à San Marino, Hunttington library, sous la cote H.M. 46. Ce document est principalement un manuscrit. Il est réalisé sur parchemin et daté de 1543. Il comprend, en plus de ce que nous trouvons dans les autres ouvrages de cet auteur, une table des déclinaisons du soleil pour trois années, ainsi que pour le "bissexte", dans la disposition, classique déjà, du livre de Pierre de Médine, publié en Espagne en 1545 et dont l'édition française, dédiée à Henri II, date de 1554 et fut imprimée à Lyon, par Guillaume Roville.
       Les valeurs de ces tables sont cependant légèrement différentes de celles de P. de Médine. Il ne semble pas que nous devions y chercher une source de Brouscon. Celui-ci a, cependant, eu connaissance d'ouvrages manuscrits antérieurs qui circulaient apparemment beaucoup si l'on en juge par l'exemplaire de "L'art de naviguer" précisément, contenant un ex-libris au nom de "Bernard Le Verge, de Kernafrant, près du Conquet le 25 mai 1573", et qui est conservé à la bibliothèque de l'université d'Edimbourg9 .

        Ces tables de déclinaison permettaient, dès lors qu'on avait mesuré à midi la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon, de déterminer la latitude. Cependant pour des raisons que j'ai exposées au congrès J. Cartier10, ce procédé s'avérait peu sûr à la mer, en raison d'erreurs de mesure. Il offrait cependant une précision suffisante, dès lors que les mesures étaient effectuées à terre, à l'occasion de relâches. Il est douteux que les tables de déclinaison intégrées à cet ouvrage aient été destinées aux marins bretons et anglais, à qui on ne voit pas le service qu'elles auraient pu rendre dans leurs navigations traditionnelles. On ne les trouve d'ailleurs plus dans les autres ouvrages imprimés en 1546 par G. Brouscon.
        Les cadrans de marée sont dessinés à la main et le conservateur a bien voulu nous préciser qu'on pouvait encore voir la marque de la pointe du compas qui servit à les tracer. Ils sont décorés de trois jeux de figurines qui semblent avoir été obtenues par empreintes, car ils sont superposables. On pourra le vérifier en comparant les deux angelots qui portent la guirlande en bas de deux des quadrants.
        Cet ouvrage est le chef-d'oeuvre de Brouscon, tant par son contenu que par sa décoration.

        Les quatre almanachs nautiques de Brouscon, qualifiés par le docteur Dujardin de "jumeaux" sont datés de 1546. Ce sont des imprimés, ils sont conservés :
       -Le premier, à Chantilly, musée Condé, sous la cote 1585 cat Delisle.
Il a été décrit par E. Dutuit dans son "Manuel de l'amateur d'estampes ", pages 293-294, et par G. Marcel en 19008.
     -Le second à Greenwich sous la cote C 1500-1525. Je dois à l'amabilité du conservateur M.D. Barr-Hamilton quelques précisions concernant ce volume qui a été remis en état en 1959, ce qui rend impossible une appréciation des techniques de reliure d'origine. Les dimensions sont les mêmes que celles des autres ouvrages. Trois feuillets ont été percés sans que la raison en soit connue.
      -Le troisième à la Bodleian Library, sous la cote Ashmole 1352. D'après un film que le conservateur a bien voulu me faire parvenir, j'ai pu vérifier que les pages semblaient avoir été tirées des mêmes bois que les autres "jumeaux".
     -Le quatrième au Magdalene College à Cambridge, sous la cote n° 1 Pepysian. Ce dernier exemplaire a fait l'objet d'une reproduction en fac-similé par les soins du Commander D. Howse en 1980 à l'occasion que la célébration du quatre centième anniversaire de la circumnavigation de Francis Drake dont il fut la propriété, avant de devenir celle de Samuel Pepys .

        Le document conservé au British Museum sous la cote C 36 aa 4 est également un imprimé. Le Commander D. Howse, qui l'a examiné à nouveau récemment à ma demande, me précise qu'il s'agit d'un document imprimé sur velin de 59,3 cm x 9,5 cm ramené par pliage à 5 x 3,5 cm et qui est, comme l'avait déjà noté le docteur Dujardin, signé "Faict par G. Brouscon du Conquet" et daté de 1546. Il comprenait lui aussi une carte de navigation limitée au nord de l'Europe et qui a été séparée (elle est maintenant cotée add. Ms. 22721), ainsi que les cartes index correspondant à celles du San Marino. Il me semble que la carte index couvrant le golfe de Gascogne a été réalisée au moyen de la même planche que celle des "jumeaux", cependant seul le rapprochement des documents permettrait d'en être sûr.
        Trois autres documents conservés au British Muséum avaient attiré mon attention et ont également fait l'objet d'un examen par D. Howse dans le cadre de ma recherche: C 41 28 daté de 1438 (?), C 36 aa 5 de 1537 (?) et C 29 C 6 de 1542 (?)
Leurs dates, suggérées par le catalogue, n'ont pu être vérifiées au stade actuel. Il nous faudra attendre l'examen détaillé des clichés pour tenter, au moyen des calendriers, de déterminer leur date de mise en service. Cependant les premières indications de D. Howse permettent de penser qu'il s'agit de documents de même origine que le précédent.
 

        La technique d'impression utilisée semble bien avoir consisté à appliquer sur une bande de vélin, les uns à coté des autres, les typons, encrés au préalable. Le vélin est imprimé au recto et au verso. L'ordre de disposition des planches est aléatoire. Dans certains exemplaires en particulier, la succession des impressions est telle que l'ordre des lettres disposées au centre des cadrans et qui forment la signature de l'auteur, est incompréhensible si l'on ne sait les remettre dans leur ordre. Il n'y a pas de marque de pagination d'origine. La bande de vélin a été pliée et cousue lors de la reliure. Les parties en couleur ont ensuite été peintes à la main. Il ne s'agit que de marques de couleur rouge.
        Il est permis de se demander le nombre d'exemplaires qu'il fut possible de tirer sans réfection des typons. Une centaine peut-être?  L'iconographie des calendriers n'est pas une création de Brouscon, non plus que le mode d'impression. L'iconographie est légèrement différente de celle utilisée par les Anglais qui en réalisèrent de semblables dès 1433, manuscrits naturellement. L'habitude, en Grande Bretagne, était de les porter roulés dans un petit tube à la manière des boites à drogues japonaises11. Le calendrier à l'usage d'Utrecht mentionné par Paul Perdrizet dans "Le calendrier de la nation d'Allemagne de l'ancienne université de Paris", apporté par des clercs hollandais persécutés par les chrétiens réformés et qui daterait de la fin du XVème siècle, aurait pu constituer une source iconographique pour Brouscon.
        Il ne s'agissait pas d'almanachs nautiques et le mérite de Brouscon serait d'avoir utilisé cette disposition pour proposer aux marins l'essentiel de ce qu'ils devaient connaître pour se tirer d'affaire à la mer.


Sur cette page de l'almanach, on reconnaît le golfe de Gascogne. Des volutes noires, d'autres rouges relient certains points de la côte et des îles à des endroits bien précis de la rose des vents marquée GB. Elles semblent n'avoir qu'une fonction décorative, mais en réalité renvoient à la page de l'almanach dont le titre correspond à cette orientation et qui donne à perpétuité les horaires des marées en fonction du calendrier lunaire.

        Par ailleurs il est intéressant de noter que les symboles qui marquent les mois de l'exemplaire C 36 aa 4 du British Museum, signé et daté de 1546, résument les tableautins gravés par G. Tory et qui furent utilisés par Kerver pour l'impression des "Heures bretonnes" de Gilles de Kerampuil en 1576 après avoir servi à diverses éditions.
        J'appelle l'attention du lecteur sur la parenté des diagrammes circulaires utilisés par Guillaume Brouscon et ceux que l'on trouve dans certains computs et traités d'astronomie produits par un scriptorium bénédictin breton du Xème siècle, et que l’on a pu voir à l'exposition consacrée au XVème centenaire de l'abbaye de Landévennec (n° 88 conservé à la Bibliothèque Nationale, Nouv. acq. lat. 1616). Cette parenté me conduit à penser que Guillaume Brouscon pourrait avoir consulté à l'abbaye de Saint-Mathieu des documents dans lesquels il aurait trouvé une partie des sources de son inspiration.

Des marques d'imprimeur :

        Brouscon utilise une marque d'imprimeur qui lui est propre et dont la forme rappelle bien d'autres marques comme celles de Galliot du Pré (1497-1504) ou Juste, à Lyon, (1529-1545)12. Cette marque n'autorise aucune affirmation si ce n'est que Brouscon a eu en main des ouvrages de provenance parisienne, lyonnaise et méditerranéenne qui ont contribué à la formation de son art. Jusqu'à de futures découvertes sur ce sujet, il est permis de penser que tant Brouscon que Ian Trodec, qui utilisa une marque d'artisan de même inspiration, ont assuré par eux-mêmes l'impression de ces livrets. Il est cependant plausible qu'ils aient fait confectionner les planches par des artisans spécialisés. En effet à l'étendue des connaissances nautiques et astronomiques dont témoignent les œuvres signées par G. Brouscon, s'ajoute un tour de main très sûr et un talent de peintre comparables à ceux de bien des artistes contemporains. Qu'il ait eu de surcroît ceux d'un graveur sur bois, capable de nous offrir les angelots, vases et augures des cadrans de San Marino est possible. J'estime pour ma part que ce cumul reste à démontrer.
 

Marques de Guillaume BROUSCON :
les initiales sont G ou GB
Marques de
Ian TRODEC :



         Il convient, par ailleurs, de rappeler l'activité artistique remarquable du Penn ar bed à cette époque.
        Outre Christophe Trodec, qui nous a laissé un traité de navigation entièrement manuscrit, nous nous souviendrons que Dom Michel Le Nobletz utilisa, lors de ses missions, des cartes peintes dont certaines sont encore visibles à l'évêché de Quimper et dont l'ouvrage d'Alain Croix "La Bretagne aux XVI et XVIIèmes siècles", reproduit les principales. Ce n'est peut-être pas un hasard si c'est précisément une veuve du nom de Françoise Trodec qui, entre 1613 et 1616, semble avoir réalisé ces cartes pour le missionnaire à qui elle se dévouait. Enfin, les minus de Jehan et François Poncelin, seigneurs du Conquet, datés de 1540, sont décorés de très belles lettrines à entrelacs dont les extrémités zoomorphes sont bien dans le style à la mode, et rappellent celui du décor des roses de Brouscon conservées à San Marino. Leurs auteurs pourraient bien avoir été moines à Saint-Mathieu ou des artistes employés par l'abbé. On aurait peut-être du mal à en réaliser d'aussi belles de nos jours. C'est aussi à l'époque qui nous intéresse ici que les premiers calvaires du Léon ont vu le jour.
         La présence de l'abbaye de Saint-Mathieu, toute proche du Conquet et où se trouvaient conservés les sceaux des brefs de mer délivrés au passage du raz, me fait proposer une hypothèse: La perception des brefs de mer par les abbés de Saint-Mathieu suppose la remise d'un document permettant aux capitaines de faire la preuve du paiement des droits. En raison du nombre des passages, il faut envisager que l'on ait eu recours de bonne heure à des des instruments d'identification impliquant une marque imprimée. Il est tentant de suggérer que les moines aient pu disposer d'un atelier de copie, puis d'impression des formulaires, atelier que Brouscon et par la suite Ian Trodec auraient mis à contribution13.
 


Maquette de l'abbaye de St-Mathieu au 16ème siècle.
© Musée de la Pointe St-Mathieu, Plougonvelin (Finistère)
Création M.P.P.A., Rennes.
Dans la tourelle, un feu était entretenu pour la navigation.


        En 1558, Le Conquet fut très sérieusement affecté par la descente d'une armée navale anglo-hollandaise qui fit des ravages considérables. Il semble que les marins anglais aient mis de l'acharnement à détruire cette petite ville, du moins si l'on doit se fier à l'enquête que nous laissa M. de Lezonnet, commis à l'évaluation des dégâts14.
        Brouscon disparut-il en cette circonstance ? Les bois dont il faisait usage pour l'impression de ses petits livres furent-ils emportés par les Anglais ? L'intérêt marqué par ceux-ci pour les guides nautiques bretons laisse à penser que le pillage du Conquet permettait de tarir une source d'informations et de diffusion de la connaissance nautique bretonne et française tout en récupérant des documents recherchés, susceptibles d'être copiés et améliorés au profit de la puissance navale anglaise alors à son éveil. Le fait que I. Trodec semble avoir utilisé au moins deux planches de Brouscon, suggère que toutes ne furent pas détruites et qu'on put mettre à l'abri une partie au moins du trésor de Brouscon. Cela pourrait suggérer aussi que les planches aient été gravées dans un atelier situé hors du périmètre saccagé par les Anglais, pourquoi pas à Cuburien en Morlaix, par exemple ?15.

        Les travaux de Brouscon furent poursuivis au Conquet au cours des décennies qui suivirent. Outre une signature K.B, que Dujardin attribue à Katherine Brouscon, fille de Guillaume, Ian Trodec nous a laissé plusieurs ouvrages de même modèle que ceux de Brouscon, réalisés sur le même format et selon la même technique d'impression, à la différence qu'ils ont été réalisés après la réforme grégorienne du calendrier. Il s'agit là, d'ailleurs, de la seule innovation significative de Trodec qui, pour le reste, s'est borné à reprendre la méthode et il me semble, au moins deux bois de G. Brouscon. La complication du calendrier pérpétuel, unique en son genre, destiné à servir en mode julien comme en grégorien, me semble loin de la pédagogie si claire et si simple de G. Brouscon dont la méthode sera d'ailleurs utilisée par Bouguereau, éditeur de cartes et atlas, à Tours, qui fera figurer les cadrans de marée sur sa carte de Bretagne15 .


        L'exemplaire C 10809 du département des cartes et plans de la Bibliothèque Nationale, dont on ne peut consulter que les clichés, provient de la collection d'un comte A. de Cichowski en 1847.
        L'exemplaire de la John Rylands library de Manchester fut acquis en 1892 avec la bibliothèque de George John, second lord of Spencer.
       A la liste fournie par Dujardin, il y a lieu d'ajouter le vélin 1999 de la réserve de la Bibliothèque Nationale, dont j'ai pris connaissance grâce à Mme Verin Forer. Ce document est établi pour être utilisé à partir de l'année 1584, comme on peut le déternimer par les nombres d'or du calendrier perpétuel. Cet exemplaire est probablement celui qui est dans le meilleur état de conservation de tous les almanachs conquétois. Il mériterait une reproduction en fac-similé. La date de 1584 et les années suivantes ont été ajoutées par une main qui n'est pas celle de l'auteur. Il me semble que la carte index de la "Baye", ainsi que le calendrier des fêtes mobiles sont tirés de planches originales de Brouscon. Le trait en est épais comme par l'effet de pressions répétées. L'ouvrage contient une marque d'imprimeur semblable à celle de Brouscon et apposée de la même manière bien que, naturellement, sur une planche nouvelle. Il pourrait s'agir d'un des premiers travaux de I. Trodec, car dans certains exemplaires identiques, conservés en Angleterre, les planches dont je viens de suggérer l'attribution à Brouscon semblent avoir été remplacées.
      Après Ian Trodec nous trouvons au Conquet Christophe Trodec, dont un traité de navigation manuscrit est conservé à l'Arsenal (ms. fr. 2549). Aucun document imprimé de ce cartographe ne nous est parvenu.
 
        Il est plausible que d'autres documents apparaissent au cours de recherches à venir ou à l'occasion de ventes publiques. En effet, G. Marcel8 cite le cas d'un ouvrage de Ian Trodec, mis en vente par M. Jacques Rosenthal à Munich et catalogué sous le numéro 413 de son "Inkunabula typographica", dont je n'ai pas retrouvé trace, ainsi qu'un exemplaire présumé conquétois signalé par le commandant C. Fernandez Duro, secrétaire perpétuel de l'Académie d'histoire de Madrid, ouvrage qui faisait partie, en 1899, de la collection de M. Rico y Sinobas.


        De Brouscon, les archives du Conquet nous apprennent que ses fils, Guillaume et Laurent, furent très liés aux Trodec qui furent parrains et marraines de plusieurs de ses petits-enfants. Pierre le Cann, du Centre Généalogique du Finistère, et son correspondant nantais, Yves Lulzac, m'ont signalé que Laurent Brouscon avait changé son patronyme en celui de Le Lyneur. En effet, la page 37 du manuscrit B 1063, Archives départementales de la Loire-Atlantique mentionne: "Contrat passé entre Laurens Brouscon dit Lineur...". Le document est daté du 23 octobre 1606. Le même registre a permis d'identifier: "Yvon Brouscon, Laurent Brouscon, curateur de Philippe, François, Louis et Catherine Brouscon, héritiers de feu Guillaume Brouscon de son second mariage avec Jacquette Kerourien, Jacquette Brouscon, femme de Prigent Alain, Marie Brouscon. Les dits Yvon, Jacquette et Marie, aussi enfants de feu Guillaume Brouscon, de son premier mariage avec Marie Gouziau". Enfin, le registre des baptêmes du Conquet mentionne au 13 août 1597 le baptême d'une Françoise, fille de Guillaume Le Lyner et de Jacoba Kerourien. Ce sont donc les deux fils de Guillaume Brouscon qui ont semble-t-il pris ce nouveau patronyme.
Je n'ai pu, à ce stade, élucider les raisons qui ont poussé les deux frères à ce changement de patronyme. Doit-on y voir une relation avec la guerre civile, l'occupation d'une partie de la région brestoise par les Espagnols ? C'est, en effet, en 1594 que Sourdeac fait dresser par Ian Troadec un plan du fort de Crozon.
   

    De fait, je n'ai, pour le moment, trouvé nulle part le nom de Brouscon sous la même graphie, si ce n'est grâce à l'obligeance de P. Nienhuis, constructeur naval hollandais, qui m'a fait savoir qu'une famille du nom de Brouscon existait il y a quelques années en Flandre wallone.
    Naturellement les considérations ci dessus ne peuvent suffire à établir une origine flamande de Guillaume Brouscon. Cependant, et en l'absence d'éléments nouveaux, il reste que cet homme aux connaissances et aux dons artistiques remarquables, est peut-être venu d'ailleurs s'établir au Conquet. Pour quelles raisons ?
   Dans l'état de nos recherches, nous ne pouvons que résumer ce que nous avons constaté et, tout d'abord, noter la connaissance précise, et du Canada et de la Grande Java, attestées par la carte de San Marino, ensuite rappeler l'empreinte lusitanienne des roses qui décorent ce document, ainsi que le manuscrit fonds français 25374 de la Bibliothèque nationale, semblables à celles de Jean Rotz, de même que la ressemblance des bordures de G. Brouscon avec celles de " l'anonyme de La Haye". La communauté d'inspiration avec les artistes graveurs de Paris et de Lyon ou des Flandres ne nous a pas paru, pour l'instant, autoriser de conclusion.

      Brouscon a-t-il été un navigateur doublé d'un artiste? A-t-il, de surcroit été imprimeur ? Quelles sont les raisons qui ont poussé ce personnage mystérieux à s'installer au Conquet, alors même que les connaissances dont témoignent ses ouvrages lui auraient ouvert le meilleur accueil à la cour de France ? A cet égard il convient de remarquer que son oeuvre la plus complète est antérieure au reste de sa production. Est-il venu des Flandres où il avait eu la possibilité de connaître les dernières découvertes hispano-lusitaniennes ? C'est tout à fait plausible. Pour quelles raisons l'aurait-il fait ? Doit-on envisager que cela ait eu une relation avec les troubles causés en Flandre, dès cette époque, par les conflits religieux ? Est-il de ces hommes qui ont préféré la liberté dans l'humilité à une vie contraire à leurs convictions ? Un tel dépassement de soi, chez un être aussi doué, ne serait pas contraire à l'esprit qui se dégage de son œuvre .

    Si notre curiosité reste insatisfaite, nous ne pouvons nous abstenir de noter de troublantes ressemblances entre les destins possibles d'un Guillaume Brouscon et ceux des hommes de notre temps.
     Enfin, si comme tout le laisse à penser, les Bretons, insulaires comme armoricains, pratiquèrent pendant plus d'un millénaire une navigation intense, en vue de côte le plus souvent, et sans doute par des méthodes qui rappellent celles utilisées encore récemment par les peuples du Pacifique, faisant usage en particulier de l'observation des vols d'oiseaux migrateurs, ainsi que je le note à la lecture des voyages de Mael-Duin et des pérégrinations des moines de Saint-Mathieu rapportés par Godefroy de Viterbe par exemple, comment expliquer que ces mêmes Bretons n'aient pas utilisé plus tôt les méthodes que Guillaume Brouscon leur enseigna ?

      Quoi qu'il en soit, Brouscon, en vulgarisant, grâce à l'imprimerie, une méthode qui affranchissait les caboteurs atlantiques de la nécessité de doubler l'Armorique par le passage des raz, se fit l'artisan involontaire du déclin du Conquet.

Hubert MICHEA
http://hubert.michea.pagesperso-orange.fr/

NOTES:

 (1)      J. Heers, "Gènes au  XV e siècle", réédition Flamarion, 1971, pages 205-245.
             E.B. Fryde, "Italian maritime trade with medieval England 1270-1530", dans "Les grandes escales", Bruxelles, 1974.

 
(2)      Leur taille était de l'ordre de 100 tonneaux. Voir à ce sujet J. Bernard, "Navires et gens de mer à Bordeaux 1400- 1550", Paris, 1968 et H. Touchart, "Le commerce maritime breton à la fin du Moyen Age", Paris, 1967.

(3)      H. Michea  "De l'utilisation des martelloios ou roses des vents au Moyen Age", dans Bulletin technique du Bureau Véritas, avril 1984, pages 216-225.

 (4)      Réédition par le Commander D. Waters "The rutters of the sea",  Yale university Press, 1967.

(5)      En 1370, Rainier Grimaldi vint prêter main forte à des opérations en  Manche ordonnées par Charles V, et en 1513 les galères de Provence de Prégent de Biddoux vinrent, au Conquet même, venger Hervé de Portzmoguer. A. Spont, "The french war 1512-1513", dans Navy records society, vol X, 1897.

(6)      Ouvrage de R. Hervé, "Découverte fortuite de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande par des navigateurs portugais et espagnols entre 1521 et 1528", Paris, Bibliothèque Nationale, 1982.  

(7)      Ces almanachs sont étroitement liés  à plusieurs autres conservés au British Museum, en particulier le C 36 aa 4, ex Sloane 966, qui fut l'objet d'une mention par J. Ph. Berjeau dans son "Catalogue des livres xylographiques", Londres, 1865,pages 55-60, ainsi que par E. Dutuit dans son ouvrage cité ci-après.

        Par ailleurs, j'avais pensé que les  C 18 e 2 (73), C 41 a 28, C 36 aa 5 et C 29 c 6, pourraient être des "Brouscon". Je n'ai pu les examiner. Deux d'entre eux sont, selon le conservateur, en très mauvais état et ne pourraient supporter d'être photographiés, en raison du rique qu'il y aurait à les déplier. C'est pourtant la seule manière que j'entrevois d'affirmer s'ils sont de la même planche que les autres. Cependant, je dois au Commander Howse, qui les examina à ma demande et m'en fit une description, la présomption que le C 41 a 28 soit un frère du C 36 aa 4 . Le Commander Howse précise que cet exemplaire porte dans un ovale ce qui semble être un M majuscule suivi d'un S, et que le C 36 aa 5 lui est absoluement semblable.

        A cela il y a lieu d'ajouter les ouvrages de Ian Trodec dont il sera question ci-après.

 (8)      Docteur L. Dujardin-Troadec, "Les cartographes du Conquet, la navigation en images, 1543-1650", Imprimerie commerciale, Brest, 1966.
           G. Marcel, dans "Sur un almanach  xylographique à l'usage des marins bretons", Paris, 1900, faisait une brève analyse du document C 10809 du département des cartes de la Bibliothèque nationale dont l'auteur est Ian Trodec, et le comparait aux exemplaires du British Museum et de Chantilly, dont il identifiait l'auteur, Guillaume Brouscon. Il précisait alors: "C'était hier un nom  absolument ignoré dans l'histoire de la cartographie et qu'il est bon de tirer de l'injuste oubli o| il est tombé."
        Précisons que J. Ph. Berjeau dans son "Catalogue des livres xylographiques", Londres, 1865, décrivait le BM C 36 aa 4, alors noté Sloane 966, ainsi que le "Trodec" de Manchester, qui se trouvait alors dans la collection de Lord Spencer, sans tenter d'expliciter la signification de ces alamnachs.

        En 1885, E. Dutuit, dans son "Manuel de l'amateur d'estampes", Paris,Bibliothèque Nationale cote 4° V 1061 (1.1), pages 293-297, fournissait une description avec fac similé de la marque de Ian Trodec, tout en précisant que "l'explication n'en a pas été donnée".

        Il revenait au docteur Dujardin d'établir les liens entre les ouvrages examinés par ses prédécesseurs, d'expliciter la marque de Trodec, et l'usage des cadrans de marée, dont la conception est l'innovation principale de ces petits almanachs.

        L"Atlas catalan" d'Abraham de Cresques, daté de 1375, comporte un cadran donnant les marées, pour le seul jour, cependant, de la nouvelle lune, en certains lieux remarquables, parmi lesquels Saint-Mathieu.

 (9)     "Histoire de l'édition française",Paris,1983, chapitre: "Les réalités provinciales" par P. Aquilon, page 363, note 7.  Nous savons que la famille Le Verge résidait à la fin du XVème siècle à Poulherbet en Plougonvelin et qu'elle a donné plusieurs générations de maîtres de barques dont on trouve les traces à Bordeaux et Anvers. L'un d'eux, René, fit l'acquisition, au début du XVIIIème siècle, du "Lion d'or" du Conquet. Son fils, Noël et son petit-fils, René, y vécurent; la veuve de ce dernier s'y éteignit au milieu du siècle dernier.

(10)      Etudes canadiennes n°17,Talence, 1984 pages 235-230."Note concernant les procédés de navigation à latitude constante au XVIème siècle"

L'observation de la hauteur du soleil au moyen de l'arbalète se faisait "par l'arrière" en recherchant une collimation de l'horizon et de l'ombre portée par le marteau de l'instrument. J'estime, dans l'état de mes recherches et essais, à environ trente minutes, soit près de 55 kilomètres, l'erreur possible de ce procédé.

        Bien que ce ne soit pas ici le lieu, je préciserai encore que l'usage de la virgule flottante n'était pas largement diffusé et qu'il existe de fortes présomptions que les opérations arithmétiques aient été réalisées au moyen du boulier romain, comme le font encore de nos jours les commerçants chinois. C'est certainement la raison pour laquelle la plupart des rares calculs qui nous sont parvenus fournissent les valeurs sous forme fractionnaires, par exemple, le rapport de la circonférence au diamètre, que Verrazano donne pour valoir "trois et un septième".

(11)     E. F. Bosanquet, "English printed almanacks and prognostications, a bibliographical history to 1600", Londres, 1917.

        L'auteur mentionne à ce propos des almanachs nautiques "printed from wood blocks....most probably in Brittany". Il précise que le BM C 29 c 6 était roulé de cette manière.

        L. Delisle, dans "Les heures bretonnes du XVI ème siècle", (Bibl Ecole des Chartes, 1895 t LVI, pages 1-10, précise : "Une colonne de ce calendrier est remplie par des figures symboliques caractérisant les principaux saints de chaque mois, suivant le système de ces calendriers gravés sur planchettes que l'on a longtemps attribué aux peuples du Nord." L'auteur explique comment les bois utilisés pour l'impression de la décoration de l'ouvrage sont passés d'un atelier d'imprimerie à l'autre, et ont séjourné à l'atelier de Jacques Kerver, avant de se perdre, peut-être définitivement.

        J. Ph. Berjeau, dans son "Catalogue des livres xylographiques", cité plus haut, évoque  un calendrier de Jean Muller, dit "Regiomontanus", décrit ci-après, ainsi que celui de  Conrad Kacheloven, dans lequel on trouve les épactes selon un diagramme circulaire et une notation au moyen de ce que Berjeau qualifiait de "chiffres runiques"

         D'aprés Berjeau, une planche d'un pouce et demi d'épaisseur ayant servi au tirage du calendrier de Jean Gmunden de 1439 existait encore à Gotha en 1865, et serait mentionnée dans l'impression de l"Histoire de l'imprimerie " de docteur Falkenstein.

        Jehan Muller, le célèbre Régiomontanus, mentionné par Berjeau, publia en 1472, un "Calendarium", avec  prédiction des lunes par les nombres d'or, lequel fut réédité sous le nom: "Der deutche Kalender des Johanes Regiomontan", fac-similé Kommissions verlag, Leipzig, 1937.  Cet ouvrage contient deux roses pivotant autour d'un nœud de soie dont la couronne extérieure est divisée en douze mois, eux-mêmes subdivisés en trois sections de dix jours. Ce dispositif est identique à celui utilisé plus tard, dans le traité de navigation de Christophe Trodec.

        Dans "Hundert kalender inkunabeln" de Konrad Haebler, Strasbourg, 1905, on voit à la planche 80, un calendrier dit de G. Glockendon, daté de 1493, qui utilise outre le principe du calendrier pluriannuel, des vignettes décrivant les principales tâches paysannes de chaque mois, et indique les épactes et les nombres d'or, selon une notation à base de batonnets agencés de la même manière que celle en usage dans les calendriers de Brouscon.

(12)    Dans Sylvestre, "Les marques typographiques", Paris, 1853, on vérifiera les ressemblances des marques de G. Brouscon et I. Trodec avec divers artistes de Paris, Lyon et Rouen: Eustace Guillaume, Paris 1493-1525, n° 63, Robert Macé, Rouen 1498-1506, n°134, Mansion Colard, 1475-1484, n°194, Juste, Lyon, 1529- 1545, n° 210, et bien d'autres encore. Les ouvrages de M.L. Polain," Les marques d'imprimeurs et libraires en France au XVème siècle", Paris, 1926; Ph. Renouard, "Les marques typographiques à Paris aux XVème et XVIème siècles ", Paris, 1928; et bien d'autres ouvrages fournissent mille occasions de trouver des similitudes aussi bien entre les marques que les motifs de décoration employés par G. Brouscon et I. Trodec d'une part, et les  graveurs et imprimeurs cités dans ces ouvrages d'autre part.

        J'ai examiné quelques ouvrages décrivant les marques italiennes, ibériques et flamandes et j'y ai trouvé également des points communs. Cependant, au fur et à mesure de ma progression, j'ai ressenti l'impression qu'il s'agissait plus d'une adhésion à une mode que d'une filiation intellectuelle ou artistique précise.

        J'ai remarqué dans GK. Nagler, "Monogramisten",Munich, 1881, tome 2, n° 2754, la marque de Girolamo Bellarmato, 1530/1540, Florence, qui ressemble à celle de G. Brouscon. Dans "Monumenta cartographica  vaticana", (t II), par Roberto Almagia, on trouvera un exposé de la vie de cet homme  qui est connu pour avoir travaillé aux fortifications de Dieppe et du Havre à partir de 1536. Il fit plusieurs voyages entre la France et Sienne, sa ville natale, en 1546 et 1549, et déclina une invitation à Sienne en 1554. On ne sait avec certitude ni la date ni le lieu de son décés. La carte de Toscane qu'il a laisée montre que la main qui la réalisa ne peut être celle de Brouscon. Cet exemple montre combien la recherche de l'identité de ce cartographe pourra réserver de déceptions.

(13)        A ce sujet, il convient de remarquer l'ouvrage  B 41454 de la reserve de la Bibliothèque nationale, analysé par L. Delisle, dans "L'ancien bréviaire de Saint-Pol de Léon", document conservé à la Bibliothéque Nationale, Reserve, n° 4920, dans Bibl. de l'Ecole des  Chartes, septembre 1904, pages 537-554; dans lequel on voit: "que deux chanoines de cette église, François le Veyer et Guillaume Fougay avaient aidé Hamon Barbier à préparer le texte de ce bréviaire", lequel fut imprimé en 1516. Or le rentier de Saint Renan, de 1544 dont nous devons la publication à Jean Kerhervé, Anne-Françoise Perès et Bernard Tanguy,  mentionne  -fol 36 v°- qu'Hamon Barbier était encore à cette époque abbé de Saint-Mathieu. Il s'agit de celui qui, pour les besoins d'un procès, transporta, dit-on les titres de l'abbaye au chateau de Kermorvan,  d'où on perd leur trace. Le manuscrit Bibliothèque Nationale, fonds français 20895, "Recueil de titres originaux et copie  d'actes concernant les abbayes de France" p 121 -130, mentionne Hamon Barbier, abbé de 1536 à 1541. Quant à François le Veyer il était membre d'une famille qualifiée dans plusieurs actes de la série B des archives de la Loire-Atlantique, de seigneurs de Poulconq. Le manoir de Bernard puis Jehan (Arch dep Loire-Atlantique, B 1024, daté de  1540), existe encore, au bord de l'eau sur la grève de l'antique port du Conquet aujourd'hui comblé.

(14)     Dom Morice, "Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne", t. III, col, 1225/1227.

(15)    Je dois à Michel Simonin d'avoir appelé mon attention sur la vignette qui orne la "Legenda Maior sanctis", de" Impressa Cuburij", 1575 dans laquelle je relève des formes de toitures et clochers décorés de croix et pavillons comme le fit G. Brouscon. Là encore on trouve une ressemblance de style sans qu'il soit possible d'établir un lien formel.

 (16)     Bibliothèque Nationale, Cartes et plans, cote  Ge D 15021.




    



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