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NOUVELLES
 2013











L'abbé du diable




La Confiance



J'veux pas vous parler



La vengeance à tout prix



Une histoire de vieux loup de mer

 

Camarade



Pirat' Attak



Les voiles de la liberté



Barbarus, un pirate de légende



Coco-Rhum




La Rose Sanglante



La Buse



Mutinerie !



Manon la pépite



Naufragés

Camarade
.©

Une nouvelle de Philippe GENSE
classe de 1ère à Brest
3e prix, catégorie "Lycéens"


***

   « Déjà trois ans que les pirates m'ont capturé dans ma jungle natale. D'abord je fus enfermé dans une cage, puis après quelques mois, les pirates me relâchèrent. Ils me rendirent ma liberté, je restai avec eux malgré tout et devins un membre de leur équipage… 

  Déjà trois jours que nous poursuivons le même navire marchand, en pleine mer des Caraïbes, hantés par l'espoir fou d'y obtenir d'importantes richesses : de l'or, des pierres, des matériaux précieux, qui sait ? Le soleil tropical fait miroiter l’océan et les frégates planent au-dessus de nos têtes. Ce jour-là, le capitaine me l'avait confié personnellement, c'était le jour de l'abordage. Les vents nous étaient favorables. Notre navire était une flûte hollandaise, toutes voiles bleues dehors pour nous dissimuler sur l'eau caribéenne. Nous arrivions presque à portée de tir. Vieux loup de mer irlandais, bientôt la quarantaine, le capitaine était poivre et sel et, d'après ce que j'avais appris au fil des années, il s'agissait d'un ancien corsaire au service du roi d'Angleterre reconverti en pirate indépendant pendant la paix.

  Nous tirerions à la mitraille uniquement, ainsi les voiles seraient déchiquetées, l'équipage décimé mais la coque serait préservée. Je connais des gens prêts à payer cher pour un navire de ce type.

   J'étais avec le capitaine dans sa cabine alors qu'il préparait le plan d'attaque, il réfléchit puis me regarda et me demanda :

« À ton avis, devrions-nous tirer des boulets chaînés pour les démâter ? Le prix en serait baissé et nous prendrions plus de temps pour rentrer mais l'abordage serait mieux réussi. ».

  Comme je me taisais tout en secouant la tête, le capitaine reprit :

« Tu as raison, notre vaisseau est assez rapide et les tirs de mitraille suffiront amplement. Merci camarade. ».

  Je le regardais toujours sans piper mot, il sourit :

« Allez camarade, il est temps d'aller donner les ordres pour la manœuvre ! Je crois que l'équipage est un peu à cran depuis le temps qu'il patiente.».

  Sur le pont, c'était l'effervescence, le second avait pris la tête du bateau. Ce grand gaillard chauve, découpé à la hache qu'il maniait si bien à la bataille, personne, à part le capitaine, ne savait d'où il venait. Les rumeurs voulaient qu'il s'agisse d'un ancien garde du corps du roi d'Angleterre, tombé en disgrâce après la mort d'une personnalité importante de la cour. En nous entendant, il se retourna et le capitaine ne dit qu'un mot :

« Maintenant. »

  Le visage du second s'éclaira. Il se dirigea vers la barre et se prépara à manœuvrer. Pendant ce temps, le capitaine, en ma compagnie, grimpait les marches menant sur le château arrière. L'équipage suspendit son activité et se tut.

« Mes amis, aujourd'hui nous avons rattrapé notre proie. Comme vous le savez, dès que nous l'avons aperçue, nous avons hissé un pavillon anglais, ce qui leur a fait croire que nous ne leur voulions pas de mal. Mais maintenant, il est temps... temps de l'aborder, temps de le piller, temps de devenir riches et surtout il est temps de monter notre pavillon, objet de terreur sur toutes les mers, celui que tant redoutent, le pavillon noir ! Il est temps mes amis de hisser fièrement notre Jolly Rogers ! »

   Un tonnerre de cris lui répondit et je me surpris à partager leur joie, ce qui me valut un regard pétillant du capitaine. Pendant ce temps, le pavillon noir remplaçait le rouge et blanc. Le capitaine exposa alors les manœuvres d'abordage :

« Larguez toute la voilure ! Profitons au maximum de la surprise que nous venons de créer. Artilleurs, amarrez les canons tribord et chargez-les de mitraille, ensuite, à mon signal, visez les voiles. Canonniers sur pivot, au même signal vous tirerez au niveau du pont, le but est de décimer l'équipage. Pour les autres, tenez-vous prêts, sortez les mousquets, les sabres d'abordage, vos pistolets mais attendez également les ordres. Préparez aussi les grappins pour l'abordage. »

  L'agitation reprit sur le navire, chacun gagnant soit le pont inférieur, soit la mâture, et les derniers se dirigeant vers l'entrepôt des armes. Le capitaine donna alors les indications de manœuvre à son second :

« Décale-toi vers bâbord ! Place-les dans notre zone de tir sans que nous soyons dans la leur, une fois que la première bordée sera tirée, rabats-toi à tribord ! »

  Le second acquiesça. Le capitaine, satisfait, prit sa longue-vue et se dirigea vers la proue pour observer les mouvements sur le navire traqué.
Très vite, il rangea sa lunette et me dit :

« Eh bien camarade, quelle cohue en face ! Bon, il reste quelques minutes avant que nous ne soyons également à portée, je tiens à ce que tu restes à l'abri le temps de l'abordage. Ou nous revenons vainqueurs, ou nous faillons et alors vous serez prisonniers, mais saufs. »

  Les minutes précédant l'abordage me semblèrent une éternité, mais quand nous fûmes à portée tout alla si vite qu'en faire le récit est un véritable défi. M'étant écarté du capitaine, je vis celui-ci se saisir d'un mousquet, viser : une détonation retentit quand l'étincelle provoquée par le choc des silex alluma la poudre noire. Sur le pont adverse, un homme s'écroula et le capitaine, fort de l'impression qu'il venait de faire donna le signal du tir :

« Feu ! Pas de quartier mes braves ! ».

  Les canons intérieurs sortirent par leur sabord et tirèrent une bordée; au même instant les canonniers sur pivot nettoyèrent le pont de nombreux marins. Les voiles du marchand déchirées par la mitraille, celui-ci ralentit et dans une manœuvre parfaitement contrôlée, le second approcha notre proue de la poupe adverse. Les mousquets résonnèrent simultanément pour parfaire le travail des canons sur pivot, les grappins furent lancés de notre proue alors que le pont était déjà jonché de corps.

« Pour la gloire, sus ! »

  Après avoir hurlé ce cri sur la mer agitée, le capitaine passa d'un bord à l'autre, sabre aiguisé dans la main droite et pistolet dans la gauche. Le reste de l'équipage se précipita à sa suite, le second, laissant la barre sous le contrôle du timonier, se saisit de sa hache de bataille et se jeta dans la mêlée. Les mousses et moi-même montâmes dans les haubans, eux près des perroquets, tandis que je poursuivis jusqu'au cacatois pour observer le combat de plus haut. De notre observatoire, nous essayâmes vainement de déterminer l'avancée de la bataille mais nous ne vîmes guère que gerbes de sang, cadavres décapités ou éventrés. Notre équipage progressait courageusement vers le château avant, repoussant les adversaires vers la proue.  

   Après quelques minutes d'un combat sans merci, nos marins devinrent maîtres du pont. Alors à la suite du capitaine, ils descendirent dans l'entrepont. Une détonation retentit, une seule, suivie d'un silence, auquel succéda dans l'instant un cri de rage et de haine, puis le cliquetis des lames résonna à nouveau. Quelques instants plus tard, l'équipage pirate ressortit du navire marchand. Nous vîmes notre chirurgien se diriger en toute hâte vers sa cabine. Dans le même temps, la majorité des marins prenait le contrôle du bateau capturé et commençait les manœuvres afin de l'attacher à notre poupe. Alors que je les regardais faire, les mousses en-dessous de moi s'agitèrent et commencèrent à redescendre. C'est en voyant les pirates sortir par les écoutilles que je compris ce qui se passait. Je me retrouvais plus rapidement que mes équipiers sur le pont alors que notre équipage revenait, portant son funeste fardeau. Le capitaine avait été atteint par une balle de pistolet au moment où il descendait dans l’entrepont, un tir lâche de la part d’un mousse qui avait pris l'arme au sol avant le début de l'abordage. Le chirurgien faisait ce qu'il pouvait pour garder le capitaine au-delà du pays de Perséphone. Après un moment, il se releva et à son air abattu, je compris qu'il n'y avait plus rien à faire. Je m'avançai parmi les pirates qui me laissèrent passer et me plaçai à côté du capitaine qui me dit alors en murmurant :

- Tu vois camarade, finalement tu n'as rien. Mon idée n'était-elle pas la bonne ? C'est vrai qu'une balle dans le ventre n'est pas très glorieuse mais bon... ce sont les hasards de l'existence. Le Hachoir ! dit-il, interpellant le second par son surnom. À combien se monte le butin ? 

- C'est énorme, capitaine. Près de trois fois la valeur du navire. 

- C'est bien, c'est très bien... Camarade, il y a longtemps, tu avais refusé notre offre. Maintenant quitte ce navire et installe-toi sur une des îles visibles à quelques miles. Sois libre... et heureux. 

 C'est ainsi que mourut Black Hand, capitaine du Blood-Lust. Lui désobéissant, je restai malgré tout sur le navire le temps que, selon les usages, le corps du capitaine, enveloppé dans un linceul, soit immergé. Alors seulement, exécutant ses ordres, je m'envolai vers Les Saintes voisines.

Moi, Le Camarade, perroquet capturé, puis adopté par les pirates, je retrouvai bientôt ma liberté... pour toujours.

Philippe GENSE


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