Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.








NOUVELLES
 2013











L'abbé du diable




La Confiance



J'veux pas vous parler



La vengeance à tout prix



Une histoire de vieux loup de mer



Camarade



Pirat' Attak



Les voiles de la liberté



Barbarus, un pirate de légende



Coco-Rhum



La Rose Sanglante



La Buse



Mutinerie !



Manon la pépite



Naufragés

La Confiance
.©

Une nouvelle de Baptiste AIRAUD

2e prix, catégorie "Adultes"


***

   

Youssef avait repéré sa proie. La lourde silhouette du thonier espagnol se découpait sur la mer d’huile. Un de ces navires usines qui pillaient et appauvrissaient les ressources de son pays. Une belle prise en perspective. Des frigos pleins de lourds poissons qui alimenteraient la population de Haradere, son port d’attache. Et puis, on en tirerait une bonne rançon. De quoi financer ses actions de « défense du littoral » que les Occidentaux appelaient « actes de piraterie ». Il ordonna qu’on mette cap sur sa victime. Pleine vitesse… autant que le pouvait son pauvre boutre fatigué. Il voulait le rattraper avant qu’il ne sorte de la limite des 200 milles marins. Il s’était fait une règle : n’arraisonner que les navires qui se trouvaient dans la zone exclusive de la Somalie. Un héritage que lui avaient légué ses parents, sans doute, anciens diplomates somaliens… lorsque la Somalie était encore un Etat.

Aussi, lorsqu’il s’aperçut qu’il avait été repéré et que le navire espagnol faisait demi-tour, il pressa ses hommes. Tous se mirent sur le pied de guerre et prirent place dans un skiff à grande vitesse. Quatorze hommes. Résolus. Armés jusqu’aux dents.

Lorsqu’ils furent à quelques encablures du Biscaya, un Atlantique II les survola. Les hommes de Youssef invectivèrent et menacèrent l’aéronef, pourtant leur chef  lut l’inquiétude dans leurs yeux une fois l’avion hors de portée. Ils se savaient repérés. Ce n’était pas des guerriers. Juste des pêcheurs désespérés qui prenaient les armes pour essayer de faire valoir leurs droits. Il ordonna cependant de continuer. Ce n’était pas la première fois qu’ils allaient engager une course contre la montre. Une course contre Atalante. De ses études au lycée français de Djibouti, il avait gardé deux passions : l’histoire de France et la mythologie. Aussi, s’amusait-il de ce nom que les Européens avaient donné à leur mission anti-piraterie autour de la Corne de l’Afrique. Et puis, jusqu’à présent, il avait toujours gagné. Mais savait-il, cette fois, que le Surcouf n’avait jamais été aussi près ?

Quelques milles au nord, en effet, la frégate était déjà en état d’alerte. De l’avion de reconnaissance, la manœuvre suspecte des pirates avait été signalée. En quelques minutes les commandos étaient prêts, deux Hurricane surpuissants mis à l’eau et déjà ils bondissaient sur les vagues. Pendant ce temps, sur la plate-forme de la frégate, les rotors du Panther vrombissaient. Bientôt, l’hélicoptère fendrait les airs pour rejoindre la zone de crise.

Les Somaliens, de leur côté, poursuivaient, inconscients des manœuvres françaises. Ils se trouvèrent rapidement bord à bord avec le chalutier ibérique. Quelques rafales de kalachnikov claquèrent. Intimidation. Un des pirates tenait en joue l’équipage avec un antique lance-roquette. Un RPG de fabrication soviétique peut-être plus dangereux pour le servant que pour ceux à qui il était destiné. Qu’importait après-tout… Il faisait toujours effet sur les marins que les pirates s’apprêtaient à aborder. Surtout qu’en règle générale, les marins pêcheurs n’étaient pas suffisamment payés pour risquer de se faire trouer la peau.

L’abordage fut d’autant plus bref qu’aucune résistance n’était à craindre. La façon de faire n’avait pas changé depuis des siècles. Grappins. Echelle de corde. Coups de feu, même si les armes automatiques avaient remplacé les espingoles. Terreur. Les vingt-quatre hommes d’équipage, mains sur la tête, étaient réunis sur le pont, terrifiés. Même s’ils savaient que les pirates n’avaient pas pour habitude d’exécuter leurs otages, ils savaient qu’une étincelle pouvait mettre le feu aux poudres. Aussi, ne tentèrent-ils rien d’héroïque.

Illustration extraite de "La Piraterie" Gulf Stream Editeur 2010

Qu’allait-il advenir d’eux ? Les pirates allèrent-ils juste les rançonner ? Allèrent-ils les emmener avec le navire pour être utilisés comme monnaie d’échange ? Ils n’eurent guère le temps de se poser toutes ces questions. De la poupe, un cri d’alarme retentit. Du somali. La nervosité était montée d’un cran.

Au loin, on pouvait distinguer deux points minuscules, certes, mais qui avançaient à très grande vitesse. Sur l’eau, le zodiac ultra-puissant des fusiliers marins. Dans l’air, l’hélicoptère d’appui. « Atalante ! » fulmina Youssef. Cette fois, il avait manqué de chance. Ses hommes s’impatientaient, l’interrogeaient. Que faire ? Une seule chose : fuir. Fuir et espérer que leurs poursuivants n’iraient pas au-delà du thonier.

La mort dans l’âme, Youssef remonta dans le skiff en lançant un message d’imprécation au capitaine du chalutier espagnol.

 

Les pirates étaient parvenus à rejoindre leur boutre mais les hommes du commando Jaubert étaient déjà dans son sillage écumant. Un des pirates tenta pourtant d’intimider les militaires comme il l’avait fait avec les pêcheurs. Il pointa un des Hurricane de son lance-roquette. Peine perdue. De la porte latérale du Panther, le tireur d’élite qui couvrait l’avancée de l’embarcation rapide tira. La balle vint s’écraser quelques centimètres devant le pirate. Tir d’avertissement efficace. L’homme lâcha son arme. Dans la cabine, Youssef rageait. Sa capture était imminente. Fallait-il résister ou se rendre ? Remarquables d’efficacité et de maîtrise, les soldats investissaient le pont du boutre par binômes, certains de l’appui de leur coéquipier qui les couvrait depuis l’hélicoptère. Devant tant de professionnalisme et de puissance de feu, la réponse lui parut évidente. Il ordonna à ses hommes de déposer les armes. L’abordage avait été foudroyant, efficace et dissuasif : il n’avait fallu qu’une poignée de minutes et un coup de feu pour arraisonner le navire pirate.

L’équipage neutralisé, ne restait plus qu’à attendre le Surcouf.

 

Bien que menotté, Youssef gardait toute sa dignité. Il se tenait droit et regardait son boutre brûler, la mâchoire serrée. Près de lui, le commandant du Surcouf s’étonna auprès de l’officier qui avait orchestré l’attaque :

« C’est tout de même surprenant, pour ne pas dire ironique le nom de ce navire… La Confiance.

-         Pourquoi cela commandant ? »

Youssef qui avait entendu la conversation ne laissa pas au capitaine de frégate le soin de répondre.

« Parce qu’il s’agit du nom du navire avec lequel Surcouf a écumé le Golfe du Bengale. »

Les deux officiers se tournèrent vers le chef des pirates, surpris, tant par sa maîtrise du français que par sa connaissance du corsaire malouin. Sans quitter des yeux son bateau qui achevait de se consumer, Youssef ajouta :

« J’ai suivi mes études secondaires à Djibouti. C’est là que j’ai appris votre langue. Mes parents étaient diplomates.

- Diplomates ! Mais que faites-vous là à courir les mers ? s’interrogea le pacha du Surcouf, incrédule.

-  Comme mes parents, j’ai cru à la force des mots. J’ai cru en la diplomatie. J’ai même cru en l’opération Restore Hope. Et puis mon pays s’est totalement effondré. Plus d’Etat, plus rien. Sauf du désintérêt de la part de la communauté internationale. Alors les voyous de la mer s’en sont donné à cœur joie : pêche anarchique et interdite, dégazage sauvage, pollution ! J’ai décidé d’agir. Vous nous qualifiez de pirates mais nous ne faisons que le travail de la communauté internationale en rançonnant des voyous qui polluent nos côtes et pillent nos ressources ! Nous ne sommes que des gardes-côtes qui tentons de nous préserver des pirates, des vrais. Mes hommes luttent juste pour ne pas mourir de faim et nourrir leurs familles, commandant. Et vous, à bord de vos navires qui portent des noms de corsaires, vous nous pourchassez parce que nous avons le tort de vouloir taxer ces pirates ! Effectivement. Tout cela est ironique ! Non. Nous ne sommes pas des pirates… juste des Misérables. »

Youssef avait déroulé son réquisitoire sans colère mais avec beaucoup d’amertume. Les officiers français le regardaient. Ils lisaient dans les traits tendus de son visage et dans ses larmes qui perlaient au coin de ses yeux la sincérité et la résolution. Ils savaient, eux aussi, que le thonier n’était certainement pas exempt de reproches. Mais ils savaient aussi que les activités de ces pirates alimentaient les seigneurs de guerre qui déstabilisaient la Somalie et plus encore.

Ils jetèrent alors un dernier coup d’œil sur La Confiance que Youssef n’avait pas quittée des yeux. Ne restaient plus que des flammèches flottantes, résidus de gasoil brûlant au milieu de débris calcinés.



Baptiste AIRAUD


Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler