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COUP  DE  CŒUR


pour le livre d'Albert LAOT :



   En sa qualité d'ancien responsable du Service des Douanes, le Conquétois Albert Laot s'est trouvé maintes fois aux prises avec les problèmes récurrents qu'engendrent les trafics de toutes sortes. La contrebande maritime en Bretagne, et la surveillance côtière qu'elle implique, n'ont paradoxalement jamais fait l'objet d'une véritable étude historique, contrairement à la contrebande du sel, aux marches de la province. Pourtant les 1300 km de côtes dont elle dispose, où se déploient les activités humaines les plus diverses, y compris les plus illicites, méritaient bien cette recherche. Dans cet ouvrage, Albert Laot en retrace les manifestations aux différentes époques de notre histoire, y compris la plus contemporaine. En effet, cette période moderne, après la contrebande des cigarettes, sur une large échelle, a vu se développer le transit de la drogue (cannabis et cocaïne) en quantités impressionnantes. Dans le même temps, les autorités ont dû faire face à la mise en œuvre de nombreuses réglementations pour ce qui concerne les activités en mer. L'une des plus spectaculaires impliquant la lutte contre la pollution par hydrocarbures, dont notre littoral connaît, d'une manière répétitive, le triste privilège.
     Le texte que l'auteur a fait parvenir à son éditeur comportait une intéressante introduction qui a malheureusement été oubliée à l'impression. C'est cette partie inédite que nous reproduisons ci-dessous car elle donne au lecteur une idée précise du contenu de l'ouvrage.



INTRODUCTION


  La contrebande est l’acte illicite qui conduit à introduire en fraude des marchandises, en traversant illégalement la frontière,  pour échapper soit à une forte taxation, soit à une prohibition. Ce commerce frauduleux est de toutes les époques et de toutes les contrées. Il n’est donc pas surprenant que la Bretagne, baignée par ses milliers de kilomètres de côtes, en liaison par la voie maritime avec les deux Europe, celle du Nord et celle du Sud, ouverte sur le monde entier, ait connu et connaît encore épisodiquement cette activité lucrative, même si elle n’est pas exempte de risques.      Comme le dépeint Auguste Dupouy : Tous ces promontoires relevés face au large, les îles, îlots qui les prolongent en pleine eau, que sont-ils, sinon les bastions, donjons, blockhaus d’une frontière menacée ? (1)
  Bien évidemment, au fil des époques la contrebande a changé plusieurs fois de caractère, d’objet et aussi de méthode, tant dans son exercice que dans les conditions de sa répression.  De plus, la contrebande maritime, celle qui intéresse la Bretagne depuis la disparition de la gabelle, présente un caractère différent de la contrebande terrestre qui durant des lustres était intimement liée à la vie quotidienne des bourgades de la  région frontalière, générant une véritable activité professionnelle. Elle réunissait dans un face à face permanent les contrebandiers, leurs ruses et leur opiniâtreté, et les douaniers chargés, nuit et jour, de mettre à mal leur entreprise en contrecarrant leurs actions par une surveillance continue de la frontière et une intervention énergique, parfois armée, dans le cas de son franchissement irrégulier.

   Cette atmosphère de tension, de combat et de péril n’a pas manqué de faire l’objet de toute une littérature de laquelle émergent en France,  Pierre Loti pour la frontière basque, et Maxence  Van Der Meersch pour la frontière des Flandres. En Angleterre, le livre de J. Meade Falker « Les contrebandiers de Moonfleet » dont l’action aurait très bien pu se dérouler en Bretagne, a même été porté à l’écran par Fritz Lang. L’engouement pour la contrebande tient sans doute au fait que cet exercice rentable ne comporte pas que le seul intérêt de frauder le fisc. Il recèle en fait une part d’aventure, d’attirance mystérieuse née du secret des opérations conduites dans une clandestinité souvent nocturne et mettant en contact deux mondes étrangers, le pays voisin immédiatement contigu dans le cas des trafics frontaliers terrestres, et l’immensité de l’océan, l’au-delà de l’horizon, lorsqu’elle se pratique en empruntant la mer.
 Le développement de cette activité n’a pas suscité, en Bretagne, le même engouement littéraire ou cinématographique, mais cela ne signifie pas qu’elle n’ait pas existé. Elle est bien présente au fil des siècles, y compris au cours des années plus contemporaines.
   Naturellement la contrebande est étroitement liée aux dispositifs permettant de la combattre, le premier d’entre eux, et le plus évident, étant la surveillance de la frontière sous toutes ses formes. Mais  ce contrôle des confins maritimes touche un domaine beaucoup plus vaste que celui de l’introduction illicite de marchandises interdites, aussi, par la force des choses et suivant le juste emploi du service public, les fonctionnaires chargés de cette tâche, seuls ou en collaboration, vont naturellement participer à toutes les actions concernant l’intervention de l’Etat dans cette bande côtière. Aujourd’hui, si les méthodes employées pour exercer cette vigilance ont considérablement évolué, le souvenir de son exécution la plus simple reste encore vivace et renaît plus ou moins consciemment dans  l’esprit des randonneurs qui en grand nombre arpentent le sentier des douaniers. Ce lieu privilégié de surveillance, réhabilité par les collectivités territoriales en circuit de promenade touristique et qui, particulièrement en Bretagne, constitue l’un des éléments de notre patrimoine, cadre grandiose des paysages naturels de la région où l’homme a également inscrit l’empreinte de son action. Dans cette nature de début du monde, le chemin côtier conduit parfois jusqu’aux cabanes de guet construites sous l’ancien régime afin d’abriter les villageois requis pour le service garde-côte, et qui délaissées avec la disparition de cette fonction, serviront ensuite d’abris aux douaniers au cours du XIXe siècle. Modestes constructions dont le caractère pittoresque et la silhouette rustique n’échappèrent pas aux  peintres inspirés par les paysages maritimes.  C’est ainsi que le musée national des douanes à Bordeaux expose le tableau de Claude Monet « cabane des douaniers, effet d’après-midi » de 1882, alors que le musée de Quimper et celui de Brest, abritent l’un et l’autre une vue de la cabane du Pouldu, peinte respectivement par Charles Filiger en 1894 et par Paul Sérusier en 1895. Dans d’autres endroits, la piste qui serpente dans les dunes dessert les fortins construits entre 1846 et 1862 pour assurer la défense des côtes, constructions d’un type identique dont seule la taille varie : sorte de château fort miniature pour abriter les hommes et les munitions, équipé d’un pont-levis, de meurtrières et de mâchicoulis, qui ne serviront jamais, rendus obsolètes par les progrès de l’artillerie. Certains seront sommairement aménagés en résidence secondaire ou en refuge pour colonies de vacances, un autre, à la pointe Saint Mathieu, abrite le cénotaphe qui rappelle le sacrifice des marins morts pour la France. Enfin plus près de nous, subsiste aussi, tout au long du littoral, le réseau incroyablement serré des constructions de béton, érigées grâce au service du travail obligatoire par l’organisation du nazi Fritz Todt, déployant ses blockhaus, ses batteries et ses nids de mitrailleuse sur tous les points hauts bénéficiant d’une vue dégagée.

  Par contre, il n’apparaît pas évident pour le randonneur, que ce splendide décor marin  qui s’étale sous ses yeux, constitue ce qui subsiste de la frontière française, si l’on excepte les aéroports internationaux et les approches de la Suisse écartée de l’Union européenne par sa neutralité. « L’espace Schengen » (2) a aboli les limites qui séparaient, depuis leur création les Etats membres. Ceux-ci par le traité de Rome ont créé, il y a un demi-siècle, le Marché Commun, puis en s’élargissant, la Communauté Economique Européenne et enfin de nos jours l’Union Européenne de 27 pays dont les effets les plus visibles sont de permettre la libre circulation des hommes, des marchandises et des biens, en appliquant une législation commune et en adoptant une monnaie unique. Dès lors s’effacent les frontières terrestres séparant historiquement les différents pays membres qui ne disposent plus que d’une frontière communautaire constituée, à l’Ouest pour ce qui nous concerne, par les rivages de l’océan bordant l’un des grands carrefours du commerce mondial, porte ouverte vers toutes les destinations.
  Nous verrons que cette évolution extraordinaire de la notion de frontière, limite traditionnelle séparant deux états, a profondément modifié la notion de contrebande et de fraude, sans les abolir néanmoins, car dans bien des cas la simple détention d’une marchandise prohibée, dans n’importe quelle partie du territoire,  constitue le fait délictueux. Mais les conséquences ne sont pas que fiscales, ou d’ordre public, dans la mesure où elles touchent à de nombreux secteurs d’application de la loi: il suffit d’évoquer les problèmes, combien contemporains de l’immigration clandestine.   Par ailleurs la frontière est également le lieu traditionnel de rencontre des armées dont l’action en cas de guerre repose sur l’invasion du pays ennemi et donc le franchissement belliqueux de la limite territoriale du pays voisin. L’évolution de l’Europe a considérablement éloigné cette perspective. Actuellement  la notion de frontière traditionnelle n’intéresse vraisemblablement que d’une manière très épisodique les bureaux d’études des états-majors, plus attentifs aujourd’hui à la projection des forces militaires vers des théâtres d’opération éloignés de nos voisins immédiats. Pourtant avant cette évolution, une telle préoccupation a constitué un souci permanent de surveillance et de prévention à l’égard de tous les mouvements suspects de navires approchant des côtes dans un but agressif ou provocateur, attitude se répercutant sur l’histoire de la région et influençant la vie ordinaire des populations qui étaient associées à cette tâche. Aussi, dépassant le cadre de la seule lutte contre la contrebande, nous examinerons l’évolution des conditions de surveillance du littoral, et des missions qui en découlent, y compris celles qui présentent un aspect militaire, sans toutefois étudier les combats qui s’y sont déroulés, ni les dispositifs de défense propres aux guerres maritimes et aux forces armées qui relèvent d’une recherche d’un autre type.

  En effet la surveillance permanente du rivage, la présence continue de représentants de la puissance publique sur le littoral, justifient que les compétences de ces fonctionnaires soient étendues à toutes les actions civiles de l’Etat en mer ou en bord de mer. Certaines comme le sauvetage relèvent de la sécurité, d’autres de réglementations aussi diverses que le contrôle de l’immigration, de la pêche, à certaines époques de la récolte du goémon, actuellement et d’une manière plus incisive de la protection de la nature et de la prévention des pollutions, dont la triste répétition a particulièrement souillé les côtes bretonnes. Aussi pour assurer l’efficacité de ces actions et la rationalisation des dépenses qu’elles impliquent, une nécessaire coordination des actions de l’Etat en mer a très justement été mise en place. Ce dispositif auquel s’ajoute une non moins évidente coopération internationale, notamment dans le cadre de l’Europe, modifie en profondeur les efforts visant à contrecarrer les atteintes à la loi, qui, elles, demeurent universelles et intemporelles.

                                                                                                                Albert LAOT

1-Auguste Dupouy: "Face au couchant", La Renaissance du livre. 1934. Page 10
2- Du nom du village luxembourgeois où fut signé en 1985 le premier accord supprimant le contrôle aux frontières de certains pays de l’Union et qui fut progressivement étendu aux autres membres. En 2009 seuls la Bulgarie, la Roumanie et Chypre ne sont pas encore inclus dans l’accord. La Grande Bretagne et l’Irlande ne se sentant pas concernés.



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