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NOUVELLES
 2012








La nef de la Royne



Le notaire de Saint-Renan



Le sacrifice de la Belle Cordelière



Entre Le Conquet et Le Minou



La bataille de Cunégonde de Kergouezel



Le compagnon de Primauguet



Quatre frères



Traumatisme



La dernière victoire de La Cordelière



Espionnage



Le récit de Gwenn



La nuit de la Saint Laurent



Le récit de Malo

Le récit de Gwenn

Une nouvelle de Sandra DUVAIL
Elève de Cinquième au collège Camille Vallaux du Relecq-Kerhuon
1er
prix catégorie "collégiens"


***
Demad !
Je suis Gwendoline Ker Zu, mais vous pouvez m'appeler Gwenn.
Je viens d'avoir seize ans et je suis originaire de Lochrist, à côté du Conquet. J'ai été au service de Madame de Portzmoguer comme dame de compagnie.

Le dimanche, après la messe, nous rejoignons la réception donnée par Monsieur de Portzmoguer à bord de la Cordelière. En descendant sur les rives de la Penfeld, je tiens par la main leurs deux enfants, Jean-François et Marie-Madeleine.


Fresque  réalisée par l'amiral Bellec.pour la frégate Primauguet,

Elle a fière allure, la Cordelière. Les officiers sont dans leur plus belle tenue de parade. Les marins, hissés dans les haubans, attendent avec impatience l'ordre d'appareiller.
Sur le pont, il règne une ferveur toute particulière pour les préparatifs du banquet. Les soldats et les mousses dressent des tables et sortent la plus belle vaisselle. Des cuisines montent les odeurs des plats ( poissons, poulardes, choux farcis...) de quoi s'enivrer et se gorger à foison.
Pour l'occasion les officiers ont fait venir leurs familles à bord. Les belles Dames, toutes parfumées, sont vêtues de leurs plus beaux atours. Je porte moi-même une magnifique robe que Madame m'a offerte pour mes quatorze ans. J'ai à mon cou le collier qui a appartenu à ma défunte mère et que mon père m'a donné avant de partir à la pêche au large d'Ouessant et de disparaître en mer.
Les jeunes filles, en robes multicolores, commencent à danser avec de jeunes officiers. Les marins les accompagnent avec leurs chants, leurs binious et leurs violons sous un ciel sans nuage, bleu azur, magnifique.
Il règne à bord une chaleur intense.
Le navire largue enfin les amarres pour faire route vers Camaret. En passant le goulet, personne ne se doute que la journée finira dans un bain de sang.


Je viens de laisser Madame et Monsieur sur le pont supérieur en compagnie de tous les officiers et de leurs familles. Je n'ai jamais vu Madame aussi radieuse. Je descends rejoindre les enfants et les autres demoiselles de compagnie avec de jeunes officiers sur le pont inférieur. Tout en surveillant les enfants, je m'appuie sur la rambarde du bateau pour regarder la mer et l'horizon. Je sens l'air du large et le goût du sel sur mes lèvres.
Une main vient se poser sur mon épaule, ce qui me fait sursauter. Je me retourne. Devant moi se trouve un grand, solide et beau jeune homme, les cheveux blonds, les yeux bleus comme l'océan. Il est habillé d'un gilet sans manches, noir, avec des broderies, et d'une chemise blanche avec un foulard autour du cou, un pantalon bouffant noir lui aussi, des cuissardes, et autour de la taille un ceinturon noir, bleu et argent ; à son flanc est suspendu un sabre très tranchant. Sa tête me dit quelque chose. Je l'ai rencontré quelque part ?

Ah, ma Doué, c'est Yann de Keringar.
Je l'ai rencontré lors d'un fest-noz, l'an dernier, où j'étais invitée. Je suis tellement troublée par sa présence que je n'entends pas qu'il est en train de me parler :

- Gwenn ? Gwenn ? Mad eo ?
- Ya ! Yann, c'est bien vous ?
- Oui, ça va faire bientôt un an que nous ne nous sommes pas vus. C'est bien ça, non ?
- Oui, c'est exact ! Vous avez beaucoup changé.
- C'est vrai, je l'avoue. Mais vous de même à ce que je vois.
- Que devenez-vous, cher Monsieur ?
- Mademoiselle Gwenn, comme ma tenue le laisse suggérer, je suis entré dans la Marine il y a un an. Mais voulez-vous me faire le plaisir de cette danse ?
- Oui !

Je sens mes joues rougir et je suis Yann au milieu des autres danseurs. Nous entrons dans une gigue endiablée.
Le visage souriant du jeune homme me fait tellement plaisir que je me mets à rire et à chanter. Soudain il s'arrête. Son visage s'assombrit brutalement. Il me prend par le bras et me murmure :

- Mettez-vous vite à l'abri, je vous en supplie !

Je ne sais pourquoi, mais je le suis. Nous allons chercher Monsieur de Portzmoguer et son second. Rapidement, ils rejoignent la cabine du capitaine. En m'approchant, j'entends à travers la porte la conversation. Mais la seule chose dont je me souvienne, c'est d'entendre le second aboyer :

- Vous allez faire gentiment ce que je vous dis, sinon la balle de mon pistolet ira se loger dans votre tête.

J'entends des bruits de lutte et le plus fracassant de tous les bruits que je n'ai jamais entendus.
Alors j'entre et je vois le corps de Yann baignant dans une mare de sang.
Une gigantesque vague de tristesse m'envahit. Je ne réussis pas à retenir mes larmes quand je vois le ruban de soie accroché à son cou, celui que je lui avais offert le jour de notre rencontre.

Derrière moi retentit un énorme bruit de tonnerre ! Des cris, des hurlements proviennent du pont. A travers mes yeux pleins de larmes, je vois les enfants et les femmes, qui hurlent de peur, courir dans tous les sens.
Je m'approche de la barrière du pont supérieur quand un boulet de canon anglais atterrit de justesse à tribord en faisant une énorme gerbe d'eau.
Nous avons moins de chance par la suite.
Un autre boulet s'écrase au beau milieu des passagers. Leurs corpas sont projetés sur le pont ou directement dans l'eau glaciale. D'énormes morceaux de bois se mettent à voler de partout avant de finir dans des enfants ou des adultes qui essaient de se protéger.
Perdue, ivre, dans l'impossibilité de parler, je descends chercher les enfants au beau milieu des carcasses sans âme ni vie.
C'est alors que je vois Jean-François et Marie-Madeleine écroulés sur le corps sans vie de leur chère mère. Je les attrape par les mains et je les mets à l'abri sous une table du buffet.
Au milieu de la fumée, je cherche Monsieur de Portzmoguer. Je le vois, sabre à la main, basculer à la mer, entraîné par ce traître de second. Ils se font emporter dans les abysses.
Je me retourne voir les enfants qui sont en pleurs. Je les serre fort dans mes bras.
Soudain la Cordelière se trouve comme soulevée dans les airs. Un boulet de canon plus fort que les autres a dû toucher les réserves de poudre. Le pont du navire s'ouvre en deux et nous sommes projetés par-dessus bord.
Au moment de toucher l'eau, je ne sens plus les enfants. Ils ont lâché mes mains au moment de l'explosion.

Quand je reprends connaissance, je suis accrochée à une sorte de radeau. Le goût salé de la mer ne peut cacher mon envie de vomir.
Je me retourne, Marie la Cordelière, le magnifique navire, a rejoint son capitaine au fond des abysses.

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Sandra DUVAIL



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