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Des pages qui font aimer et respecter la mer.

LA  MER
EN
CONTES










 

Homer au pays des glaces ©.

Un conte de Klaus Schaefer-Pérez.


   Je m’appelle Homer. Voici une histoire qui fut pour moi un vrai conte de Noël.

   Mon univers est là, sur la montagne. Dans ce paysage truffé de cornes blanches et rocheuses aux formes tourmentées et pointant jusqu’au ciel. Ma maison est le refuge des amoureux des Alpes. J’y vis heureux. Mon grand plaisir est d’aller batifoler dehors, lorsque la tempête de neige balaie ce décor immaculé. L’entourage m’aguerrit aux conditions extrêmes et aux techniques de sauvetage. Car ma vocation est aussi de venir en aide aux touristes perdus dans les altitudes.
« Tu as maintenant l’âge d’aller découvrir la vie au-delà des sommets ». Cette phrase a résonné dans ma tête comme un coup de tonnerre. Que signifie-t-elle, me suis-je demandé. La réponse est venue bien trop vite.
   Ce matin, les flocons ont blanchi les hautes cimes. L’hiver est arrivé. Je devrais bondir de joie.
Pourtant ce même jour, ma vie va basculer lorsqu’on m’informe que je vais entreprendre un long voyage. Vers le Grand-Nord, paraît-il : « Tu vas retrouver de nouveaux amis et surtout connaître ton grand-père. Lui aussi est parti voici plus de dix ans».
Adieu à ma communauté alpine perchée en Helvétie. Demain, j’embarque pour une destination lointaine. Je suis triste. Mes copains et copines m’encouragent :
« Tu verras, le bonheur t’attend quelque part ». Maigre consolation à l’heure d’un départ déchirant.
   Déjà, mon décor familier s’éloigne. La route me semble interminable. Quelques heures plus tard, je devine que nous sommes à proximité d’un port. Au bout d’un débarcadère, une péniche nous attend. Comment ces engins peuvent-ils flotter ? A ce que je sache, ce lieu s’appelle Bâle et nous allons glisser sur le « Matterhorn » jusqu’à la mer. A bord, mon habitacle est assez confortable. A travers une lucarne, je distingue les trémoussements du fleuve.

   Mon compagnon est reparti. Désormais, me voilà seul au milieu d’une population étrangère. Le pire serait de sombrer dans le découragement. Au contraire, il est temps que je relève la tête. On m’apporte à manger dans la cabine. Apparemment, mes déplacements sur cette maison flottante sont restreints. Tant pis. Je regarde défiler les paysages. Il y a des cathédrales au bord de l’eau qui ressemblent à des pics, des cheminées d’usines qui accrochent des nuages noirâtres et d’immenses étendues habitées, entrecoupées de forêts arborant leur manteau de givre. Et puis, au détour, une colline escarpée surmontée d’un château romantique. D’ailleurs, je crois entendre une voix qui murmure des mots doux. « Je suis la sirène de Lorelei » me dit-elle. Sans doute, un morceau de légende croisé en chemin.
   Cette fois, nous approchons sûrement d’un grand port, à en juger le va-et-vient incessant de bateaux. Ici à bord, l’effervescence grandit au fil des minutes. « Nous arrivons à Rotterdam » lance une voix. A vrai dire, je ne me sens guère rassuré, voire un peu perdu au milieu de ce brouhaha qui précède le débarquement. Dans quelle galère m’a-t-on jeté ?
   « On va te conduire vers un autre bateau », m’avertit un membre de l’équipage qui a fait irruption dans ma cabine. Ce qui signifie que mon voyage n’est pas encore achevé.
   A l’approche d’un quai, j’aperçois un imposant cargo chargé de containers. Son nom est North Dream. J’espère au moins que mon gîte sera abrité, car un froid mordant envahit progressivement les lieux. Après avoir franchi un labyrinthe de couloirs, nous arrivons enfin dans un local qui sera ma cabine durant plusieurs jours, du moins si j’en crois le personnel navigant. L’endroit est austère. J’y retrouve un hublot qui laisse passer un filet de lumière. Disposée dans un coin, ma couchette offre une bonne couverture de laine. N’étant pas frileux, je ne risque pas d’attraper froid. Le premier repas, plutôt frugal, est servi. La nuit tombe lorsque le navire s’ébranle doucement. Les structures craquent de toutes parts. Inondées d’éclairages, les installations portuaires dominées par des grues géantes s’éloignent. La nuit impose sa loi. Je m’apprête à me coucher en laissant vagabonder librement mes pensées.
   Après le songe d’une nuit tranquille, le lendemain, nous côtoyons les îles britanniques. Vers le nord, toujours le nord. Le capitaine me rend visite. Il m’autorise à l’accompagner jusqu’au poste de commandement. Tous ces instruments m’impressionnent. A la radio, on entend des échanges de messages. Je tente de saisir quelques bribes des conversations. Une voix lointaine présage pour ces prochains jours une perturbation météo venant du nord-ouest. Si j’ai bien compris, le mauvais temps vient droit sur nous. Le maître de bord m’invite à le suivre. D’un pas leste, il me conduit dans mon compartiment en me conseillant de ne pas sortir de là jusqu’à nouvel avis.
Drôle de destin ! Furtivement un sentiment d’abandon m’effleure. Mais ce soir, je suis l’hôte de la salle des officiers. J’ai droit à un délicieux steak grillé. Le festin terminé, je retrouve mon voisinage familier. Mon protecteur m’informe que nous avons dépassé l’archipel des Shetland. Maintenant, la terre la plus proche est l’Islande que nous allons contourner par le sud.
  Le ciel étoilé nous borde divinement. Pourtant, sans crier gare, un méchant crachin enveloppe l’atmosphère environnante. Le bateau ralentit son allure. Le vent se déchaîne, secouant rudement notre bâtiment.
   Tout à coup, catastrophe, où suis-je ? Un terrible choc suivi d’un effroyable fracas. La porte de la cabine a volé en éclats. Me voilà littéralement propulsé sur le pont. J’entends des cris. C’est le sauve-qui-peut. Notre bateau prend l’eau. La panique s’est installée. Je me précipite dans la capitainerie. Inlassablement, le responsable de la radio répète le même message : « SOS, ici le North Dream- Notre position 60°30’Nord – 31°29’ Ouest. Nous venons de heurter un iceberg ».

Des cris. Des hommes qui courent dans tous les sens. Dans un craquement terrifiant, les canots de sauvetage sont mis à l’eau. L’ordre de quitter le navire est donné. Personne ne semble se soucier de mon sort. On joue à chacun pour soi. Un marin vient de tomber à l’eau. Il se débat. Que puis-je faire ? La natation n’est pas ma spécialité. Qu’importe, il faut se lancer.
  Je nage tant bien que mal vers le malheureux qui réussit à s’agripper à moi. Ensemble, nous tentons de rejoindre la barque de secours. Aidés par un autre membre d'équipage, nous réussissons finalement à nous hisser à bord de l’embarcation. Transis mais vivants. Commence alors une interminable attente.
Enfin, au bout de quelques heures, l’espoir renaît. Au loin, une lumière de projecteur est saluée par un hourra général. La silhouette d’un chalutier se rapproche de nous à grande vitesse.
  L’opération de sauvetage est rondement menée. Il n'aura fallu que quelques minutes pour nous retrouver en lieu sûr. Même que dans la pénombre, on a failli m’oublier. J’ai dû me manifester bruyamment. Nous voilà tous réunis dans une pièce chauffée. L’équipage islandais est à nos petits soins. Cap sur Reykjavik où nous serons débarqués. Pendant ce temps, la vision du cargo agonisant s’éloigne dans la nuit.
  Fouler la terre ferme me soulage. Cependant, quand ce périple s’arrêtera-t-il ? Pour l’heure, nous sommes rassemblés dans un local de la douane islandaise. Des agents nous réconfortent. Nous passerons la nuit ici. Et le lendemain, l’équipage est transféré à l’aéroport d’où il retournera à Rotterdam par la voie des airs. Quant à moi, il paraît que je suis un « sans-papier ». Autrement dit, on me retient jusqu’à nouvel ordre.
Ma destinée s’annonce plutôt sombre. Mais l’espoir renaît lorsque l’infortuné gars qui avait pris un bain forcé lors du naufrage revient sur ses pas. Un geste de compassion à mon égard :
- Je n’oublie pas que tu m’as sauvé la vie. Je vais m’occuper des tracasseries administratives. Sous peu, tes ennuis seront terminés. Je te le promets.
Ces paroles m’apportent une grosse dose de courage. Tel un prisonnier, je vais donc prendre mon mal en patience !
Finalement, au bout de 48 heures d’attente, quelqu’un vient me chercher en s’exclamant : « On a retrouvé tes documents ! ». On m’amène alors vers un bateau se trouvant à quai. C’est un ferry.

« Tu as de la chance de pouvoir naviguer en 1ère classe » me dit l’homme avant de s’éloigner. Le navire est somptueux. On m’a réservé une véritable suite en sous-sol. J’espère seulement ne pas devoir à nouveau sauter à l’eau.
  A présent cette escapade me gratifie d’un décor hivernal pur et dur. Non pas que je m’ennuie, néanmoins, j’ai hâte d’arriver au terme de l’aventure pour retrouver une vraie compagnie. Reconnaissons qu’ici, je suis bien nourri. Les plats sont mitonnés et servis à l’heure. A défaut de pouvoir me défouler librement dans les coursives, des gens aimables viennent me rendre visite.
  Ce matin, une certaine animation présage d’une escale imminente. Nous allons toucher le sol du Groenland. Disons plutôt le pays des glaces. Le bateau relâche quelques heures à Nuuk où une autre embarcation m’attend au port. Ce sera l’ultime transbordement me précise-t-on.
  Cette fois, je suis accueilli à bord d’un caboteur. Du pied de la passerelle au pont, tout le monde est emmitouflé. Je dois admettre que cette météo n’est pas pour me déplaire. Cela me rappelle l’ivresse des neiges dans mes montagnes.

  A une vingtaine de nœuds à l’heure, nous zigzaguons à travers la banquise du détroit de Davis. Quel magnifique spectacle ! Un membre de l’équipage m’avise que nous arriverons dans dix heures environ. Mon cœur se met à battre toujours plus fort. Je suis dans tous mes états à l’idée d’une prochaine rencontre avec mes nouveaux amis. Sera-ce la joie ou la déception ?
La manœuvre d’approche est amorcée. Nous nous dirigeons en droite ligne sur Sisimiut, notre port final, juste au-dessus du cercle polaire arctique. Enfin ! Quelques bâtisses colorées se dessinent sur la côte. L’amarrage est rapidement mené par des mariniers habiles. Y’a de la joie dans l’air. Partout, des illuminations féériques. Un superbe sapin se dresse devant nous. Il est orné de mille guirlandes. C’est le prélude des festivités de Noël.
   Tout à coup, un compagnon fonce vers moi ventre à terre. Il vient m’accueillir :
- Te voilà Homer. Quel bonheur. Mon nom est Prince, ton grand-père exilé ici depuis un lustre.
Je bondis d’allégresse. Ainsi, nous sommes désormais deux messagers du chenil de l’hospice du Grand-St-Bernard à déambuler au Groenland. Prince frétille sa queue touffue. Il frotte son museau contre moi :
- Sans plus tarder, il faut que je te présente un ami qui t’attend impatiemment depuis un bon bout de temps.
Quelques bonds et me voilà face-à-face avec un garçon aussi ému que moi. Timidement, il me serre dans ses bras de toutes ses forces. A chaque caresse, notre amitié grandit. Mutuellement, on veut s’assurer que notre rêve commun est bien réel. Prince nous regarde avec une tendresse infinie. Je sais maintenant que Rolfi est mon nouveau maître et compagnon.
   Rolfi et sa famille ont quitté un jour l’Helvétie pour s’installer au Groenland. Son père travaille comme scientifique dans une station d’observation climatique internationale installée non loin de Sisimiut.
Prince me donne quelques explications :
- Lorsque la famille a décidé de déménager, j’ai naturellement suivi le mouvement. Depuis, je me sens parfaitement intégré dans ce Grand Nord. Tiens, tu vas faire la connaissance d’autres congénères, les huskys. Rassure-toi, tu ne vas pas tirer les traîneaux. Mais je suis sûr que toi et Rolfi, vous allez partager des moments inoubliables.
   Nous traversons la place principale emplie d’une lumière crue et au son mélodieux d’un chœur inuit qui égrène des mélodies traditionnelles. J’en ai la chair de poule…
Prince entretient la conversation :
- Tu sais, je me fais un peu vieux. Je commence à apprécier les soirées d’hiver au coin du feu. Te savoir à mes côtés va me donner une bonne dose de jeunesse.

  Pour atteindre la chaumière, proche du petit cimetière, il nous reste encore à gravir un éperon rocheux. Finalement, nous y sommes. Elle est coquette, la demeure, toute bleue avec un toit brun. J’y pénètre avec une certaine curiosité. En me regardant haleter, Rolfi s’empresse de me rassurer :
- Tu es chez toi. Il te reste à découvrir les lieux et à choisir ton coin préféré.
Prince cligne malicieusement des yeux. Après quelques hésitations, j’opte pour la véranda. Là, je me sentirai bien. On a même une vue panoramique.
  La soirée va se prolonger un peu. Un interlude qui me plonge dans une douce euphorie. Au-dessus de la cheminée, une crèche évoque une scène quotidienne chez les Esquimaux. Tout le monde est réuni autour d’une grande table en bois massif. Attendris, les parents de Rolfi me dévisagent avec admiration :
- Tu es de la race des grands voyageurs. Le monde t’appartient.
Je reconnais que ces propos me flattent. Un peu trop élogieux. Pour sa part, Rolfi ne me quitte pas des yeux. Au point qu’il en oublie son assiette. Prince reste placide. De tant à autre, il secoue ses babines. Ce soir notre gamelle est bien garnie avec un menu de circonstance.
Et c’est ainsi que s’achève une étape de ma vie. Fatigué mais le cœur à la joie. Demain, un autre jour commence. Rolfi a déjà cogité un programme. Ensemble, nous irons vadrouiller.
  En attendant, la première nuit dans mes pénates groenlandais s’annonce agitée. J’ai hâte de découvrir mon nouvel environnement, cette immensité blanche.
  Le réveil est velouté. Mon jeune maître est plutôt matinal. Dehors, le ciel est grisonnant. Tout est calme.
Nous voilà en route pour la randonnée. Vive les grands espaces après tant de jours de navigation qui m’ont confiné dans des lieux restreints. Je suis d’humeur taquine.
  Après plusieurs heures de marche, un épais brouillard s’installe. La neige commence à tomber dru. Pour compléter le tableau tempétueux, le blizzard se met de la partie. Une météo qui me rappelle mon pays alpin.
  Les intempéries redoublent d’intensité et la visibilité est réduite à néant. Un temps à ne pas sortir un chien ! Manifestement Rolfi est terriblement inquiet. Cette fois, je dois me montrer à la hauteur des événements. Diable, je suis un authentique Saint-Bernard, un descendant de Barry. Ainsi je vais sûrement devoir jouer mon rôle de secouriste. Présentement, nous sommes complètement désorientés alors qu’une bonne distance nous sépare de la maison. Le ciel s’assombrit de plus en plus. La sagesse veut donc que nous cherchions un refuge pour la nuit.
  Dans un geste de désespoir, mon ami me fait comprendre que nos deux vies dépendent désormais de mon flair. Par chance, quelques centaines de mètres plus loin, nous dénichons une petite cavité dans la glace. C’est un refuge idéal. Nous ne sommes pas seuls. Une famille de phoques y a élu domicile. Notre présence ne semble guère les déranger. Allez, on va fraterniser…
  Rongé d’inquiétude, Rolfi tombe de lassitude. Il pense certainement à ses parents dont l’angoisse doit être grandissante. D’autant qu’il serait vain de partir à la recherche de leur fils. Blotti contre lui, j’essaie de lui apporter un peu de chaleur. Ici au moins, on est à l’abri de la tempête qui sévit avec fureur. La famille des phoques nous dévisage avec tendresse et une pointe d’amusement. Nous devons essayer de somnoler afin de récupérer quelques forces. Dire que c’est Noël ! Drôle de veillée en vérité pour nous deux et pour ceux qui nous attendent désespérément.
  Les mammifères marins sonnent la diane. Le jour commence à se lever. Sans tarder, il va falloir continuer notre chemin. Avec beaucoup d’appréhension, je me laisse guider par mon instinct. J'ai toujours cette impression d’avancer dans un tunnel sans fin. Les bourrasques redoublent même d’intensité. Les paysages étourdis semblent s’effacer au fur et à mesure de notre progression. Les reliefs disparaissent. Il faut que je me concentre à fond car je dois mériter la confiance de Rolfi.
   Depuis combien de temps sommes-nous en route ? Une éternité peut-être. J’essaie de me convaincre que nous nous dirigeons dans la bonne direction. Autour de nous, tout est gelé. Mon pelage accumule une couche de givre qui s’épaissit à vue d’œil. Je vois bien que mon maître souffre en silence. Il a l’air hagard. J’invoque les divinités pour qu’elles ne nous laissent pas sombrer dans les ténèbres. Il doit bien exister quelque part une petite lumière qui veille sur nous.
  Tout à coup, c’est le miracle ! Au loin, à travers la tourmente blanche, je crois apercevoir de petites silhouettes en mouvement. Quelqu’un se rapproche. Pas de doute, je reconnais Prince, bon pied bon œil malgré son âge. Ses joyeux aboiements rauques parviennent aux oreilles des hommes qui se déplacent lentement dans la neige fraîche. Rolfi reconnaît son père et une dizaine de villageois qui l’accompagnent.
« Je suis fier de toi. Désormais, tu es un vrai héros ». Ces éloges prononcés par mon grand-père me remplissent d’espérance. Rolfi exprime un grand respect à mon égard. « T’es le meilleur » me dit-il.
  C’est ainsi que l’horizon de mon futur s’éclaircit tout comme d’ailleurs le décor nordique qui laisse pointer un bout de ciel bleu.

  Nous voici de retour au bercail. C’est le 25 décembre, jour de Noël. L’environnement est féérique. Le moment est donc venu d’oublier ces heures d’incertitude et d’angoisse que nous venons de vivre. Une joyeuse agitation règne dans la maison. Tout le monde s’affaire aux préparatifs de la soirée. J’y participe à ma manière. La fête s’annonce animée. Des voisins débarquent par grappes. Cette invasion me déboussole quelque peu. Prince m’invite à le suivre dehors. « Regarde le ciel. Tu vois ce voile nuageux verdoyant dans le ciel. Les hommes appellent ce phénomène une aurore boréale. Moi, j’y vois comme un rideau suspendu au-dessus du paradis ».  

  J’avoue que ce spectacle me fascine. Aurai-je un jour l’étoffe de mon grand-père ? J’aimerais tant hériter de sa sagesse.

  Prince s’est endormi paisiblement. Où est-il maintenant ? A cet instant, je me demande si toute cette histoire n’est pas née dans mon imagination. Que ce voyage n’a existé que dans mon esprit. Ai-je vraiment quitté mon berceau montagnard ? Tout ceci ne serait qu’une hallucination ?
  Les caresses de mon jeune maître me ramènent brutalement à la réalité. Parmi les glaces du Grand Nord, je sais désormais que Rolfi et moi allons former deux compagnons inséparables. Du coup, ma vocation est comblée. Loin, très loin de mon hospice, j’avoue pour la première fois être à nouveau heureux parmi les hommes.

   Quel beau Noël !

  

Klaus Schaefer-Pérez   

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