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 2014
















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Journal de bord ©.


Une nouvelle de Laureen KRUPKA
Elève de 1ère au lycée Kerichen de Brest

3 e prix 2014, catégorie "Lycéens"
.

***
Jeudi 07 mai 2015 :
    Deux mois. Ça fait aujourd’hui 2 mois que je n’ai pas vu un misérable petit bout de terre ferme. Une compétition de voile, voilà comment tout cela a commencé … Quelle idiote avais-je été ! J’avais pourtant bien vu que la météo ne me serait pas favorable, que les vents me pousseraient dans le mauvais sens. Mais non ! Il a fallu que je croie impressionner cette peste de Lisa ! Nous avions commencé la voile au même âge, et aussi longtemps que je me souvienne, nous avons toujours été en compétition. Lorsque j’ai vu ce concours, il n’était même pas imaginable que je n’y participe pas. Alors voilà, j’ai 16 ans, et je suis seule entre la Mer du Nord et l'Afrique du Nord. Avant de partir, Maman m’a demandé de tenir un journal de bord, pour ne pas perdre le fil du temps, pour que j’aie quelque chose de solide à quoi me rattacher. J’ai tout d’abord pensé que ça serait inutile, mais maintenant, je n’ai plus rien. Je me dois de me rattacher à quelque chose ! Des souvenirs, des écrits ! N’importe quoi ! J’avoue que je me sens stupide d’écrire mes pensées dans un carnet que moi seule lirais. Mais qui sait ? Un jour peut-être, cela pourrait aider la science.

Lundi 11 mai 2015 :
    Cela fait quelques jours que je n’ai rien écrit. Sans doute parce que je n’ai rien à dire … Les jours se suivent et se ressemblent, les heures défilent lentement les unes après les autres. Il ne me reste plus que mon horloge solaire qui fonctionne. Je vais probablement commencer à manquer de tout dans les jours qui vont suivre : il ne me reste plus qu’une dizaine de boîtes de conserve, quelques bouteilles d’eau et une fusée de détresse. Dans les histoires que me racontait Maman lorsque j’étais petite, le héros se trouvait dans la même situation que moi, et il était toujours sauvé par quelque chose d’inattendu. J’aimerais tellement que ces histoires deviennent réelles !

Mardi 12 mai 2015 :
    Je ne peux m’empêcher de trembler ! Mon écriture d’ordinaire si droite, ne tient plus entre les lignes de ce petit carnet. Hier j’espérais être sauvée, tout comme ces héros qui ont occupé nos rêves d’enfant, et aujourd’hui, je perçois du bout de mes jumelles un bout de terre ! J’ai donc mis le cap dans cette direction. Ce qui est étrange, c’est que cette parcelle de terre n’est présente sur aucune de mes cartes… De toute façon je n’ai plus rien à perdre. Je devrais atteindre cette mystérieuse rive dans la matinée de demain. Je trépigne d’impatience !

Jeudi 14 mai 2015 :
    Cela fait maintenant deux jours que je tourne en rond. C’est comme si cet îlot était un mirage qui se jouait de moi. Lorsque je m’en éloigne, il est visible, mais lorsque je m’en approche trop, il disparait totalement ! Oui, il disparaît ! Oui je suis sûre de le voir ! Je ne suis pas folle ! Je sais ce que je vois, et je suis sûre de voir par instant ce bout de terre. Je repense une fois de plus aux histoires de Maman, elle me parlait souvent d’une cité mystérieuse, qui était devenue l’obsession de plusieurs navigateurs ces dernières années. Je crois bien qu’il s’agissait d’Atlantis… Non Atlantide ! Oui c’est ça, ça me revient ! Atlantide, la cité engloutie ! Si j’ai bonne mémoire, je me situe également au bon endroit. Je suis toujours entre la Mer du Nord et l'Afrique du Nord, et cet endroit à été mentionné durant la période nazie à la Seconde Guerre Mondiale. Peut-être que je rêve trop en pensant à ça. Mais il faut bien que je garde un peu d’espoir, une quelconque motivation qui me poussera à avancer.

Jeudi 21 mai 2015 :
    Tellement de choses se sont passées aujourd’hui ! Qui aurait cru que ça aurait pu se passer aussi vite ? Cela fait une semaine que je m’éloigne et me rapproche de cette terre fantôme. Durant cette semaine, j’ai ciblé sur ma carte et à l’aide de mes jumelles la position globale d’Atlantide : lorsque je ne l’apercevais plus, je savais que j’étais partie trop loin, et au contraire, quand je distinguais ses contours, je savais que je m’en rapprochais. Et ce matin, à mon réveil, j’ai mystérieusement accosté sur Atlantide. J’ai doucement ouvert les yeux, je les ai rapidement refermés, aveuglée par le soleil. Une fois habituée à la forte luminosité dans laquelle je me trouvais, je me suis relevée.

    Je suis tombée nez à nez avec un être étrange : sa peau était entièrement bleue ; il était très grand ; sa musculature était fine et élancée ; il avait deux grands yeux qui me regardaient avec curiosité et appréhension ; ses doigts étaient palmés ; il possédait de très longs cheveux blonds, noués à l’aide d’une sorte de coquillage; et il tenait un trident, qu’il essayait de pointer vers moi de façon menaçante, ce qui contrastait énormément avec son air naïf. Lorsqu’il m’a parlé, je n'ai pas reconuu la langue dans laquelle il s’exprimait, ce n’était pas du chinois, ni de l’allemand, et encore moins du français ; mais malgré cela, je comprenais tout ce qu’il me disait. Je n’étais pas la première à être autorisée à accoster sur leur île, qui s’appelait bien Atlantide, et je n’étais pas la bienvenue. Ils se sentaient menacés par ma présence. Des navigateurs avides de gloire et de pouvoir avaient tenté de les coloniser, de les mettre à leur botte. Je comprenais leur appréhension. Tout individu normal a peur de l’inconnu, mais j’étais déterminée à leur prouver que tout le monde n’est pas comme les personnes qu’ils avaient pu rencontrer. Il a pris mes paroles en compte, il m'a dit qu’il comprenait mon point de vue, mais qu’on leur avait déjà mené ce genre de discours.

    Demain matin, je me réveillerai, mon bateau serait réparé et les vents me pousseraient dans la direction du retour, chez moi. Toute cette expédition, cette découverte d’Atlantide, ne serait pour moi qu’un songe. Voilà où nous en sommes rendus : les peuples étrangers à notre connaissance ne cherchent même plus à nous connaître, à nous approcher, ni même à essayer de se faire comprendre ! C’est fou de voir jusqu’où notre cupidité nous aura menés ! Mais au fond, peut-être ont-ils raison. Avons-nous vraiment changé ? Les discours de Voltaire et Montaigne sur la conception de l’Autre ne sont-ils vraiment plus d’actualité ? Sommes-nous vraiment prêts à accepter de tels changements ? Une nouvelle population, une nouvelle culture, de nouveaux savoirs, de nouvelles richesses, de nouvelles sources de conflits, etc … Encore et toujours la même rengaine. Nous sommes tellement bien dans notre petit monde, ce petit monde que nous connaissons si bien depuis notre plus tendre enfance ; sommes-nous vraiment prêts à le voir changer ?

    Je ne veux pas oublier ce que je viens de vivre ! Tout s’est passé tellement vite ! Je n’aurais jamais autant écrit dans ce petit carnet de bord ! Mais que vais-je faire ? Le garder ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, si jamais quelqu’un tombait dessus, il aurait le pouvoir de révéler la vraie présence de ce peuple qui désire demeurer invisible aux yeux de tous. Ce peuple qui ne se cache pas à tort. Adieu, cher carnet ! Je te jetterai par-dessus bord avant que les bras de Morphée ne me serrent !
 
Laureen  KRUPKA  


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