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 DE
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L'aventure câblière
de Déolen
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Nouméa:
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Cyclone
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Il a neigé sur la ville d'Ys


La Pierre aux Femmes


Quand j'étais castor



Là-haut sur le mer...



Le naufrage effacé


Noël sur un bateau


Tempête en mer de Chine


Le gabier de La Saône


Vole, mon goéland


Le gabier de La Saône


Les 8 vents de Majorque


Retour de pêche


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Rêveries arctiques


Les mers ne devraient pas mourir


La mascotte du Cévennes


Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...




Là-haut sur la mer... ©

Un récit de Klaus SCHAEFER-PEREZ


- Fouler le toit de l’Europe, le jour de ses 18 ans, c’est génial, s’exclame Nicolas. Un bonheur partagé avec ses deux jeunes compagnons, David et Guillaume. Tous trois viennent d’atteindre le sommet du Mont-Blanc. Et ils n’oublieront pas de sitôt ces moments exaltants. Presque d’euphorie.

   Contempler le panorama alpestre qui se dessine tout autour du géant procure une sorte d’ivresse. Et pourtant, l’esprit de Nicolas vagabonde ailleurs, à vingt mille lieues sur les mers. Pris dans un tourbillon de sensations fortes, le jeune montagnard imagine les pics transformés en vagues gigantesques un jour de tempête, les rocs de granit devenant des coques de bateaux, les névés prenant l’apparence des plages de sable fin et les glaciers ressemblant à des deltas.
   Des rêveries qui s’estompent lorsque la cordée s’apprête à prendre le chemin du retour. Comme prévu, le trio va faire étape au refuge Vallot pour y passer la nuit.

   Ce même jour, deux autres alpinistes, Alain et Hervé, montent à l’assaut du Mont-Blanc. Mais ce qui devait être pour eux aussi un moment de gloire est devenu un cauchemar. En voulant éviter un passage en surplomb, particulièrement dangereux, l’un des hommes a été surpris par un éboulis. Glissant sur plusieurs mètres, il a chuté dans une crevasse sous les yeux de son compagnon horrifié.
   Alain s’est précipité en contrebas pour s’approcher de la crevasse.

- Hervé, où es-tu ? Réponds, appelle-t-il avec insistance.

La crevasse

   Au bout de quelques minutes, une voix semblant venir d’outre-tombe apporte un souffle d’espoir :
- Sors-moi de là, je t’en supplie, crie le malheureux coincé dans un étau de glace.
   Désespéré, Alain se penche au-dessus de l’ouverture qui paraît sans fond. De temps à autre, un morceau de glace se détache du mur et tombe dans le vide dans un fracas que l’écho souligne à répétition. Pour l’homme pris au piège, les minutes deviennent une éternité.
- Tu sais, je crois que pour moi, tout finit ici. C’est bête de mourir ainsi en montagne.
   Son compagnon rassemble tout son courage :
- Non, tu vas vivre. Je suis sûr que la force de l’espérance va t’aider.
   Effectivement. Malgré son corps meurtri et frigorifié, le malheureux puise au tréfonds de son âme une rage de vivre que seuls des hommes habitués à la dure sont capables de trouver. Surmontant ses douleurs et dans l’impossibilité de bouger ni ses mains, ni ses pieds, il lance un conseil à son ami :
- Je vais tenir bon jusqu’au bout. Il faut trouver de l’aide. Seuls, nous n’y arriverons jamais. Avec un peu de chance…
   C’est un véritable défi pour Alain: Il s’agit de rejoindre au plus vite la cabane. C’est le seul endroit où il est possible de trouver du renfort. S’engage dès lors une véritable course contre la montre.
   Pour Hervé commence une attente pleine d’incertitudes. Désormais le voilà seul, livré à lui-même ou plutôt livré en pâture à la nature sauvage et souveraine :
- Mourir en montagne, moi l’homme de mer. Jamais. Il faut absolument que je me batte. Et si Alain ne revenait pas ou trop tard ? Mais non, c’est impossible. Il y a sûrement quelque part une Vierge marine qui accepte de déroger à sa mission pour venir m’aider, ici sur les pentes du Mont-Blanc…

   Ignorant le drame qui se joue pas très loin de là, Nicolas et ses deux copains sont maintenant arrivés à la cabane. Avant d’y entrer, les deux adolescents portent encore une fois leur regard vers le sommet pour saluer le seigneur des Alpes dont la tête est maintenant coiffée d’une auréole de nuages. 

Vue du Mont-Blanc

   Après tant d’efforts, les jeunes alpinistes s’accordent une pause dans la petite salle d’accueil. Guillaume en profite pour préparer la popote. Au menu, des céréales. L’important est de reprendre les calories perdues après cette mémorable escapade. Dehors, le vent s’est levé et le brouillard étreint sournoisement la montagne comme un python étouffant sa proie.
   Chacun dans sa tête revoit les instants extraordinaires qu’il a vécus ces dernières heures. Mais la douce veillée à peine amorcée va être interrompue brutalement par une voix qui semble crier au secours. Les trois jeunes se précipitent à l’extérieur et aperçoivent la silhouette d’un alpiniste en état de choc :

- Venez vite, mon ami est tombé dans une crevasse à quelques centaines de mètres d’ici. Il est en vie mais ses forces s’épuisent !

   Les adolescents sont confrontés pour la première fois à une situation aussi dramatique. Nicolas, qui a suivi un cours de sauvetage, prend en main l’opération : 

- La colonne de secours, dit-il, arriverait sans doute trop tard. Et la mauvaise visibilité ne permettrait pas à l’hélicoptère de se poser. Il ne nous reste donc plus qu’à foncer sur place. N’oubliez pas les cordes, le piolet, les lampes frontales, une couverture et le matériel sanitaire…
   Il faudra une quarantaine de minutes pour atteindre le lieu de l’accident. Alain désigne l’endroit, une crevasse traîtresse. Angoissé, le groupe venu à la rescousse s’encorde immédiatement. Dans l’immensité de neige et de glace, les appels résonnent comme un chant au chœur d’une cathédrale.
Des appels qui arrivent à peine aux oreilles d’Hervé. Mais ces murmures le font exploser de bonheur. Car il sait maintenant que son ami Alain est de retour. Rassemblant ses dernières énergies, sa voix exténuée remonte à la surface. A travers un maigre filet de lumière, Hervé distingue un petit bout de ciel gris. « La délivrance est là-haut. Quelqu’un a entendu ma supplique. Merci » se dit-il.
Nicolas n’hésite pas une seconde :
- Je vais descendre dans le trou. Encordez-moi solidement. Espérons que la crevasse ne cède pas.
Prudemment, Nicolas avance à petits pas vers le bord de la faille :
- C’est bon. La crête semble assez solide.
Des minutes terribles vont s’égrener.  D’autant que les conditions météo empirent et que du grésil commence à fouetter les visages. Chacun retient son souffle. Pour Nicolas, c’est une sorte de descente aux enfers.

   Mais quel soulagement lorsque Nicolas annonce qu’il est arrivé à la hauteur d’Hervé. Figé, l’infortuné se cramponne désespérément aux aspérités de la paroi de glace. Le premier geste est donc de lui fixer un harnais tout en le rassurant :
- Allez Hervé, on va y arriver. Accroche-toi à ma sangle... Et c’est parti ! lance le jeune sauveteur avant de donner l’ordre de hisser lentement la corde de rappel.
   Après dix bonnes minutes d’efforts, Hervé retrouve la liberté. Il a envie de hurler sa joie. Pourtant, en ce moment, le silence intérieur s’impose. On se parle à soi-même :
" Dire que ma vie ne tenait qu’à un fil et qu’il a fallu le dévouement et le courage d’un adolescent pour la récupérer..."
Il s’en tire avec des égratignures. On lui prodigue les premiers soins. Le temps de boire quelques gorgées d’eau et d’avaler une barre énergétique, puis l’équipe se met en marche. Car, il n’y a pas un instant à perdre. Il faut gagner au plus vite le refuge.

Refuge Vallot
Le refuge Vallot

   L’arrivée dans ce lieu niché au milieu d’un décor rude et vertigineux constitue déjà une victoire sur l’impossible.
Réchauffé et réconforté, le miraculé récupère progressivement ses esprits. Il réalise enfin ce qui s’est vraiment passé. En prenant la mesure de l’événement, il saisit aussi toute la valeur de ces gestes qui l’ont sauvé. S’approchant de son ange gardien, il lui pose une main amicale sur son épaule :
- Je te dois la vie. Ta présence à mes côtés au fond de la crevasse restera à jamais gravée dans ma mémoire. Pour moi, tu seras toujours un héros. J’habite en Bretagne et mon ami Alain en Savoie. Ensemble nous avions décidé de gravir le Mont-Blanc. Pour mes quarante ans, c’était pour moi comme un rêve, un défi. Désormais les souvenirs de cette ascension auront une tout autre signification.
   Un coup d’œil par la petite fenêtre confirme que la neige a fait son apparition et le vent secoue rudement les structures de la bâtisse.
- C’est comme dans un bateau…s’exclame Hervé.
Nicolas est intrigué :
- Vous avez vécu une telle expérience en mer ?
Le Breton esquisse un large sourire :
- Tu sais, je suis né marin et navigue depuis plus d’une vingtaine d’années. Comme toute ma famille. J’ai vécu des tempêtes effroyables mais jamais je n’ai vu la mort de si près.
En entendant ces propos, l’émotion s’empare de l’adolescent. Irrésistiblement, il doit ouvrir son cœur :
- Je n’ai encore jamais vu la mer. Mais depuis toujours, elle m’appelle. A chaque instant, je sens sa présence comme un corps. Aujourd’hui, au sommet, elle m’a tendu les bras…
 " Pas de doute, ce jeune est un marin dans l’âme", se dit Hervé qui répond aussitôt :
- Sans toi, je ne serais plus là en ce moment. Alors j’aimerais te faire découvrir ce monde qui hante tellement tes pensées. Viens avec moi. Demain si tu veux. Mon port d’attache est Brest.
Le regard de Nicolas s’illumine. Radieux comme un lever de soleil sur l’océan. David et Guillaume ont compris :
- C’est merveilleux. On ne peut que te souhaiter bon vent.
Changer sa raison d’être du jour au lendemain, voilà qui n’est pas facile. Mais Nicolas a pris sa décision. Et il veut la partager avec sa famille qui va être certainement très surprise. Une liaison radio depuis le refuge est établie. « Comment vais-je leur annoncer cette nouvelle » se demande-t-il ? 

- Laisse parler simplement ton cœur , lui dit Hervé.

   C’est son père qui est au bout de la ligne. Nicolas retient quelques instants son souffle avant de se jeter à l’eau :
- Ce que je vais te dire n’est pas facile pour moi. Pourtant, je suis certain que tu vas me comprendre. J'ai choisi de m’engager dans la marine. Un ami m’a donné l’occasion de faire le grand saut. On part dès notre retour à Chamonix.
La conversation s’arrête brusquement et un silence éloquent s’installe. Au bout d’une poignée de secondes qui paraissent interminables, la voix du père se fait entendre :
- Nicolas, sache que nous sommes toujours avec toi. On est persuadé que tu vas réussir dans ta nouvelle existence. D’ailleurs, je voudrais t’avouer un petit secret. Ton grand-père avait les mêmes aspirations que toi. Son seul regret a été de n’avoir jamais eu la possibilité de quitter sa montagne pour aller naviguer en mer.

   Et c’est ainsi que quelques jours plus tard, Nicolas embarque à Brest sur un cargo à destination de l’Extrême-Orient. Une initiation à la vie de marin. Le voilà moussaillon ! Son maître à bord, Hervé, le capitaine, veille sur lui comme un père, en lui apprenant aussi les rudiments du métier. Après quelques mois de pratique, Nicolas va être admis à l’Ecole de formation des officiers de la marine marchande à Saint-Malo.
   Aujourd’hui, Nicolas le montagnard s’est converti en homme de mer. Les faces nord et les parois verticales ont fait place à un horizon infini…

Klaus SCHAEFER-PEREZ


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