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Cette page a été consultée 1035 fois cette année jusqu'à la fin octobre.


Un  malamok
peut en cacher un autre.
©

Un document écrit par Georges Tanneau.


  Il y a des noms comme celui-là qui évoquent irrésistiblement les rivages et les ports de Cornouaille armoricaine, des noms hurlés par les oiseaux de mer, balayés par les rafales de suroît et se brisant en lames sourdes sur les écueils qui ceinturent le Cap Caval. Il y a des noms comme celui-là, présents dans la mémoire des marins-pêcheurs bigoudens, qui racontent à leur manière la culture spécifique et les combats rudes et quotidiens des populations maritimes de cette région.
  Que sont-ils devenus ces vaillants bateaux de pêche que l'on nommait malamoks ? Coulés, brisés, brûlés selon les directives de l'Administration européenne de Bruxelles ? Epaves vermoulues et noircies au fond d'une ria ? Squelettes démembrés dans la vase d'un cimetière marin ? ...Seules leurs âmes et leurs noms fantômes naviguent encore dans quelques phrases, entre l'horizon et le café du port, entre la mer et le vent...

Malamok au Guilvinec
Malamok du Guilvinec. Photo Pierre Priol.


  Parmi les matelots rencontrés au hasard des quais de Saint-Guénolé, du Guilvinec ou de Lesconil, beaucoup se gratteront certainement le crâne sous le béret ou la casquette, avec un air bien embarrassé, si vous leur posez de but en blanc la question suivante: D'où vient donc le nom "malamok" ? Ce nom par lequel ils désignaient eux-mêmes, en breton comme en français, il n'y a pas si longtemps encore, un type particulier de bateau de pêche qui leur était familier. Ces carènes solides et taillées pour labourer la mer par tous les temps, ces bateaux chers à leur cœur et sur lesquels ils avaient un jour posé leur sac de mousse, de matelot, de patron, furent leurs outils de travail durant de longues années. Ils ignoraient pour la plupart et ignorent peut-être encore l'origine de ce nom malamok !


  Au début du 20ème siècle, la pêche avait dans notre région un caractère plutôt saisonnier. Dès le mois de novembre, on échouait les barques au fond du port et l'on guettait le retour des bancs de maquereaux qui se faisait généralement entre la fin de janvier et le début de mars. En 1900, André Suarez écrivait en parlant des marins bigoudens :  "Je vois ces hommes entrer en hiver comme dans une caverne d'ennui. S'ils n'ont le travail de la pêche, cet affût continuel dans le danger de la mer, que leur reste-t-il ? Tous ces petits ports bretons sont plongés dans un ennui polaire qui dure six mois."

  Une dizaine d'années plus tard, Suarez aurait sans doute été très étonné de découvrir la métamorphose qui s'opérait dans le milieu marin où il venait régulièrement passer ses vacances de riche.  L'utilisation du chalut à perche s'intensifia, puis les premiers moteurs marins apparurent et remodelèrent durablement l'activité de ces "petits ports" dont parlait l'écrivain, et l'on vit, pour la première fois, apparaître dans les bulletins de pêche du Guilvinec  les mots  "langoustines"  et  "baudroie". L'hiver n'était désormais plus un obstacle et les marins pouvaient dans ces conditions espérer  avec plus de sérénité  le retour  des migrations fluctuantes des "poissons bleus". Il était probablement trop tôt pour parler d'ère de prospérité, mais il est certain que les orientations prises par les pêcheurs en cette période charnière allaient doter l'économie maritime du Pays Bigouden de bases plus solides.

Le chalut "à perche" râclait le fond un peu comme un haveneau.
Le chalut à perche
Le chalut "à panneaux divergents" râcle le fond avec une chaîne et voit sa bouche considérablement agrandie par la traction latérale des panneaux.
Le chalut à panneaux divergents (Dessins d'André Rozen)

   Les premiers chalutiers à vapeur qui adoptèrent vers 1895 des chaluts à panneaux divergents  ( dits  otter-trawls  ), plus efficaces que les dragues ou chaluts à perche dont l'ouverture se faisait à l'aide d'une sorte de tangon ou d'un espar traînant sur le fond, allaient permettre d'élargir considérablement les zones de capture des poissons divers et des crustacés. C'est donc vers la fin du 19èmesiècle et le début du siècle suivant que des chalutiers de La Rochelle et de Lorient, fréquentant les mers du nord et prenant la relève des "trawlers" britanniques qui écumaient les eaux poissonneuses de l'Ecosse et des Hébrides, ramenèrent dans leurs sillages, où flottaient des centaines de petits poissons rejetés, des essaims d'oiseaux de mer jusqu'alors peu connus sur nos côtes: les puffins et les pétrels. Infatigables et merveilleux voiliers, ces oiseaux océaniques, avec leurs ailes étroites, longues et raidies, glissent avec élégance au ras des flots. Exclusivement marins, ils ne rejoignent les îlots ou falaises rocheuses que pour nicher. A terre, ils deviennent maladroits et se déplacent en se traînant sur toute la longueur de leurs tarses. Leur allure rappelle alors celle de l'albatros.
  C'est donc grâce aux premiers chalutiers de haute mer que le pétrel fulmar (fulmarus glacialis) allait entreprendre son étonnante migration. Sa rapide expansion, échelonnée du nord au sud des îles britanniques, a fini par le conduire, en moins de 60 ans, jusqu'aux rivages bretons des Sept-Iles et du Cap Sizun où il niche désormais en bruyantes colonies. Vigoureux, intrépide et souvent belliqueux, cet oiseau impressionne par son cou massif et son bec crochu surmonté de narines tubulaires par lesquelles il émet un jet de liquide huileux et nauséabond sur ses ennemis. Mais il impressionne encore davantage par la remarquable facilité avec laquelle il semble se jouer de la tempête et par son incroyable voracité. Il n'en fallait pas plus pour que les récits des vieux marins s'en emparent et fassent de lui un oiseau de légende.
  Quoi de plus logique, par conséquent, que de voir la "Société Lorientaise de Chalutage à Moteur" choisir pour ses premiers bateaux les noms vernaculaires du pétrel fulmar, du pétrel océanite et du puffin, c'est-à-dire "Malamok", "Satanik" et "Dadin" qui étaient devenus les compagnons des hauturiers et que la tradition finira par associer à de bonnes pêches ?



   Les chalutiers en bois qui portèrent ces noms furent lancés, le premier en 1929 et le second en 1930. Ils étaient longs de 18 m et mus par un moteur de 60 CV à deux temps. ( Plus tard, ce moteur sera remplacé par un Baudoin de 90 CV .) Et surtout, ils utilisaient la nouvelle technique de ces chaluts à ailes et à panneaux qui élargissaient considérablement l'ouverture du filet. Ces bateaux d'un nouveau genre vinrent un beau matin de 1930 jeter leur chalut au large de Penmarc'h et vendre leur pêche au Guilvinec. Les performances d'un certain Le Bert, de Gâvres, patron du bateau nommé "Malamok" ne pouvaient laisser indifférents nos braves pêcheurs bigoudens. Il fallait réagir !


Rôle d'équipage de 1949 du "Malamok" construit et immatriculé à Lorient  en 1929.
( le rôle d'équipage est renouvelé chaque année).
 
   Vers 1932  ou 1934, la date est encore à préciser, les frères Quiniou Félix et Marcel, de Léchiagat, se décidèrent à faire le premier pas. Ils équipèrent leur pinasse "Ernest Zégut" du treuil, des potences, des panneaux et de tout le matériel nécessaire à ce nouveau mode de pêche. D'autres patrons de pinasses suivirent leur exemple et l'on prit l'habitude de distinguer ces bateaux des autres chalutiers à pêche plus classique en les appelant "chalutiers gréés en malamok".
  Les premiers malamoks avaient donc la forme élancée des pinasses. Ils s'équipèrent en outre d'une cabine-passerelle et d'une barre à drosse - à la place de la barre franche ou timon fixé sur le sommet du gouvernail - et, bien sûr, d'un moteur plus puissant.
    De 1935 à 1940, les constructeurs imaginèrent des coques aux formes plus robustes et mieux adaptées aux nouvelles exigences du métier. Le type
malamok était né. Du quartier du Guilvinec, l'idée se répandit aux quartiers avoisinants, puis progressivement à toute la Bretagne Atlantique. Il y eut quelques variantes locales comme ces fameux culs pointus ou "culs en canoë" dont les chantiers navals Louis Krebs, de Concarneau, s'étaient faits les ardents défenseurs.
    Mais ce nom de malamok par lequel les marins de Lorient désignaient l'oiseau venu du nord, dans quelles circonstances l'avaient-ils adopté, de quel dialecte provenait-il et comment l'avait-on découvert ?

  Dans le tome 1 de son ouvrage intitulé "Mélanges Intéressants et Curieux, ou abrégé d'Histoire Naturelle" et conservé dans les archives de la Bibliothèque Nationale à Paris, Jacques-Philibert Rouffelot de Surgy, censeur du Roy (Louis XV), expliquait en 1763 que les marins bas-allemands donnaient le nom de "mallemucke" à un oiseau marin du Spitzberg qui semble être, par les descriptions qu'il en a faites, notre pétrel fulmar déjà connu des morutiers et navigateurs qui allaient jusqu'en Islande ou Terre-Neuve. En réalité, d'autres recherches plus approfondies allaient apporter les indications suivantes: on appelle "mallemuwk", "mallemucke" ou "mallemowk" cet oiseau des mers du nord, dans les différents patois de la baie allemande, suivant que l'on se trouve dans le sud du Danemark (côté ouest), sur les îles de la Frise, ou dans le nord des Pays-Bas. Ce nom signifie en dialecte haut-néerlandais ou bas-allemand: "mouette folle". Les Anglo-Saxons le surnommèrent plus tard: "molly hawk" (rapace dingue) car, selon eux, cet oiseau vorace et stupide n'hésitait pas à se poser sur le pont des harenguiers pour y dérober sa pitance. Ses ailes d'oiseau océanique l'empêchant de repartir, il fallait le remettre à l'eau à coups de bottes dans les plumes.
  Chez nos marins, les appellations étrangères se sont vite transformées en malamok. Ce nom très peu utilisé en français le sera davantage dans la langue bretonne. Mais les pêcheurs côtiers de nos quartiers maritimes du Finistère feront malgré tout quelques erreurs en donnant, pour des raisons de couleur de plumage, des noms différents aux pétrels fulmars adultes qui sont blancs et ressemblent aux goélands argentés, et aux juvéniles, moins pélagiques, qui eux portent un plumage plus sombre, un peu comme celui des jeunes goélands. L'adulte gardera son nom de malamok et le juvénile sera désigné sous le nom curieux de karammel.


Malamok adulte                        

                            Karammel

  Les anciens chalutiers en bois des quartiers du Guilvinec et de Concarneau devaient donc leur appellation usuelle et familière à un oiseau du grand large et du grand nord. Qu'il s'agisse de l'oiseau ou du bateau, l'appellation se dispersera, empruntera de nouvelles directions que l'usage finira par rendre incontournables.
Ainsi les cap-horniers donneront-ils le nom de malamoc, et non malamok, à un petit albatros dont l'envergure ne dépasse pas 2,20 m alors que celle des grands albatros peut atteindre 3,50 m.
De même, le pétrel géant, qui vit également dans les eaux australes et antarctiques, appelé aussi ossifrage ( brise-os ) ou encore pétrel balbusard, allait-il devenir le malamoque des circumnavigateurs. On peut le confondre avec un petit albatros, mais leur grande différence est la forme du bec: le pétrel géant portant au-dessus du bec proprement dit un tube nasal, comme son cousin du nord le pétrel fulmar. Son envergure est de 1,90 m à 2,05 m et il n'appartient pas à la même famille que l'albatros. Etant donné la zone très australe fréquentée par les malamocs et les
malamoques (Cap-Horn, Géorgie du Sud, Kerguelen etc...), leur nom ne leur sera donné que tardivement par les marins des clippers qui les pêchaient à la ligne flottante et qui les mangeaient après les avoir vidés de leur huile. Les marins anglais les surnommaient "Mother Carey's chickens" ou "Mother Carey's gooses" ( poulets ou dindes de la Mère Carey ) suivant leur taille1. Les capitaines ( ou Grands Mâts ) des cap-horniers se donneront également, suivant leur ancienneté et leur nombre de passages du Cap-Horn, les surnoms de circonstance albatros et malamoc. Les caseyeurs ou langoustiers et les palangriers du Cap Sizun, de Camaret ou de Douarnenez adopteront l'appellation malamock ( avec un c avant le k ) vers 1942-1945.


Le langoustier Scrafic II, de Douarnenez, en 1968, au large des bancs d'Arguin ( Mauritanie ).
"Scrafic" est le nom de la sterne en breton.

On ne peut nier une certaine ressemblance de forme, mais ces nouveaux bateaux étaient bien plus grands que les premiers malamoks, chalutiers/sardiniers construits en Pays Bigouden et à Concarneau.

  Les malamoks qui avaient fait la réputation du Guilvinec, de Loctudy, Lesconil et Saint-Guénolé disparaîtront petit à petit avec l'avènement des chalutiers à pêche arrière et des senneurs à power-block.
  Ils ont connu une longue période de gloire, de 1935 aux abords de l'an 2000 : plus de soixante ans ! La page est bien tournée !


Dessin de  Gildas Flahaut

Georges Tanneau
le 15 mars 2007.

1- Voir "Les aventures d'Arthur Gordon Pym" d'Edgar Poë, ouvrage traduit par Charles Baudelaire.
Voir aussi sur ce site, du même auteur, la chanson "Les malamoks" ainsi que le récit "Quand j'étais castor".


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