Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.




NOUVELLES
 2012








La nef de la Royne



Le notaire de Saint-Renan




Le sacrifice de la Belle Cordelière



Entre Le Conquet et Le Minou



La bataille de Cunégonde de Kergouezel



Le compagnon de Primauguet



Quatre frères



Traumatisme



La dernière victoire de La Cordelière



Espionnage



Le récit de Gwenn



La nuit de la St Laurent



Le récit de Malo


Le récit de Malo

Une nouvelle de Juliette BAUDET
Elève de Cinquième au collège Louis Lumière d'Oyonnax
2ème prix ex æquo, catégorie "collégiens".


***

            J'avais froid. Cramponné  à une planche, je dérivais au gré des flots. Autour de moi c’était le chaos : des morceaux de poutre, des tonneaux flottaient éparpillés çà et là sur l’eau. Au loin,  on distinguait encore quelques flammes et la proue du bateau qui sombrait dans les profondeurs.

Soudain j'entendis des voix. Une goélette approchait. Qui pouvait bien être à son  bord ?

 « Capitaine, cela ne sert à rien. Tous ceux  qui se trouvaient à bord de la Cordelière se sont noyés ou ont péri sous le feu des Anglais ! »

Je criai ou plutôt j'essayai car je n'y parvins pas. Que faire pour attirer leur attention ? Je réfléchis à toute vitesse pour trouver une solution puis je me mis à taper avec mes mains bien qu'elles soient ankylosées par le froid sur ma planche de secours.

            « Taisez-vous ! Je crois avoir entendu du bruit. »

Un grand silence se fit. Ragaillardi par ce que je venais d’entendre, je me remis à taper de plus belle. La goélette s'approcha enfin de moi et on me hissa à bord. Épuisé, je m'endormis.

 

J'entrouvris les yeux. J’étais allongé sur une paillasse. Je compris rapidement que je n'étais pas encore sur la terre ferme. En effet j'avais l'impression d'être ballotté et en face de moi se balançait la croix du Christ clouée au mur. Et au milieu des craquements et grincements du bois, j'entendis le bruit régulier d'un cliquetis et je sentis alors sur mes pieds des gouttes d'eau tomber de manière régulière.

            « Vous voilà enfin réveillé ! »

La femme qui était assise à mes côtés n’eut pas le temps de terminer sa phrase quand la porte s'ouvrit. Entra alors, dans un bruissement d'étoffe une dame d’une élégance sans pareille. Elle portait une longue robe pourpre couverte de broderies et de dentelles. Des pierreries ornaient ses cheveux relevés sur sa tête. Son visage fin et sec ainsi que ses yeux clairs exprimaient une grande amertume.  Je lui trouvais un air las. C'était la première fois que je la voyais et elle m'impressionnait.   Sans dire un mot, elle fit signe d'un geste impérieux à tous ses domestiques de lever leur révérence.

            « Je suis Anne de Bretagne, Reine de France et Duchesse de Bretagne, me dit-elle. Mon navire a été attaqué par les Anglais hier au soir.  Qu’avez-vous vu ? Que s'est-il passé exactement sur la Cordelière ce dix août ?

- Votre Altesse, lui répondis-je avec crainte,  je me prénomme Malo.  Je travaillais sur la Cordelière sous les ordres du maître coq. Je ne suis qu’un simple manant. Mais puisque vous me le demandez, voici mon histoire.

Ce matin-là, de nombreuses personnes, toutes de rang noble s'étaient rassemblées autour du bateau. Les dames en toilette suivies de leurs demoiselles d'honneur et les gentilshommes vêtus de draps colorés de Flandre se bousculaient pour venir admirer l'escadre franco-bretonne que le Roi et Vous-même aviez ordonné de mettre sur pied. Sur le pont le capitaine Hervé de Portzmoguer recevait avec joie son beau-père et les proches parents de sa femme ainsi que d'autres seigneurs des environs accompagnés de leurs dames curieuses et pour certaines médisantes. En effet, malgré les quelques remarques désobligeantes sur son passé obscur le capitaine se faisait un plaisir de présenter toute son artillerie avec ses deux cents canons ainsi que son équipage à qui on avait donné plusieurs recommandations pour l’occasion. Cette journée clémente s’annonçait parfaite pour célébrer la fête de Saint Laurent.

A l’intérieur des bâtiments une tout autre ambiance régnait : tous s'agitaient pour préparer cette grande réception. Le maître coq donnait ses ordres. Tout devait être parfait. J'étais chargé de cuisiner différents poissons. A côté de moi, Ronan, mon frère, faisait mijoter une soupe. Tous les deux avions été recrutés l’année précédente. Notre chère mère nous avait quittés quand nous étions encore de jeunes enfants. Cette épreuve nous avait rapprochés et notre complicité était telle que nous nous entendions comme les deux doigts de la main. Il y avait grand-foison de mets divers et variés et tous étions occupés à notre tâche respective.

            Soudain, une immense clameur s'éleva de terre et à bord des bâtiments :

            « L’ennemi ! »

            Des cris de peur retentirent. Nous sortîmes des cales, nos couteaux à la main, laissant tout sur nos plans de travail. Une fois sur le pont j’aperçus au loin une vingtaine de vaisseaux qui avançaient vers nous. Mon frère et moi comprîmes à l’instant que ce serait sûrement nos derniers moments. Par un regard complice nous décidâmes de ne plus nous séparer. On ordonna à un matelot de grimper à la hune où il attrapa une longue-vue pour scruter la mer puis  il bafouilla affolé :

             « L'a … l'amiral Howard ! Il … approche avec sa flotte ! Ils sont au nombre de vingt-cinq gros navires ! »

Dès que ces mots retentirent ce fut la débandade. Les quelques enfants se trouvant à bord se serrèrent contre leur mère. Les damoiselles effrayées couraient en tous sens. Les membres de l'équipage essayaient de rassurer tout le monde. Depuis le sommet, le marin s'égosilla :

« Capitaine ! Ils sont au nombre de vingt-cinq gros navires ! »

Hervé de Portzmoguer pesta : c'était le double de ce que nous étions ! Autour de moi c’était  la panique : certains se jetaient à l’eau pensant que c’était la seule manière de se sauver, des personnes âgées priaient le Bon Dieu en espérant qu’un miracle se produirait, d’autres se mettaient  à boire tout ce qu’ils pouvaient trouver sur le pont,  certains couraient en quête d’un prêtre pour se confesser avant de mourir ; et au milieu de cette foule le capitaine essayait de garder son sang-froid et cherchait à recruter toute personne valide pouvant porter une arme. Sous ses ordres, plusieurs de nos navires se retirèrent vers Brest pour s’y abriter. Seules restaient la Cordelière, la Loyse dirigée par l’amiral  de Clermont et la petite Nef-de-Dieppe, toutes trois prêtes à participer au combat.

La nuit tomba. Rapidement, le tonnerre des coups de canons retentit. La plupart des hommes étaient descendus dans les cales pour tirer l’artillerie. Sur le pont les invités effrayés s’étaient  rassemblés dans un coin. Une angoisse intense me tiraillait le ventre. Apeurés, mon frère et moi décidâmes de rejoindre les quelques courageux prêts à défendre le bateau.  Soudain j'entendis un craquement sec et aussitôt un mât s'effondra dans un bruit fracassant au milieu du pont. Affolé, je tournai en tous sens pour essayer d'apercevoir mon frère. Je l’appelai. Rien. Je vis quelque chose briller au sol, c'était le bracelet doré que portait mon frère en souvenir de notre défunte mère. Je me fis une raison : il était mort. Je ravalai mes larmes et je descendis les escaliers qui menaient à la cale pour y prendre une arme.

En remontant sur le pont, je surpris le Capitaine et son second en pleine discussion : la Loyse avait sombré depuis déjà quelques minutes et la Nef-de-Dieppe tournait sans relâche autour du Regent anglais en lui tirant dessus avec une vivacité qui avait l'air d'étonner nos ennemis. Le capitaine décida alors d’aborder de plein front notre adversaire commandé par Howard. Je n’avais plus de famille, je n’avais plus rien à perdre. Mon seul objectif était à présent de me battre jusqu’au bout coûte que coûte. Nous étions désormais à une distance respectable pour sauter sur le pont du Regent, nous nous élançâmes tous d’un seul mouvement et nous nous battîmes de toutes nos forces. Un de nos hommes tua le second d’Howard provoquant l’hésitation des Anglais. Mais soudainement nous nous tûmes tous : la Cordelière et le Regent s’étaient entrechoqués et étaient maintenant entrelacés. L'Anglais qui était en face de moi profita de cet instant pour me prendre par surprise mais je me défendis vaillamment. C'est à ce moment-là que j'entendis :

            « Repli ! »

            A contre-cœur j'obéis comme tous les autres. Le capitaine essaya avec acharnement de dégager la Cordelière du Regent. Après maints efforts, il renonça et prit la  décision de se sacrifier. Je le vis s'approcher de la partie arrière du bateau et avec une torche y mettre le feu. Il se tourna ensuite vers ses invités et cria :

            « Nous allons fêter Saint Laurent qui périt par le feu ! »

            Je compris immédiatement le dessein du capitaine Portzmoguer et sans trop réfléchir je m'approchai du bastingage et me propulsai par-dessus. Je sentis aussitôt le froid m'envahir. Il fallait remonter à la surface pour pouvoir respirer. J'émergeai de l'eau puis je m'éloignai de la Cordelière. De loin je vis les derniers instants de ce bateau mythique qui avait gagné tant de batailles. Dans une détonation assourdissante, les planches de la Cordelière et du Regent volèrent en éclats, des corps sans vie tombèrent à l'eau. Une planche arriva jusqu’à moi et je m'y agrippai. La suite, Majesté, vous la connaissez et me voilà en face de vous. »

           

Je relevai alors la tête et j’aperçus une larme au coin de l’œil d'Anne de Bretagne. On frappa à la porte.

            « Votre Majesté, nous venons de repêcher un naufragé. »

            Anne de Bretagne se ressaisit. La porte s'ouvrit et entra un jeune garçon à la chevelure blonde. Il leva la tête et je reconnus immédiatement ses traits qui m’étaient si familiers. Quel autre miracle s’était produit pour que  mon frère soit lui aussi en vie ?

  


---==oooOooo==---

Juliette BAUDET



Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler