Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.



HISTOIRES
 DE
MER





Histoires du large



Cadeau d'anniversaire



Un bananier chargé
de ferraille




Partie de cache-cache
dans le brouillard





Rapports de mer




La sardine




Les vaisseaux de pierre




Un malamok
peut en cacher un autre




L'aventure câblière
de Déolen
en Locmaria-Plouzané





Le naufrage de La Sémillante




Nouméa:
la vie sur les pontons





Cyclone
dans le lagon calédonien









La Marie-Jeanne







Le guetteur de Molène




Des liens de varech




Il a neigé sur la ville d'Ys




Quand j'étais castor




La Pierre aux Femmes




Le naufrage effacé




Noël sur un bateau




Tempête en mer de Chine




Le gabier de La Saône




Vole, mon goéland !




Là-haut sur la mer




Les 8 vents de Majorque




Retour de pêche




Rencontre avec le Kurun




Rêveries arctiques





Les mers ne devraient pas mourir




La mascotte du Cévennes




Rêves de mousse




La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé






o-o-o





Cadeau d'anniversaire




Un bananier chargé
de ferraille





Partie de cache-cache
dans le brouillard






Rapports de mer





La sardine





Les vaisseaux de pierre





Un malamok
peut en cacher un autre





L'aventure câblière
de Déolen
en Locmaria-Plouzané






Le naufrage de La Sémillante





Nouméa:
la vie sur les pontons






Cyclone
dans le lagon calédonien







La Marie-Jeanne





Le guetteur de Molène





Des liens de varech





Il a neigé sur la ville d'Ys




Quand j'étais castor




La Pierre aux Femmes




Le naufrage effacé



Noël sur un bateau



Tempête en mer de Chine



Le gabier de La Saône



Vole, mon goéland !



Là-haut sur la mer



Les 8 vents de Majorque



Retour de pêche



Rencontre avec le Kurun



Rêveries arctiques



Les mers ne devraient pas mourir



La mascotte du Cévennes


Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...




LA  MARIE - JEANNE ©

Un texte de Josette TOURNERIE.

 

                           Le long de la place où, tacitement, les vieux pêcheurs se donnaient rendez-vous chaque jour, un petit mur courait surplombant le port. Ils s’y appuyaient comme on s’accoude au comptoir d’un café, participant à leur manière à la vie maritime, s’abreuvant des mêmes histoires d’aventures - des histoires “vraies” - cent fois répétées. Leur œil exercé ne quittait point l’horizon, qu’ils percevaient avec presque la même sûreté qu’au temps de leur gloire. Au dessin d’une voile, à la couleur d’une coque ils pouvaient affirmer, longtemps à l’avance, l’arrivée du fils d’Alfred, ou du mari de Thérèse.
  Maxime se pencha à son tour au-dessus du mur de pierre. A vingt mètres en contrebas, le petit port se recroquevillait à l’approche de la tempête. Malgré la présence des deux grandes digues, espacées de quelques centaines de mètres, et qui s’avançaient courageusement vers la pleine mer pour en briser la fureur, un léger remous agitait l’abri. Les bateaux dansaient autour de leur ancre, et tiraient sur leur attache, à la manière de chevaux énervés par l’imminence du danger.

- Voilà un bon grain qui se prépare!...

  Cette sentence était prononcée par une  voix qui n’admettait pas de réplique. Une autre voix s’éleva cependant, avec encore plus d’assurance :

- Si c’était qu’un grain! Un sacré coup de tabac voui! Regardez-moi çà...

  Les regards se tournèrent vers la direction indiquée. Sur la droite, l’horizon était complètement bouché. Les îles d’Ouessant et de Molène disparaissaient derrière un rideau de plomb. Par contre, en deçà de la zone de ténèbres, plus près des côtes, l’île de Béniguet se découpait, baignée par une lumière d’Apocalypse. Un phénomène diabolique découpait en deux parties égales, mais opposées, le tableau fascinant qui s’offrait aux yeux des spectateurs. Tous pensaient à ceux qui étaient encore en mer.

- Ma Doué, s’exclama l’un d’eux, pourvu qu’ils aient le temps de rentrer !
- T’inquiète pas, répondit Couédic d’un ton bourru, ces jeunes, çà n’aime pas prendre des risques. Avant longtemps, ils seront tous de retour dans les jupes de leurs bonnes femmes.

Voilier de pêche au Conquet

  Comme pour lui donner raison, une voile doubla le phare de Kermorvan, puis une autre, puis une troisième. Les trois bateaux atteignirent le refuge de la première digue. L’un d’eux avait pris de l’avance dans les eaux plus calmes. Les deux autres haletaient sous un amoncellement de ces tirelires d’osier, aux silhouettes ventrues qu’étaient les pièges à crustacés, et dans lesquelles dormait l’espoir de quelques ménagères sous forme d’araignées et de tourteaux, ou peut-être même, qui sait, de quelques uns de ces homards tant recherchés.
  Plongé dans ses pensées, Maxime suivait des yeux l’activité d’un marin solitaire, qui se démenait sur son bateau accosté à la cale. Tout à coup, le reconnaissant, il attira l’attention de ses compagnons:

- N’est-ce pas le vieux Lucas, là, en bas? On dirait qu’il s’apprête à appareiller !

  Les autres se penchèrent à leur tour.

- C’est vrai qu’il va prendre le large! Lui aussi il veut lever ses casiers !
- Pourquoi n’est-il pas parti plus tôt ?...
- Fallait d’abord qu’il cuve son vin !
- Mais il est seul!
- Son matelot est parti au service; depuis, y a pas eu moyen d’en décider un autre, alors, têtu comme il est, il a continué à faire la pêche tout seul.

  En disant cela, Goulven avait laissé échapper une pointe d’admiration pour ce vieux copain qui aurait pu être parmi eux, à l’abri derrière leur mur, et qui s’obstinait à poursuivre ses idées de jeunesse sur une mer qui lui devenait de plus en plus hostile.

- Vous voulez pas embarquer avec lui, docteur, par hasard ?...

  La boutade fit sourire Maxime.

- Je descends voir ce que fabrique cet entêté.

  Lucas ne leva même pas la tête en entendant le médecin s’approcher. Le bavardage, c’était bon pour la promenade, ou à quai. Mais à présent, il était temps de mettre en route, il n’avait que trop tardé.
  Il daigna répondre cependant quand Maxime l’apostropha :
- Je suis pressé, moussaillon, si tu veux entendre des histoires, t’as qu’à te trouver ce soir à l’Abri du marin, je serai de retour pour boire un coup avec toi.

                              Cette liberté de langage n’arrêta pas son interlocuteur qui sauta hardiment sur le pont, et lui fit face :

                              - Allons, vous savez bien père Lucas, que ce n’est pas prudent de sortir seul avec un temps pareil !

                              Le bonhomme s’immobilisa un instant. Petit, trapu, bien campé sur ses jambes écartées, il symbolisait on ne peut mieux le marin breton. Sous sa casquette sans baleine, brillante d’écailles de poissons, une abondante chevelure noire et bouclée, presque crépue, dénonçait une probable ascendance mauresque. L’illusion était accentuée par la présence d’une boucle d’or qui transperçait l’oreille gauche. Les profondes rides qui creusaient son visage n’arrivaient cependant pas à masquer un reste de jeunesse, que trahissaient des petits yeux brillant de malice, auréolés de virgules nacrées.

                             - Pourquoi tu viens pas avec moi, marin d’eau douce, tu pourrais peut-être m’aider par le temps qui se prépare ?...

                             Ce n’était pas tout à fait une plaisanterie, Louis Lucas connaissait les capacités de son interlocuteur et les appréciait. L’aide d’un tel gaillard n’était pas à dédaigner. Maxime n’hésita pas longtemps. Chatouillé dans son amour propre, il vit là l’occasion de faire ses preuves :

- C’est dit, mon père Louis, mais je veux ma part de butin !

  Louis Lucas éclata de rire, et lui jeta l’amarre dans les bras:

- Sacré loustic, va, tu vas bientôt connaître toutes les ficelles du métier ! 

Bateau de pêche du Conquet

                          Depuis qu’ils avaient laissé le phare derrière eux, le bateau s’agitait de plus en plus. Ils avaient traversé le courant à peine plus violent que d’habitude, mais de l’autre côté, ils n’avaient pas trouvé le calme, loin s’en faut ! Le ciel était de plus en plus noir, et de nombreux nuages s’accumulaient avec rapidité, faisant un plafond si bas, qu’on pouvait croire que les vagues se bousculaient pour y monter à l’assaut. Maxime les prenait par le travers pour diminuer le tangage, mais le bateau roulait furieusement, embarquant un paquet d’eau à chaque inclinaison. Il lui fallait toute son attention pour maintenir le cap, les yeux à la recherche d’un horizon qui s’esquivait sans cesse.

                          Le vent s’engouffrait dans la petite voile d’artimon, faisant grincer les drisses. Le vieux patron avait amené la grand’voile et les focs. D’une main habile, il enroulait les cordages avec une dextérité d’autant plus remarquable que l’eau de mer les rendait d’un maniement difficile. Son buste penché se maintenait au point fixe, grâce à un jeu de jambes s’opposant aux mouvements du bateau. Bien qu’habillées de cuissardes, elles se ployaient avec la souplesse d’un ressort, tantôt à droite, tantôt à gauche, et parfois d’avant en arrière quand un brutal coup de barre les faisait tanguer. Seuls les pieds restaient fixes, comme cloués au pont.
   Lucas se releva enfin, et hurla à l’intention de Maxime :

- Espère encore un peu, fiston, je descends à la cambuse, et je te relaie après.

  Le médecin hocha la tête. Son compère descendait se réchauffer d’un bon coup de rouge. Il lui revint en mémoire une histoire que le vieux forban lui avait un jour racontée, de l’air le plus sérieux du monde, mais qui n’avait tout de même pas réussi à le convaincre.
" Tu vois, toubib, disait-il, tu dis bien de ne pas boire, mais est-ce que tu sais seulement pourquoi je bois?...Eh bien, je vais te le dire. Un jour, j’étais dans ma cambuse. Y avait un quart de vin sur la table que le matelot s’était servi. Moi je buvais du café. Le mousse était à la barre. Y avait une bonne petite brise, mais pas méchante, juste assez de roulis pour s’occuper. Tout à coup, la “Marie-Jeanne” s’est mise à craquer bizarrement. J’ai eu comme un pressentiment, et je suis monté en vitesse sur le pont, le matelot sur les talons. A ce moment-là, le bateau s’est soulevé, et puis, tu m’entends moussaillon, c’est comme je te dis, il s’est enfoncé dans l’eau, a fait un tour complet sur lui-même, et s’est renfloué tout seul ! Tout seul, que je te dis. Le mât s’est penché sur son bâbord, et s’est relevé sur son tribord. Je suis resté longtemps groggy, avant de réaliser ce qui c’était passé. Y avait plus trace ni du mousse, ni du matelot. Je me suis retrouvé tout seul sur le pont, tout trempé, les doigts agrippés à une drisse comme un pauvre couillon : c’est çà qui m’a sauvé. Quand je suis redescendu à la cambuse, encore tout chaviré, tu sais ce que j’ai vu ?... Le quart de vin, calé sur la table, aussi plein que le matelot l’avait laissé. Alors, Monsieur, je l’ai pris ce quart, et moi qui n’en buvais jamais une goutte, j’ai fait ni une, ni deux, et j’ai lampé le vin d’une seule traite. Depuis, quand je vois un verre, je ne peux pas m’empêcher de le remplir pour le vider aussi sec."

                            Bien que dans sa longue carrière d’homme de mer il avait pu vivre nombre d’aventures extraordinaires, il était difficile de faire la part des choses dans les propos que tenait habituellement le père Lucas. Pour l’instant, son dialogue avec la bouteille paraissait se prolonger. Maxime n’eut pas le temps de s’en inquiéter. Son attention fut  attirée par un étrange phénomène. Ses oreilles s’étaient habituées au charivari énorme orchestré par la mer en furie, et cependant un bruit nouveau lui parvint, qu’il ne put situer tout d’abord dans ce chaos monstrueux. Une sorte de chuintement discret s’imposa progressivement, grandit, gonfla, s’emballa, allant même jusqu’à masquer le tumulte devenu familier.

                                                     

                                                           -§-§-§-§-§-

                                  

                           Les mains crispées sur la barre, manœuvrant par instinct, Maxime, tous sens en alerte, attendait l’improbable. Et soudain, les vagues devant lui semblèrent s’aplatir ; le bateau, un instant, se maintint immobile, hésitant, plafonnant sur une surface presque tranquille. Le tapage autour de lui s’était amplifié, mais Maxime ne percevait plus que ce sifflement insolite qui paraissait l’agresser personnellement. Et tout à coup, avec horreur, il « l’ » aperçut. Immense, gigantesque, elle paraissait irréelle, issue d’on ne sait quel cauchemar. Une vague comme jamais Maxime n’aurait pensé qu’elle pût exister ! Médusé, il la vit s’élever devant lui, s’enfler, s’étirer démesurément. D’un vert imprécis, auquel on ne pouvait attribuer que le terme de glauque, en dévorant l’espace elle absorba la lumière, et tout devint aussi sombre qu’une fin du monde. Dressée comme un Goliath au plus haut de sa taille, elle sembla s’immobiliser, indécise. Une frange blanche s’enroula au sommet, et Maxime eut le temps de voir s’agiter dans l’écume des formes oblongues qui lui semblaient être des doigts de géant ganté de blanc. Une masse d’eau, colossale, s’abattit sur le pont.

                                                       

                                                           -§-§-§-§-§- 

                         

                              Un déferlement d’eau, dans un fracas de tonnerre... Un enfer glacial qui vous aspire et vous rejette, vous reprend et vous malmène ... Une fin du monde en gris, en vert, en mouvement. Un monde liquide qui s’infiltre partout, dans le nez, les yeux, les oreilles, se transforme en eau de feu quand il pénètre les bronches ! Un étau puissant, qui comprime le corps, le propulse un instant à l’air libre. La poitrine libérée expulse de l’eau, vomit en même temps un long cri, un hurlement de supplicié, qui s’arrête soudain quand le cerveau s’éveille, mais qui vibre encore longtemps dans les oreilles !... C’est le cri de l’enfant qui naît, expulsé des chaudes ondes maternelles, c’est le cri du naufragé qui ne veut pas mourir dans les eaux froides de la mer en furie !

                             Le retour à l’air libre sortit Maxime de son inconscience. Avant même que la réflexion ne lui revint tout à fait, ses bras avaient esquissé les mouvements ordonnés de la brasse, mais ses jambes étaient  de plomb, et l’entraînaient vers le fond. Dans un réflexe sauveur, il se débarrassa de ses courtes bottes d’un coup de pied sur chaque talon. Il se déplaçait à présent lentement, aveuglément, luttant contre la tourmente pour gagner un mètre ou deux, mais dans quelle direction, vers quel but ? Son esprit ne fonctionnait plus qu’au ralenti. Le froid qui engourdissait son corps gagnait peu à peu le cerveau. Il n’avait plus la force d’avoir peur, il avait épuisé la connaissance de la terreur, et n’avait pas la faculté d’aller au-delà. Le temps s’était arrêté  pour lui, le monde se bornait à cette immensité hostile, à ce vacarme titanesque. Il n’avait plus qu’une fonction: nager, nager encore jusqu’à la fin des temps !

 

                                                              -§-§-§-§-§-

                   

                            Ce fut le mousse du « Vent d’Ouest », patron Pierrot Le Meur, qui l’aperçut le premier. Ce dernier poussa un cri de joie. Il rejoignit son mousse qui, comme lui, scrutait la mer avec inquiétude. Il saisit une gaffe, et la tendit. Il était temps ! Le naufragé s’y agrippa dans un ultime effort et les deux hommes le hissèrent à bord. Ils voulurent l’entraîner dans la cabine, mais, grelottant de froid, Maxime résista:

- Où est le père Lucas ? La Marie-Jeanne a-t-elle sombré ? Qu’est-ce qu’il s’est passé au juste ?...
- Sais pas, docteur, faut croire qu’une lame plus forte vous a balayé, et vous a envoyé par-dessus bord ! Le père Lucas s’est aperçu de rien, doit être encore dans sa cambuse. La Marie-Jeanne, elle se défend bien toute seule, regardez...

  Suivant du regard la direction indiquée, Maxime resta muet d’étonnement. A quelques brasses d’eux, le bateau roulait furieusement, mais gardait le cap, gouvernail bloqué dans la bonne direction.

- Çà alors !... J’ai dû recevoir un drôle de coup sur la tête, j’aurai juré qu’elle avait coulé !
- Elle revient de loin, sûr, après ce que je l’ai vue faire !...
- Qu’est-ce que tu as vu, petit ?
- J’ai bien vu tout, M’sieur, je regardais avec mes jumelles. La Marie-Jeanne elle dansait comme un diaul que çà devait drôlement craquer dans ses gréements. Et puis tout à coup, elle s’est penchée sur son bâbord, elle a fait un tour sur elle-même, et s’est redressée à tribord. J’vous jure qu’elle a fait un tour complet, M’sieur, j’ai vu sa quille rouge en l’air, que çà m’a fait tout drôle, même que je me suis signé, parce que je crois bien que c’était un miracle !
  Maxime n’écoutait plus. D’un bond, il plongea par-dessus bord et nagea en direction de la Marie-Jeanne dont ils s’étaient rapprochés. Il s’agrippa aux cordages avant, se retrouva à cheval sur le bout dehors et s’élança sur le pont en appelant le père Lucas. Seuls lui répondirent les grincements des vergues et le claquement de la petite voile.

 Autour de lui, la mer avait fait place nette. Tout ce qui n’avait pas été amarré avait disparu. Les cordages, toujours enroulés en bon ordre, rendus encore plus pesants par l’eau dont ils regorgeaient, avaient simplement glissé d’un bord à l’autre. L’ancre, chassée de son écubier, s’était bizarrement rattrapée à la barre, bloquant le gouvernail tel un robot pilote. Des toiles et des bouées, des crocs et des filets, de tout ce qui encombre généralement le pont d’un bateau en mer, il ne restait rien, que le plancher nu. Maxime s’approcha de la cambuse dont la porte s’était bloquée. D’une main nerveuse, il l’ouvrit, et descendit lentement.
  En bas, le contraste était saisissant. Sortant du désert à l’air libre, il eut l’impression de pénétrer dans le sombre chaos d’une échoppe de brocanteur. De la vaisselle cassée, des boîtes de conserve, des outils gisaient sur le plancher à peine humide. Une porte s’ouvrait et se refermait en cadence sur un placard entièrement dépouillé de son contenu, lequel roulait sous le banc fixé près de la table.

  Sous cette même table, le père Lucas gisait, pas complètement inconscient au vu des nombreux jurons qu’il proférait en se tenant le crâne. Sa casquette avait roulé quelque part, et, de son autre main, il tentait de la récupérer en jurant de plus belle. A l’instant où il se penchait vers le vieux marin, le médecin aperçut sur la table un verre... rempli de vin. Comme dans un état second, il le saisit, et sans plus réfléchir, sans songer à la signification de son geste, il le porta à sa bouche, et d’un seul trait le vida !...

Josette TOURNERIE

La Marie-Jeanne

Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler