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Des pages qui font aimer et respecter la mer.




NOUVELLES
 2012







La nef de la Royne



Le notaire de Saint-Renan



Le sacrifice de la Belle Cordelière



Entre Le Conquet et Le Minou



La bataille de Cunégonde de Kergouézel



Le compagnon de Primauguet



Quatre frères



Traumatisme



La dernière victoire de La Cordelière



Espionnage



Le récit de Gwenn



La nuit de la Saint Laurent



Le récit de Malo


Entre Le Conquet et Le Minou

Une nouvelle de Catherine PERCHOC
3ème
prix catégorie "adultes"


***

Que les esprits suspicieux et les vieux rats de bibliothèque passent leur chemin : le doute n’est pas permis et puis, je n’aime pas les rongeurs quand ils sont sentencieux.

Mes trois vies je les dois dans l’ordre, à ma mère, à un capitaine breton et à une écolière futée.

 Diantre! Est-ce possible? Sceptique, vous?... On le serait à moins!

 Souvenez-vous de ce dix août de l’an de grâce mille cinq cent douze, au large de Brest.

 

*

 

Ce jour-là, trois cents invités à «une promenade festive» se pressaient sur le pont de la Cordelière.

 La Cordelière? Vous savez, cette frégate franco- bretonne!

 Bref, c’était un honneur que d’en être. Le commandant Hervé de Portzmoguer, fier et altier, circulait en souverain parmi les «élus». On se pressait pour lui rendre hommage.

 Je l’escortais, très en beauté dans ma soyeuse robe rousse, osant parfois le frôler d’un mouvement souple qui ne le faisait certes pas reculer!

 

La journée s’annonçait légère et joyeuse : la mer belle, la brise bonne.

Pourtant flottait au-dessus du pont ce parfum d’aventure et d’excitation que procure tout voyage, même bref, accentué par les délicieux effluves d’iode et de goémon de l’air marin et des embruns. J’en étais presque saturée.

Le regard allait haut : les mâts, leurs pavillons de mer à croix noire ou herminés, quelques nuages à peine... le ciel!

Le regard allait loin : les flots, le goulet... l’horizon!

L’horizon?... Pas seulement... Sur la ligne claire habituelle, des silhouettes...

 Là, convergèrent alors le regard de Portzmoguer, décuplé par la lunette et le mien, naturellement perçant : navires anglais en vue!

 

Portzmoguer se raidit, tomba le masque du monarque, redevint militaire, évalua, calcula les forces en présence : quarante navires anglais au large, vingt navires français tout au plus et après arrivée des renforts sur zone, enjeux : entrée du goulet de Brest, obstacles : temps compté, décisions : on alerte les renforts, les convives restent à bord, on fonce au combat!

 

- Equipage , à vos postes!

- Civils, aux abris vers la cale!

Deux vagues humaines se formèrent aussitôt, grossirent, déferlèrent en deux mouvements contraires, l’une, montante, vers le pont, la mâture, l’autre, descendante, vers le fond du navire. Je restai muette, immobile, blottie contre un gros sac de jute.

Adieu futilités et badineries! Le rythme s’accélère!

Portzmoguer communique ardeur et énergie à son équipage. Mousquets et bombardes sont armés. Les hommes se concentrent à leur poste. La Cordelière fend les flots. La distance à l’ennemi se réduit. L’attaque est imminente.

 

Alors, le fracas, l’odeur de poudre, les craquements du navire anglais démembré, les hurlements de l’adversaire, puis, l’océan vorace qui engloutit hommes et navires, enfin la clameur victorieuse des Français.

 

Pourtant, la lutte s’intensifie. La Cordelière devient la cible de trois navires anglais enragés. La voici prise en chasse. L’étau se resserre impitoyablement. Impossible de se dégager. Les tirs redoublent. Le mât est arraché, le château avant réduit en miettes.

Qu’arrive-t-il alors? ... Une terrible explosion à bord! La sainte barbe a sauté!  Débris et cendres obscurcissent le ciel. Feu et flammes embrasent le navire éventré. C’est un cauchemar en enfer!

Nous sommes perdus! "Envoyez les chaloupes à la mer ! " "Quittez le navire !" Portzmoguer crie ses ordres.

Je suis terrorisée : j’ai horreur de l’eau et je ne sais pas nager ! J’hésite...

D’une poigne autoritaire, Primauguet m’expédie au fond du canot, plus morte que vive.

C’est ainsi que je fus sauvée. Lui ? Je ne l’ai jamais revu. On a raconté qu’il avait coulé à pic sous le poids de son armure.

Dessin d'Hervé Le Gall.

L’histoire est terminée. La légende est en route. L’instant se fige. Le tableau se met en place.

A l’arrière-plan, un navire en feu, des navires anglais, beaucoup de fumée, des couleurs sourdes. Puis des vagues hostiles, des mâts sectionnés, des débris flottants, la Cordelière en train de sombrer, scène de désolation noire, terre de Sienne et bistre. Au premier plan, un canot, des rescapés effarés, quelques vaillants rameurs et moi, silhouette rousse imprécise et fantomatique, tapie au fond, immobile, rendue à jamais prisonnière de la toile par le pinceau d’un artiste. Jamais dire «jamais».

Cinq siècles d’attente, sans une souris à me mettre sous la dent!...

 *

Il est temps de quitter le musée des Beaux Arts de Brest, d’aller faire un tour à la pointe du Minou, de sauter à pattes jointes dans le sac de cette écolière qui me fait signe, de vivre ma troisième vie de chat, de raconter mon histoire.

Ça ne se verra presque pas, juste une légère griffure sur la coque du canot...



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Catherine PERCHOC



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