Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.




NOUVELLES
 2012








La nef de la Royne



Le notaire de Saint-Renan




Le sacrifice de la Belle Cordelière



Entre Le Conquet et Le Minou



La bataille de Cunégonde de Kergouezel



Le compagnon de Primauguet



Quatre frères



Traumatisme



La dernière victoire de La Cordelière



Espionnage



Le récit de Gwenn



La nuit de la St Laurent



Le récit de Malo

La nuit de la St Laurent

Une nouvelle de Servane FOURRE
Classe de Quatrième au collège Camille Vallaux, du Relecq-Kerhuon
2ème
prix ex æquo, catégorie "collégiens".


***

 

Soizig n’en pouvait plus. Elle sentait les dernières forces l’abandonner. Elle avait mis un temps fou à se débarrasser de sa robe qui l’alourdissait et l’empêchait de regagner la surface. Le choc de l’explosion suivi du plongeon dans la mer, tout cela s’entrechoquait dans son esprit, mais elle tendait vers un seul but, remonter à la surface, voir où elle était et tenter de trouver un moyen de regagner la rive.

Enfin, d’un dernier coup de rein elle vit la surface. Tout n’était que brasier, débris de vaisseaux, gestes désespérés de survivants comme elle. Mais elle se rendit compte avec effroi qu’aucun son ne lui parvenait. Elle sentait l’odeur de poudre, constatait que la mer n’était qu’océan de feu et de sang, une étendue de débris de bois, bouts, chairs humaines, voiles, mâtures, corps à la dérive. Mais elle n’entendait rien. RIEN. La force de l’explosion l’avait rendue sourde. Elle cria de désespoir, mais ne s’entendit même pas ! Sentant que si elle ne s’agrippait pas à quelque bout de bois elle ne pourrait pas nager jusqu’à la rive si peu distante, elle concentra son énergie à se diriger vers un morceau d’épave. Le premier qu’elle atteignit lui échappa des mains. Il était brûlant et lui emporta des lambeaux de peau. L’eau salée sur la brûlure lui arracha des cris de douleur mêlés de rage et de désespoir. Elle replongea, gagna en quelques brasses un nouveau bois à la dérive, méfiante elle s’en approcha avec prudence. Puis s’y agrippa. Alors elle se rendit compte qu’elle était à peu de distance de la plage. Puisant dans ses dernières forces, nageant, buvant la tasse, hoquetant, elle allait gagner la rive lorsqu’une chaloupe, partie de la côte vint à son devant.

Elle était sauvée. Des mains la saisirent hors de l’eau et la hissèrent à bord. Deux visages se penchèrent vers elle et lui demandèrent si elle était blessée. Toujours sourde à cause des déflagrations de la bataille, elle ne les entendait pas. Lisant l’incompréhension sur les visages des marins, et se doutant du sens de leur question, elle se mit à leur raconter ce qu’elle venait de vivre.

« La veille, le sieur Primauguet nous avait priés à souper à son bord sur la Cordelière. Ce matin nous étions encore tous à bord, gens de mer et gens de terre, encore endormis et pour certains ivres des vins de la veille. Portzmoguer se tient sur le couronnement arrière de la Cordelière, sur laquelle il bourlingue depuis dix ans. A ses côtés se tient Dolo, son prévôt et second capitaine. La Louise, bateau de la flotte amirale, est non loin de là.

Soudain, la Louise hisse le pavillon donnant l’ordre d’appareiller immédiatement. Primauguet comprend le danger. Les Anglais sont dans les parages. Primauguet nous demande de quitter le pont pour l’entrepont et de laisser la place à ses seuls marins. Les ordres fusent sur tous les navires, les sifflets s’entendent de partout, tout le monde rejoint son poste de combat. Les voiles sont larguées, puis brassées, et étarquées. Elles se gonflent joliment et l’escadre met le cap au large, allure au plus près par petit vent d’est, sud-ouest. Hervé de Portzmoguer ne se lasse pas de voir pareil spectacle. Tous les navires sont en ligne de front et se mettent sous les ordres du Vice-amiral de Clermont. Le temps est beau, la mer sereine.

Clermont comprend vite que sa position numérique lui est défavorable et que les Anglais vont tout faire pour acculer la flotte franco-bretonne dans l’étranglement du goulet de Brest où elle sera pilonnée sans merci et réduite à néant. Il ordonne aussitôt de virer de bord. La Louise et la Cordelière restent sur l’arrière pour permettre aux premiers navires de gagner Brest. La Dieppoise leur prête assistance. Hélas, la Louise s’échoue sur les cailloux.

La Mary Rose en profite pour nous attaquer. Sous la canonnade les membrures cèdent, tombent sur le pont et ouvrent des voies d’eau à bord. Le Sovereign et le Regent gagnent du terrain pour nous aborder. Une bordée bien envoyée brise le mat de misaine du Sovereign qui bat en retraite, mais le Regent tient bon. Nous sommes maintenant bord à bord. L’anglais manœuvre et semble prendre le large, mais c’est pour mieux nous attaquer. La Dieppoise fait feu pour nous soutenir, mais Le Regent prend de la vitesse.

Portzmoguer nous a réunis sur le pont. Il nous engage « à prendre la mort en gré », que l’issue du combat est trop incertaine et que les Anglais ont l’avantage et de la supériorité numérique et de la maniabilité des vaisseaux. Alors nous comprenons tous que nous devons nous préparer à la fatalité. L’escadre ennemie a mis en panne dans le goulet. Aucune retraite possible pour nous. La chaleur décline, la lumière du soir tombe. Le Regent et la Cordelière font route vers leur destin. Les marins et les invités attendent le choc, crispés aux lisses de pavois ou perchés dans les enfléchures. Les canonniers ont chargé leurs pièces, les boutefeux portent bras tendus les étoupes enflammées. Les épées et les dagues sont sorties de leurs baudriers. Tout le monde est prêt au combat. Archers et arbalétriers entrent en scène. 

Dessin d'Hervé Le Gall

Les grappins sont lancés, de même que les filets et filins. La Cordelière, éventrée, fait eau de toutes parts et les pompes ne peuvent évacuer ce trop plein d’eau. C’est maintenant une épave délabrée.

Tout à coup, le feu prend et s’active à bord. C’est Primauguet qui l’a allumé. Il ne veut pas que son navire finisse pillé et incendié comme son manoir, il y a un mois, par ses satanés Anglais. Le feu lèche les bois, bouts et voiles, gagne du terrain, se propage, atteint aussi bien les voiles, les gréements et aussi la sainte barbe et la soute où est entreposée la poudre. Je n’ai que le temps de sauter à l’eau lorsque la Cordelière s’ouvre comme un volcan. Elle incendie le Regent resté collé à ses flancs. Tout le monde hurle, crie, tente de se sauver. J’ai vu Primauguet sauter, mais sombrer dans les flots rougis, alourdi qu’il était par son armure. Les deux navires coulent de concert dans un gros bouillonnement de bois, voiles, corps déchiquetés. Les eaux se sont refermées sur eux deux, enlacés tels des amants maudits. Je suis bien aise que vous m’ayez secourue. Merci messieurs. »

Sur ces mots, Soizig, épuisée s’endort. Il lui semble entendre les voix des deux marins sauveteurs. Elle sourit dans son sommeil, elle n’est pas sourde.

Des semaines plus tard, Soizig, invitée par Louis XII fera ce même récit à une Anne de Bretagne inconsolable de la perte de son fidèle serviteur et de son navire amiral.



---==oooOooo==---

Servane FOURRE



Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler