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Des pages qui font aimer et respecter la mer.

LA  MER
EN
CONTES










  Le phare qui pleure
©.

Un conte de Klaus Schaefer-Pérez.



Le phare

   Le petit Loïc a pris l’habitude de monter seul le chemin qui mène au phare. Un lieu où il va retrouver son ami, le géant qui voit dans la nuit. L’enfant habite avec ses parents une maison blanche à quelques dizaines de mètres du littoral. La vieille bâtisse, qui porte les traces des morsures de l’Atlantique, se situe à l’entrée du village, perchée sur une presqu’île. Une maison humble mais chaleureuse qui respire bon l’air de la mer. Témoin d’une longue vie, elle accueille une famille de pêcheurs depuis plusieurs générations.

  Aujourd’hui, le cerbère maritime a perdu un peu de son âme humaniste. Comme chez beaucoup d’autres de ses semblables, on lui a greffé un automate. Le gardien a quitté son pied-à-terre depuis belle lurette. Et avec lui, c’est son métier qui disparaît.
Ce jour-là, Loïc revient de son habituelle escapade, essoufflé et bouleversé :
- Maman, tu sais, y’a quelqu’un qui pleure très fort là-haut !
La mère rassure son fils :
- C’est sûrement le vent qui gémit en se fracassant contre la lanterne du phare.
Loïc n’est pas convaincu :
- Pourquoi personne ne veut croire à mon histoire ? Je ne suis pourtant pas fou. J’ai bien entendu des pleurs. C’est peut-être que les grands doivent être sourds.

   Et durant les semaines et les mois qui suivent, il entendra encore souvent des sanglots désespérés autour du phare.
De retour chez lui, Loïc raconte une fois de plus avec insistance la même histoire. Cette fois, ses parents décident d’en avoir le cœur net. Avec quelques amis, ils se rendent sur place à la tombée de la nuit. L’enfant leur montre l’endroit d’où proviennent les pleurs. La réponse est un long silence, juste déchiré par les cris railleurs de quelques oiseaux marins. Chacun s’en revient finalement dans ses pénates.
"Non, je n’ai pas rêvé répète inlassablement le garçon dans sa tête, en se retournant dans son lit. Si seulement quelqu’un voulait croire à mon histoire."
   Le lendemain, le voilà reparti pour un autre rendez-vous. Du haut de sa tour, le colosse semble attendre son petit visiteur avec une infinie tendresse.
Et à nouveau, les pleurs éclatent avant de disparaître, un peu comme un surfeur flirtant sur une belle vague. Un drôle de sentiment finit par s’emparer de Loïc. Intrigué, il décide de rentrer à la maison après avoir lancé un dernier regard vers son ami le phare en lui chuchotant :
- Je reviendrai demain. Mais dis-moi, pourquoi ces pleurs ?
En route, il va faire une rencontre inattendue. C’est Gilles, un vieux pêcheur qui vit avec son terre-neuve dans une cabane près du port. Le vieillard l’interpelle :
- Il paraît que tu as entendu des choses bizarres du côté du phare. Si tu veux, on va y aller ensemble demain. Retrouve-moi sur place à la même heure.
Loïc n’hésite pas une seconde. "Peut-être que lui me donnera raison " se dit-il.
Toute la nuit, le garçon va chercher une explication à ce phénomène qui hante désormais son esprit.
   Et le lendemain, à l’heure où le ciel rougeoyant taquine l’écume de la marée, Loïc se dépêche d’aller à la rencontre de Gilles qui l’attend déjà au pied du majestueux centenaire, orgueil du patrimoine de ce pays.
Derrière sa barbe blanche hirsute et ses yeux bleus malicieux, le visage du vieux pêcheur s’illumine lorsqu’il s’adresse au jeune garçon :
- Je te crois. Les pleurs, moi aussi je les entends. Mais nous ne sommes vraisemblablement que deux à les percevoir. Alors, c’est un secret que nous partagerons. Il y a sans doute quelque part, un être plongé dans le chagrin ou la solitude qui cherche un ami.
Gilles prend le garçon par la main et le conduit au bord de la falaise d’où l’on domine les écueils cisaillés par tant de tempêtes :
- Tu vois, il suffit de regarder. C’est sublime. Ici, dans ce décor, les rêves volent dans les brises comme des goélands. Des rêves qui finissent toujours par se poser délicatement dans le nid de l’âme.
Immobile, Loïc laisse ses pensées s’évanouir dans les fonds marins. Avant que Gilles lui confie une histoire dont il est certainement le seul à se souvenir :
- Il y a très longtemps, une petite fille a disparu de l’orphelinat de la Charité. Elle a quitté le bâtiment durant la nuit et personne ne l’a jamais revue. On prétend qu’un pêcheur qui naviguait dans les parages a aperçu sa silhouette sur l’esplanade du phare. On a vainement recherché sa trace les jours suivants. Mais rien.
Ce récit laisse le garçon perplexe :
"Et si c’était la petite fille qui pleurait ?"
Gilles et Loïc regagnent maintenant leurs destinations respectives.
Au moment de se quitter, le vieux pêcheur glisse une dernière recommandation à l’enfant :
- Dans la vie, n’oublie jamais l’essentiel. Ne laisse jamais tomber dans la détresse quelqu’un qui implore ton aide.


   Et les années passèrent. Loïc est maintenant un jeune adulte. Sa vocation est déjà toute tracée. Il va suivre la voie de la mer, comme ses ancêtres depuis toujours.
Mais le temps qui s’égrène au rythme d’un torrent tumultueux n’a pas d’emprise sur la mémoire de l’enfant. Ainsi, la complicité entre lui et le vénérable phare demeure intacte comme au premier jour.
  C’est ainsi, qu’au retour de chaque journée de pêche intensive, Loïc accomplit rituellement le détour pour saluer son compagnon de toujours.
Pourtant, cette fois-ci, le destin du jeune homme va changer de cap. Les pleurs sont toujours les mêmes. Mais le fantôme en larmes s’est transformé en être humain. Loïc se trouve face à une vraie personne. Vêtue d’une robe blanche, avec sa longue chevelure ébène et son visage d’ange, la fille venue de nulle part ressemble à une princesse du pays des Mille et une nuits.

Une apparition près du phare

 Le garçon essaie de comprendre l’événement qui se déroule à l’instant:
"Je fantasme ou bien suis-je dans un monde soudainement irréel ?"
Après quelques hésitations, Loïc décide finalement de s’approcher de l’inconnue qui sanglote doucement. Soudainement, sa voix douce et pleine de tendresse se fait entendre :
- Il y a si longtemps que j’espérais cette rencontre.
Le face-à-face entre les deux personnes au pied du phare est un peu celui d’un marin qui retrouve sa bien-aimée après une longue, trop longue absence. Est-elle perdue ? Désespérée ? D’où vient-elle ? Pourquoi tous ces mystères ? Autant de questions qui s’entremêlent dans la tête de Loïc :
"C’est impossible. Ce n’est pourtant pas elle qui a versé tant de larmes depuis si longtemps."
La jeune femme saisit délicatement la main du jeune homme. Un geste qui lui fait instantanément ressentir une attirance irrésistible pour cette belle créature :
La nuit tombe.
- Viens, nous allons descendre jusque chez moi, dit Loïc.
Sur le parcours qui conduit au village, il se demande comment il va présenter cette fille à sa famille. Il y a tant d’interrogations qui entourent sa personnalité.
En voyant arriver son fils accompagné par une si charmante demoiselle, la mère se réfugie discrètement à la cuisine. "Pourtant, se dit-elle, mon fiston ne m’a jamais parlé d’une copine jusqu’à maintenant."
Après sa journée de labeur, le père vient de ranger ses bottes et son ciré. Le chef de la famille est tout aussi intrigué par cette visite impromptue.
- Voici Anne. Elle est pour moi comme une déesse de l’océan. Et j’en suis amoureux !
La déclaration de Loïc laisse ses parents sous le choc.
- Ne me demandez pas qui elle est ni d’où elle vient. Simplement, j’ai fait sa connaissance au phare. Et je crois que nous sommes faits l’un pour l’autre.
Il faudra un bon moment à la famille pour assimiler ces aveux extravagants.


  Un peu de temps a passé. Aujourd’hui Anne est parfaitement assimilée. Et personne dans son entourage ne lui posera de questions sur son passé. Un pacte accepté par tout le village. La seule réponse immuable : c’est une fille de la mer.
Ce jour-là, la mariée est plus belle que jamais. Dans la petite église, tout le monde est réuni autour du couple. En leur honneur, la population a ressorti les costumes traditionnels des armoires poussiéreuses. Jeunes et moins jeunes sont venus partager leur bonheur. Dans la travée étroite, au passage du cortège nuptial, Gilles, assis sur la banquette au premier rang, esquisse un sourire. Le marié lui répond par un clin d’œil complice. Puis, avant de s’avancer vers l’autel, Anne et Loïc déposent délicatement un ex-voto au pied de la statue de la Vierge. C’est l’image du phare, en bois, que Gilles a sculptée patiemment de ses mains. Ce petit chef-d’œuvre porte l’empreinte de quelques perles précieuses. D’authentiques larmes de joie.
   Bien sûr, la fête joyeuse se terminera en apothéose avec une parade de la flotte des chalutiers à quelque distance de la côte.

   Après tant d’allégresse, les nouveaux mariés se sont enfin accordé une parenthèse intime qui les a conduits là où le destin les a unis. Ensemble, ils ont pris pour témoin de leur promesse ce vieil ami, le géant qui voit dans la nuit.
Et pour souligner ces moments magiques, la pleine lune a étreint de sa lueur radieuse les embruns de l’océan. Une parfaite symphonie de lumières dédiée à une romance naissante. Avec pour maître de cérémonie, le phare dont les faisceaux cadencés balaient la scène de ce grand théâtre de la vie.

Klaus SHAEFER-PEREZ

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