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HISTOIRES
 DE
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dans le brouillard







Rapports de mer






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Les vaisseaux de pierre



Un malamok
peut en cacher un autre



L'aventure câblière
de Déolen
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Le naufrage de La Sémillante



Nouméa:
la vie sur les pontons




Cyclone
dans le lagon calédonien




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La Marie-Jeanne



Le guetteur de Molène



Des liens de varech



Il a neigé sur la ville d'Ys



Quand j'étais castor



La Pierre aux Femmes



Le naufrage effacé




Noël sur un bateau



Tempête en mer de Chine



Le gabier de La Saône



Vole, mon goéland !



Là-haut sur la mer



Les 8 vents de Majorque



Retour de pêche



Rencontre avec le Kurun



Rêveries arctiques



Les mers ne devraient pas mourir



La mascotte du Cévennes



Rêves de mousse



La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé




Demain, la mer...






Cette page qui est habituellement consultée environ 200 fois chaque mois
a été lue 842 fois pendant le mois de mars 2013, juste après le décès de l'auteur.
Merci à tous ces internautes anonymes qui ont voulu ainsi marquer leur attachement à notre ami Georges.


Rapports de mer

Un récit écrit par
Georges TANNEAU

d'après quelques rapports de mer et journaux anciens compulsés
aux Archives Départementales de Quimper.

Il fut un temps où Pont-l’Abbé pouvait être considéré comme un port de commerce très actif. Au 19ème siècle , goélettes, lougres, sloops, flambards, chasse-marée, bisquines et autres voiliers, y faisaient fréquemment escale, se disputant les services de ses chevaux du halage¹ et les 475 mètres de la cale Férec et du vieux quai Saint-Laurent².

Le quai St-Laurent à Pont-l'Abbé

Le quai St-Laurent à Pont-l'Abbé.


Ils y apportaient quantité de marchandises diverses, ardoises, vin, sel, charbon, résine, poteries et repartaient chargés de poissons salés, de céréales, de pommes de terre, de toile de lin et de poteaux de mine. Les jours d’affluence, ces magnifiques navires s’amarraient à couple les uns aux autres pour attendre leur tour. Pas de services réguliers ; les capitaines ou maîtres de barque pratiquaient la " cueillette ", on dirait de nos jours le " tramping " au cabotage, avec un rayon d’action qui les menait de la Méditerranée à la Mer du Nord ³.

Oui mais voilà ! :

"  Etre Penmarc’h ha Portugal

A zo mor don, a zo mor fall (…)

Entre Penmarc’h et le Portugal

Il y a mer profonde et mauvaise (…) "

...nous apprend une vieille chanson de marins, et ce ne sont pas des croisières de tout repos mais des traversées à vous arracher la peau des mains sur la toile, les ralingues et les drisses que nous racontent les rapports de mer de l’époque.

" E hei, e ho !

Poent deomp dont an dro !…

Ohé et ho !

Il est temps pour nous de revenir !… "

dit encore la chanson. Car durant ces traversées, il fallait souquer, étarquer, brasser, tout en fredonnant de rudes chansons qui se mêlaient aux rafales, accrochaient leurs plaintes aux agrès et couraient de poulie en point d’écoute, de bringueballe en chaîne de drosse… " E hei, e ho !.. "

Pour être à l’écoute du vent et de l’effort des hommes, à l’écoute de cette lutte incessante et impitoyable que dominait jusqu’à l’obsession le gémissement des bordés, il nous faut un moment imaginer embarquer avec nos vieux marins et aller avec eux, et suivant leur expression : "  Touez ar tarzhiou, pa ar gweriner à zrasked ! … ( Au cœur des vagues quand on entend craquer la mâture). "

Les rapports de mer déposés devant les tribunaux de commerce nous laissent un aperçu des manœuvres audacieuses qu’accomplissaient nos aïeux dans leur vie quotidienne; quand il n’hésitaient pas, par exemple, à franchir le raz de Sein de nuit, toutes voiles dehors sur une mer déchaînée. Aujourd'hui, on n'hésiterait pas à qualifier d’exploits ce qui était finalement considéré, en ce temps, comme de simples péripéties inhérentes au métier de marin.

Ainsi donc se présenta, le 30 décembre 1854, devant le juge de paix du canton de Pont-l’Abbé, le sieur Noël Jézégabel, natif de Penmarc’h et capitaine du lougre Adèle, jaugeant 24 tonneaux pour faire la déclaration suivante :

"  Je suis parti de Douarnenez avec un chargement de sardines pressées et d’huile de sardines, à destination de Nantes. J’ai quitté le port le 28 de ce mois, à 10 heures du matin, avec un vent de la partie nord-noroît, forte brise et mer grosse. A la nuit je me trouvais par le travers du Cap de la Chèvre, courant tribord amure, ayant deux ris à chaque voile. La mer grossissait et le navire fatiguait. Après avoir consulté mon équipage, je décidai qu’il fallait forcer de la toile pour le salut commun, afin de passer le raz de Sein durant la nuit. A 5 heures du matin, j’ai entendu mon grand mât craquer ; ma vergue de misaine a cassé et mon foc a été enlevé par morceaux. Le 29, je suis rentré au port de Kérity-Penmarc’h à 1 heure du soir…. "

Il fallait bien sûr être du pays et bien connaître son affaire pour pouvoir, comme le capitaine Jézégabel, zigzaguer parmi le dédale des " Etocs " (roches de la pointe de Penmarc’h) et rentrer par mauvais temps avec un lougre au mât cassé et aux voiles déchirées dans un port aussi dangereux que celui de Kérity.

caboteur à voiles

Caboteurs à voile par gros temps.

Le 26 novembre 1866, ce même Jézégabel connaîtra cependant une fin tragique. Le sloop Les Deux Frères, qu’il commandait alors, fut pris dans une furie de temps au moment de franchir le raz de Sein et, à sec de toile, malmené, désemparé, s’en vint heurter un écueil. Voyant son bateau s’enfoncer, le capitaine donna aussitôt l’ordre aux deux hommes d’équipage (un matelot et un mousse) de se jeter à l’eau afin de rejoindre quelques têtes de roches que la mer ne couvrait que partiellement et d’où ils pourraient attendre un éventuel secours. Ainsi fut fait, mais après avoir atteint à grand peine un refuge précaire, les trois marins constatèrent qu’au lieu de se faire totalement engloutir par les flots, leur bateau résistait toujours aux assauts des vagues et semblait même vouloir se redresser. L’espoir regagna alors le cœur des hommes : le navire pouvait encore être sauvé. Ils décidèrent, bien qu’épuisés et meurtris, de se remettre à l’eau et de regagner le sloop. Seul le mousse demeura sur les rochers, car le capitaine jugea qu’il était trop affaibli et trop jeune pour un pareil exploit.
Hélas ! Le sloop était trop endommagé et le mousse assista bientôt, impuissant, à la disparition du bateau et de ses compagnons .

Ce n’est que plusieurs jours après le naufrage, la tempête s’étant enfin apaisée, que le pauvre mousse, Pierre-Jean Lelgouach, à bout de force, put être sauvé et témoigner du drame. Il s’était nourri, pour survivre, de bernicles, de moules et de crabes crus et avait bu l’eau de pluie qui ruisselait sur ses cheveux et ses vêtements. D’après ses sauveteurs, plusieurs marins l’avaient déjà aperçu du large, accroché à la roche Gorlegreiz4, mais l’ayant pris pour un phoque ou un oiseau (mais alors un gros), ils ne s’étaient pas arrêtés…

Fort heureusement, tous les événements de mer n’étaient pas aussi dramatiques et, pour clore ce chapitre, en voici un qui donna peut-être du cœur à l’ouvrage à quelques braves :

Le 12 février 1861, le capitaine de la bisquine La Constance, immatriculé à Pont-l’Abbé et jaugeant 48 tonneaux, déclara sur son rapport de mer: "avoir appareillé de Dunkerque le 8 de ce mois, avec un chargement de divers à destination de Morlaix et de Lannion. Le 9 au soir, je fis sonder la cale et trouvai 25 centimètres d’eau. Cette situation m'inquiéta, je fis aussitôt actionner la pompe, mais après avoir goûté l’eau qui en sortait, je dus me rendre à l’évidence: il devait y avoir du coulage dans certains fûts de la cargaison, car cette eau avait une saveur très prononcée de " trois-six " (eau de vie à 85°) 5. "

"Durant le reste du voyage, la bisquine rencontra un vent contraire et une mer forte et houleuse. Elle roula et tangua de plus belle, tout en continuant à faire de l’eau dans sa cale. Et l’équipage pompa, pompa, pompa, sans arrêt, sans se plaindre,durant deux jours et deux nuits.

Et pour cause ! Ce que le capitaine n’osa pas écrire dans son rapport de mer, c’est qu’il ne manqua jamais de volontaires pour pomper le précieux liquide.

" E hei, e ho !… "


"Tous à la pompe!". Peinture sur toile de Henry Scott Tuke. 1889 (Tate Gallery).

La scène se passe sur le brick français "La Julie".


Georges Tanneau, août 1996.

1- Le chemin de halage qui longe la ria de Pont-l’Abbé a une longueur d’environ 3 km.

2-  Les premières pierres du quai St-Laurent ont été posées en 1385.

3- De la Norvège pour les importations, à l’Algérie pour les exportations.

4- Cet îlot rocheux se trouve à mi-chemin dans l’alignement de la Pointe du Raz et du phare de la Vieille.

5- Trois mesures de cet alcool ajoutées à trois mesures d'eau fournissaient six mesures d'alcool à boire.


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