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NOUVELLES
 2014
















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Rescapée ©.


Une nouvelle d'Estelle RIOU
Elève de 1ère au lycée Kerichen de Brest.

1er prix 2014, catégorie "Lycéens"
.

***


     Quelle tempête ! Du hublot de ma cabine, j'observe la mer se déchaîner, nous balader comme bon lui semble. Je suis comme hypnotisée par la violence que dégage ce vent, les bourrasques qui réussissent à faire trembler la coque de notre solide navire avec ses 500 cabines, 2 courts de tennis et 3 piscines. Je n'ose même pas imaginer l'état dans lequel la tempête les aura mises...

   Au hublot, ma visibilité est presque nulle, je ne vois que les vagues s'écraser dans des flots d'écume contre ce petit bout de verre en me demandant comment quelque chose d'aussi petit peut bien résister à une force pareille. Mais j'imagine le paquebot en pleine tempête, penchant de tous côtés, suivant les mouvements que la mer lui ordonne, submergé par des vagues de plusieurs mètres de haut... Ce que je n'arrive pas à m'imaginer cependant, trop captivée par cette puissance des éléments pour réellement m'inquiéter, c'est le récif sur lequel la houle peut pousser le navire, l'écrasant d'un coup contre ces rochers qui lui arrachent le flanc et l'ouvrent en deux, laissant l'eau s'engouffrer dans les moindres cabines. Pourtant ces rochers étaient bien présents ce soir là...

***

    Quand je me réveille, une drôle de sensation me parcourt. Je ne suis pas chez moi. Je ne sens pas mon corps reposer sur mon matelas, roulé en boule sous la couette. Je ne suis pas à l'aise, je n'arrive pas à ouvrir les yeux et j'ai du mal à respirer. Soudain, je sens quelque chose me survoler et me frôler. J'ouvre immédiatement les yeux et aperçois quelque chose briller devant moi. Je referme aussitôt les yeux, aveuglée par cet excès de lumière. J'entends alors une voix, ou plutôt un son qui me parvient comme étouffé, comme s'il n'arrivait pas à m'atteindre. Je sens quelque chose me toucher l'épaule, et j'entreprends de me libérer de cette sorte d'étreinte mais mon corps ne me répond pas comme d'habitude, comme s'il ne voulait pas se déplacer à la même vitesse. Je ressens une vive douleur à la tête mais ma main peine à l'atteindre, prise dans le même étau que mon corps, qui l'oblige à se mouvoir au ralenti. Lorsque mes doigts atteignent enfin mon front, je remarque une énorme bosse à l'endroit où j'ai mal.

   Lorsque j'ouvre enfin les yeux, je crois être plongée dans un rêve. Je suis entourée d'eau. Je me trouve dans une sorte de chambre d'hôpital. Je suis allongée sur un lit auquel je suis attachée par la taille. La pièce, toute simple, est éclairée par une petite lampe au plafond, le sol est blanc, comme le mur, qui est constellé de hublots. Mon premier réflexe est de me lever aussi vite que je peux pour courir voir ''dehors''. La sangle qui me retient attachée au lit m'en empêche. Je n'avais pas remarqué la femme assise à côté de moi, sûrement celle dont j'ai essayé d'enlever la main de mon épaule plus tôt. Elle pose sa main sur la mienne d'un geste apaisant, et me parle. De petites bulles sortent de sa bouche mais le même son que tout à l'heure me parvient, étouffé par l'eau qui nous entoure. A mon expression plus qu'étonnée, elle doit comprendre que je ne la comprends pas et son visage s'éclaire comme si elle se rendait compte qu'elle avait oublié quelque chose d'essentiel. Elle me tend deux petites choses semblables à des écouteurs sans fil et me fait signe de me les glisser dans les oreilles. Dès que ces petites choses sont en place, sa voix me paraît nette et envoûtante.

« Comment te sens-tu ? Me demande-t-elle.

- Où suis-je ? Qu'est ce qui m'est arrivé ? Ma voix me semble étrange, nasillarde. Je me rends alors compte que j'ai une sorte d'appareil autour du nez, s'enfonçant dans mes narines. Et qu'est ce que c'est que ça ?

- Cet appareil te permet de respirer normalement. Tu ne te souviens vraiment de rien ? »

   Je regarde autour de moi, perdue. Lorsque mon regard se pose sur les hublots, le souvenir de la tempête s'empare de moi. Je me vois, admirant la tempête au dehors sans imaginer un seul instant l'issue tragique de la soirée. J'entends les cris, je me revois être projetée contre un mur de la cabine, tout le monde courir dans tous les sens, dans le noir, l'eau monter...

« La tempête... je commence, mais ma voix reste coincée dans ma gorge, incapable de sortir.

- Tu as eu beaucoup de chance que nous t'ayons retrouvée. Tu es la seule que nous avons pu sauver de ce naufrage, m'annonce-t-elle tristement. »

   Naufrage... Seule qui a pu être sauvée... Ces mots résonnent dans ma tête, créant un bourdonnement assourdissant, tandis que ma gorge se noue et que mes yeux se remplissent de larmes. Je retombe aussi lourdement que je peux sur le lit et éclate en longs sanglots. Je ne me rends même pas compte que la femme qui était près de moi quitte la pièce, ni comment elle la quitte...

   Quand je me réveille d'un sommeil lourd et sans rêve, les murs blancs n'ont pas disparu et je suis toujours entourée d'eau : ce que j'aurais aimé pouvoir considérer comme un cauchemar s'avère être la réalité et je repars dans une autre crise de larmes. Je me rendors et s'ensuit une longue période où alternent sommeil et pleurs, jusqu'à ce que je me réveille, les yeux complètement secs d'avoir trop pleuré. Je me ressaisis et tente de comprendre où je me trouve et comment j'y suis arrivée. Ce qui est sûr, c'est que je suis sous l'eau. La lenteur de mes déplacements et l'appareil qui me permet de respirer en témoignent. Cependant je ne garde pas le souvenir que l'autre femme possédait ce même appareil...

   C'est à ce moment-là que celle-ci fait son apparition dans la pièce et le souffle me manque. Bien sûr, elle entre en nageant, ce n'est pas ce qui me choque. Ce qui me choque c'est la façon dont elle nage. Elle se sert de la longue nageoire qui lui fait office de jambes pour se propulser ! Elle me dit de me calmer, qu'elle va tout m'expliquer. Elle me détache de mon lit, me prend par la main et m'entraîne en dehors de la chambre.

   Le monde que je découvre paraît être tout droit sorti de l'imagination d'un romancier. Une vraie ville s'agite sous mes yeux ! Sauf que celle-ci est sous-marine et que ses habitants possèdent tous une longue et élégante nageoire. Les poissons et autres magnifiques créatures sous-marines participent aussi à la magie du lieu, y ajoutant des touches colorées mouvantes entre les coraux. Les bâtiments sont tous construits à même la roche, comme autant de petites maisons troglodytes, s'étendant le long d'une énorme crevasse qui tient en quelque sorte lieu d'avenue principale. Ce long couloir semble ne jamais finir, autant en hauteur qu'en longueur. Des nombreuses fenêtres sortent des rayons de lumière qui viennent se refléter dans les écailles des poissons ou des sirènes, contribuant à la magie de ce lieu. De multiples grottes et passages agrémentent cette longue crevasse, donnant l'impression d'une ville immense, pleine de recoins secrets que l'on n'aura jamais le temps de tout découvrir... C'est réellement la plus belle chose que j'aie jamais vue.
   Me voyant bouche bée devant ce spectacle grandiose, celle qui m'accompagne m'explique enfin la raison de ma présence ici :

« Tous ceux que tu vois ici sont comme toi, des naufragés. Certains ont perdu leur famille, d'autres ne voyaient tout simplement aucune raison de retourner à leur vie d'avant. Nous avons construit cette ville pour accueillir ceux que nous pouvons sauver, comme toi, et leur donner une nouvelle chance et une nouvelle vie.

- Donc si je comprends, bien tous ces gens étaient ''normaux'' avant ?

- Oui et ils ont fait le choix de rester parmi nous ici. Choix que tu es aussi maintenant libre de prendre. Tu peux rester ici avec nous pour le restant de tes jours et devenir l'une des nôtres ou bien choisir de retourner à la surface.

- Vous voulez dire que je peux devenir une sirène ?

- Nous n'aimons pas trop ce mot, trop superficiel et enfantin à notre goût, mais oui, si tu veux c'est ça ! Nous pouvons également te renvoyer à la surface si tu le désires mais...

- Personne ne m'attend là bas, c'est ça ?

- J'ai bien peur que non... »

Je n'ai pas eu besoin de réfléchir très longtemps pour prendre ma décision et rejoindre ces sirènes et ce nouvel univers, plus beau et idyllique que dans n'importe quel conte de fée. Je devins donc comme les autres une vraie sirène, comme celles des histoires que l'on nous raconte quand on est enfant et ma nouvelle vie dans ce nouvel univers commença. Je ne me suis jamais lassée de la beauté de ce lieu, de la magie qu'il dégage, ainsi que de sa sérénité.

 
Estelle  RIOU  


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