J
Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.



HISTOIRES
 DE
MER




Histoires du large


Cadeau d'anniversaire


Un bananier chargé
de ferraille



Partie de cache-cache
dans le brouillard



Rapports de mer


La sardine


Les vaisseaux de pierre


Un malamok
peut en cacher un autre


L'aventure câblière
de Déolen
en Locmaria-Plouzané



Le naufrage de La Sémillante


Nouméa:
la vie sur les pontons



Cyclone
dans le lagon calédonien



La Marie-Jeanne


Le guetteur de Molène


Des liens de varech


Il a neigé sur la ville d'Ys


La Pierre aux Femmes


Quand j'étais castor


Le naufrage effacé


Tempête en mer de Chine


Le gabier de la Saône


Vole, mon goéland


Là-haut sur la mer


Les 8 vents de Majorque


Retour de pêche


Rencontre avec le Kurun


Rêveries arctiques


Les mers ne devraient pas mourir


La mascotte du Cévennes


Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...




Rêveries arctiques

Le kayak d'Angmassalik©

Un récit de Michel WALLER


Dans les mers arctiques
                     
   " La mer en livres ", voilà un titre qui retient l'attention. Mais au fait, est-ce le livre qui mène à la mer ou la mer qui mène au livre ? Les deux options se vérifient: ce sont les livres qui m'ont amené à une carrière de navigant, certes courte, mais qui m'a profondément marqué. Je me sens toujours solidaire des marins professionnels.
   Pour d'autres, comme l'ami Georges Tanneau, c'est la mer, le métier vécu, qui lui ont donné le goût d'écrire pour partager cette expérience avec ses confrères ou tous autres lecteurs.
   Dans ses écrits, je retrouve ma vie passée de navigant avec une acuité et une justesse qui me parlent et m'émeuvent plus que n'importe quel roman ou récit maritime, aussi réalistes et authentiques soient-ils. Mais il est aussi des livres de mer qui éveillent très tôt un intérêt définitif pour un sujet particulier. Celui-ci devient dès lors un thème de recherche permanent, inépuisable et passionnant.       Dans ma bibliothèque, j'ai un petit livre offert pour le Noël de mes dix ans : "Charcot et les expéditions polaires"  de Henri Kubnick, éditions Mame, 1938. J'y ai découvert l'Arctique, ses habitants premiers, ses hardis explorateurs, ethnographes et scientifiques. L'intérêt pour ce monde hostile et superbe ainsi que pour les peuples qui y vivent ne m'a jamais quitté. J'ai accumulé livres et documents traitant de ce sujet, constituant une documentation exhaustive et régulièrement consultée. J'ai lu et relis encore toutes les relations de voyages, de séjours et d'expéditions; parmi tous les témoins de cette épopée, ma préférence va à la personnalité  exceptionnelle de Paul Emile Victor. Ses talents universels d'ethnologue, dessinateur, écrivain, brillant organisateur, pédagogue, en font un grand humaniste/aventurier des temps modernes, qui a profondément inspiré tous ses successeurs et suscité de nombreuses initiatives collectives de  défense et sauvegarde de l'humanité et de son environnement.
   Je ne suis jamais allé dans l'Arctique et n'y irai jamais; la situation actuelle des peuples du froid, irrémédiablement dégradée culturellement et socialement, ne peut susciter que regret et pitié. J'ai trop rêvé et imaginé leur vie originelle pour me joindre aux cohortes de touristes qui vont à la rencontre d'une civilisation quasi-défunte dont la plupart des membres s'accommodent des apports de la modernité avec passivité et un fatalisme parfois suicidaire. L'Arctique a été mon plus beau voyage immobile, varié, complet et riche d'imaginaire ! 
   En réalité, je ne suis monté que jusqu'au 62 degré Nord, dans le fjord de Trondheim, pour naviguer avec mon kayak, au cours d'un voyage itinérant en Scandinavie.

   Le kayak de mer, merveilleux outil de découverte, est directement inspiré des embarcations des peuples arctiques vivant en bord de mer: outil indispensable de survie alimentaire pour la chasse des mammifères marins, son invention remonterait à 3000 ou 4000 ans. Du détroit de Béring au sud du Groënland, les caractéristiques de ces embarcations varient selon les conditions géographiques et climatiques locales et les types de chasses pratiquées. Dans ses très abondantes notes ethnographiques Paul Emile Victor fait une description très détaillée du kayak d'Angmassalik: sa construction collective, la pratique de la navigation et de la chasse. P.E.V. a passé l'hiver 1934/1935 dans cette baie du sud-est du Groënland, vivant en totale intégration avec les familles inuit locales. Ce kayak est un des modèles les plus achevés et les plus perfectionnés qui soient.
   On reste émerveillé devant  l'ingéniosité de sa conception qui en fait un engin parfaitement adapté à sa fonction, réalisé avec les matériaux disponibles avant l'arrivée des "blancs": bois de flottage échoués sur la côte, peaux de phoque étanchées à la graisse animale, os et ivoire, coutures et ligatures avec des  tendons et des lanières de cuir ...

Le kayak d'Angmassalik
   En liaison avec mes lectures, j'ai passé beaucoup d'heures au Musée de l'Homme,  prenant croquis devant tous les objets exposés à la section Arctique, dont un kayak entier, mais aussi à la bibliothèque du  musée, consultant les notes et descriptions de P.E.V. et de ses compagnons. C'est ainsi que m'est venue l'idée de construire une maquette de ce kayak. Mais pour bien saisir et apprécier tous les détails de structure et de montage j'ai considéré qu'il était indispensable de respecter autant que possible la nature des matériaux employés ainsi que leur assemblage. Je trace donc le plan: une maquette au 1/5, soit 1,16 m (pour 5,80 m) et réunis le matériel nécessaire.

Maquette du kayak arctique

   Pour le bois, pas de problème, j'ai entre autres documents, un livre très technique sur les kayaks, écrit par le Groënlandais Petersen; il énumère et décrit les bois utilisés, essentiellement identifiés comme de flottage, originaires des forêts canadiennes. J'ai un abondant stock d'essences diverses de mes travaux antérieurs, dont la variété fera l'affaire. Ensuite, improvisation et imagination, et voilà un inventaire aussi exhaustif qu'imprévu:
   Mon boucher me donne un fémur de bœuf, je trouve un pommeau de canne en ivoire, les touches blanches d'un  ancien piano en ruine, une amie me cède un bracelet articulé en ivoire, j'ai une ramure de renne rapportée de Norvège, chez un antiquaire j'achète au rabais deux anciens éventails, les toiles sont pourries mais une bonne moitié des rayons d'ivoire est intacte. Je me souviens d'un vieux tonton grand chasseur dont la fille me donne une boîte de défenses de sangliers, matériaux très durs, et superbes au polissage, idéales pour armes et harpons, et des bois de chevreuil. Je récupère sur un objet religieux des bandes de nacre très fines et flexibles, idéales pour les motifs de placage décoratif et les pièces ployées.
   Je peux commencer la découpe, le montage et les ligatures de la structure de coque, sans chantier, "en l'air et à l'œil", quasiment sans instrument de mesure.
Détail du kayak arctique    L'ensemble achevé m'apparaît si techniquement esthétique qu'il serait dommage de le recouvrir de peau. Je réalise donc une deuxième structure pour l'habiller, mais quelle matière utiliser pour simuler les peaux de phoques assemblées ?
   Après une pause de recherche et de réflexion je me rends au Faubourg Saint-Antoine pour consulter un gainier d'art. (ces artisans qui garnissent de cuirs travaillés les dessus de bureaux, tables et guéridons, bibliothèques, etc..). Cet artiste passionné et enthousiaste adhère et réfléchit à mon problème. Il me donne la solution: une fine peau d'agneau, entière, souple, bistre, légèrement élastique,  avec les conseils d'utilisation et de collage. Ce matériau s'avère excellent et facile à travailler pour la pose en tension.
   Pour le teinter et lui donner l'aspect plus brut de peau de phoque, j'essaye plusieurs savants mélanges de solvant, peinture et huile d'olive sur des échantillons. Le résultat final est très satisfaisant, tout en nuances de couleur fauve, avec un  bon rendu du grain du cuir. Le pont du kayak est garni de très fins lacets ronds de cuir équipés de boules et cavaliers d'ivoire assurant la tension nécessaire pour amarrer toute la panoplie embarquée du chasseur.
   Des décorations à significations votives sont rajoutées sur le tambour de ligne de harpon. Pour le confort du chasseur j'ajoute une fine fourrure blanche  de chevreau pour figurer la peau d'ours qui garnissait habituellement le siège.

   Ensuite, avec le bric à brac précédemment cité, os, ivoire, corne, lames d'acier et divers, et à l'aide d'un outillage varié mais surtout à base de matériel de prothésiste dentaire, je réalise, selon les croquis relevés au Musée de l'Homme et la documentation de ma bibliothèque arctique, tous les outils, accessoires et armes: différentes pagaies étroites typiques, des outils, scies, couteaux, perceuses à  arc, haches et marteaux, couteaux de femme dits "ulus" pour le travail de la viande et des peaux,  etc...
   Ensuite je passe aux armes, des merveilles de technologie et d'efficacité cynégétique: harpons avec leur propulseur dit "norsaq", pour phoques, morses, oiseaux, saumons, une lance à ours, des couteaux et stylets, un arc pour chasse à terre...
Détails de la maquette de kayak arctique
Les armes du chasseur arctique
Fusil de chasseur arctique    Vers la fin du 19eme siècle les inuit ont adopté le fusil qui n'a néanmoins pas remplacé totalement les  armes de jet traditionnelles. J'en fais un ancien, à chien, genre "trappeur", et un moderne Mauser monté sur son petit traîneau de camouflage utilisé pour la chasse à pied sur la glace. Je compléterai ultérieurement chaque fois que je découvrirai des éléments nouveaux: couteaux divers, herminettes, gants à deux pouces réversibles...
   L'ensemble a été mis sous vitrine pour éviter la poussière et les mains indiscrètes.


   J'ai pris énormément d'intérêt et de plaisir à l'étude et la réalisation de ce kayak. La puissance d'évocation au cours du travail de reconstitution est inégalable. Elle permet de découvrir  et d'admirer avec quelle ingéniosité l'ensemble était conçu et réalisé, avec des moyens très rudimentaires.
   Toutefois malgré leurs qualités, leur efficacité, et l'habileté des chasseurs inuit, ces embarcations restaient des moyens de survie terriblement précaires, conçues pour des chasses toujours dangereuses dans un environnement extrêmement hostile et souvent imprévisible.

Rêveries arctiques

 


Michel WALLER



Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler