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NOUVELLES
 2013











L'abbé du diable




La Confiance



J'veux pas vous parler



La vengeance à tout prix



Une histoire de vieux loup de mer

 


Camarade



Pirat' Attak



Les voiles de la liberté



Barbarus, un pirate de légende



Coco-Rhum



La Rose Sanglante



La Buse



Mutinerie !



Manon la pépite



Naufragés

La Rose Sanglante
.©

Une nouvelle de Mathilde MERRIEN
classe de 5e à Daoulas
2e prix, catégorie "Collégiens 5e - 6e"

***

 
   Seul. Je comptais les jours qui se succédaient et sentais ma fin approcher.... J'étais enfermé dans la cale depuis maintenant près de six jours. Affamé, à bout de force je perdais l'espoir de revoir un jour la lueur du soleil. On m'avait capturé une semaine auparavant dans le petit port de Saat Penuh Kesusahaan où le roi de l'île, Serakah Kepala, m'avait surpris en train de voler dans les coffres de ses bateaux. Je ne suis pas un voleur. J'avais besoin d'argent pour survivre voilà tout.. Mon père est décédé de la malaria voilà trois ans. Il était tout pour moi , ma seule famille , mon seul ami.

   Serakha Kepala me traîna de force, à l'aide de plusieurs hommes de main, dans la cale de son bateau amiral. A fond de cale étaient entreposés de nombreux coffres et à mon grand désespoir, il y avait un cachot muni de barreaux. Avant de m'y enfermer, le roi me dit: 

«Voilà ce qui me différencie des gens de ta caste,vous n'êtes que des voleurs et ne posséderez jamais autant de biens que moi !»

Joignant le geste à la parole il engloba la cale et tous ces coffres d'un geste de la main. Il me cracha au visage puis me saisissant par le col de ma tunique, il me jeta dans la geôle. Je tombai au sol avec un cri de douleur : mon épaule gauche était démise ! Sur ce, le tyran m'enferma à double tour puis partit. Roulé en boule sur le sol crasseux, je pleurais dans le noir.

   Cela faisait donc six jours, que le bateau avait largué les amarres, six jours que j'agonisais dans cette oubliette... Jusqu'ici j'avais survécu grâce à une fissure du bois d'où suintait une eau verdâtre , je m'étais nourri de quelques rats qui s'étaient un peu trop approchés de moi... Mais je n'avais plus la force de continuer, ma fatigue gagnait du terrain sur mon instinct de survie. «Quatorze ans , je suis trop jeune pour mourir..» pensais-je. Mais il faut garder à l'esprit: qu'on est toujours trop jeune pour mourir. Alors que je croyais ma dernière heure venue, j'entendis des bruits de course sur le pont, ce n'était pas normal, quelque chose était en train de se passer... J'entendis des bruits d'explosion, l'odeur de la poudre parvint à mes narines. Bientôt celle-ci fit place à l'odeur de bois brûlé, de la fumée arriva jusqu'à moi me piquant les yeux, me faisant tousser, brûlant ma gorge. Je suffoquais.

  Tout à coup je ressentis une violente secousse à bâbord... Aucun doute : nous nous faisions aborder par des pirates. Dans ces circonstances j'aurais dû être terrifié, mais maintenant que je m'étais préparé à mourir, un abordage ne me faisait pas peur ! J'entendis comme des chocs sur le pont du bateau, les pirates étaient désormais à bord de notre navire. Bientôt les cris laissèrent place à des bruits de sabre s’entrechoquant, d'autres hurlements, mais pas des cris de combat plutôt des cris de douleur. Ceux-ci étaient déchirants, ils vous glaçaient le sang... 

   Après de longues minutes de combat, plus un bruit. Un des deux équipages devait avoir pris le dessus sur l'autre et avoir fait prisonniers les survivants. Que l'un ou l'autre équipage gagne m'était bien égal, ils me laisseraient croupir dans ma cellule jusqu'à ma mort. J'entendis des pas sur le pont au-dessus de moi, bientôt la trappe menant à la cale où j'étais enfermé s'ouvrit, une femme sauta par le trou et atterrit avec agilité sur le plancher de bois humide. Quelle femme ! Belle, majestueuse, l'aura qui émanait de sa personne était impressionnant. Sa peau laiteuse semblait de nacre, ses longs cheveux ébène se nouaient en une longue tresse lui descendant jusqu'à la taille. Sur le haut de sa tête trônait un tricorne, coiffe signifiant qu'elle était capitaine d'un bateau, ce qui se confirmerait par la suite. Vêtue d'une redingote noire et d'une chemise de voile blanche bien ajustée ainsi que d'un baudrier écarlate, elle portait à la taille une rose du même rouge que celui de sa ceinture. Son attitude masculine mais néanmoins raffinée était superbe.

  D'une voix autoritaire elle appela un de ses marins:

«Korg !».

Sa voix enchanteresse qui dégageait une autorité extraordinaire me fit frémir. Un homme rustre et imposant accourut:

«Capitaine ? »

Sa voix pourtant bourrue et grave était moins impressionnante que celle de son commandant.

- « Organise le "transport" des coffres, moi j'ai vu qu'un gosse était enfermé dans le cachot, je vais le sortir de là, il a l'air mal en point...».

Toutes les têtes des membres de l'équipage convergèrent vers moi. Visiblement, personne ne m'avait remarqué, personne sauf elle.

Korg cria des ordres aux marins, chacun courut accomplir la tâche que l'on venait de lui attribuer. La jeune femme, quant à elle, s'avança vers moi et se hâta d'ouvrir la porte de barreaux. Une fois celle-ci ouverte, elle entra dans la geôle, s'approcha de moi, me redressa et tout en me relevant la tête me dit:

«T'as mauvaise mine mon bonhomme !»

J'eus juste le temps de lui répondre faiblement:

« Le roi... un couteau...dans sa manche ...» 

La stupéfaction se peignit sur son visage; elle resta immobile pendant un instant puis se leva d'un bond. A peine eut-elle ouvert la bouche que le roi et son équipage descendaient par la trappe. J'avais eu raison de m'inquiéter, le capitaine des pirates avait dû attacher l'équipage au mât de misaine, mais grâce à son couteau le roi s'en était vite défait !

Malheur ! Moi qui croyais être enfin sorti d'affaire ! Tout le monde dans la pièce se figea, pas un bruit, pas un mot. Puis tout à coup, les deux troupes se firent face. Sans que je m'en rende compte, le capitaine avait rejoint ses hommes. Le roi commença par demander sur la défensive : 

«Qui êtes vous?»

D'une voix assurée la jeune femme répondit:

«Je crois en effet avoir omis de faire les présentations. Eh bien mon cher monsieur, on m'appelle la "Rose Sanglante", capitaine du  Dark Kiss  !

Serakah Kepala, d'un rire sarcastique, lui dit:

«Une femme pirate ! On aura tout vu ! Vous n'êtes pas digne de m'adresser la parole !»

Et comme il l'avait fait précédemment, il cracha, non pas à son visage, mais à ses pieds. Quelle inconscience ! Cette marque de mépris eut l'effet d'une gifle sur la Rose Sanglante ! La colère envahit le visage de la femme pirate et d'une voix tonitruante elle hurla:

«A l'attaque»!!!

   A ces mots, les pirates se jetèrent sur l'armée du roi. Les sabres s'entrechoquaient dans des éclairs métalliques. Je n'aurais pas pu imaginer les lourds pirates aussi agiles, bondissant comme des chats autour de leurs ennemis. Ils leurs assénèrent bon nombre de coups qui les blessèrent, certains furent même fatals et dans d'horribles cris de douleur déchirant les tympans, les corps s' affalaient sur le sol. Le message était clair: Pas de quartier ! Le sang coulait et formait des mares poisseuses sur les planches poussiéreuses. Des malheureux transpercés par des balles restaient debout, le visage blême et dans un dernier frisson s'affaissaient. Ce fut un véritable carnage. Une balle ricocha sur un des barreaux de ma prison je l'avais échappé belle ! Je retenais ma respiration, j'étais terrorisé, mais j'espérais vraiment que cette femme, La Rose Sanglante remporterait la bataille. Cela faisait des années que personne n'avait eu pour moi le moindre geste de gentillesse ou de sollicitude.

  Mon cœur cessa de battre, la Rose Sanglante était prise dans un combat acharné avec Serakah Kepala , leurs sabres s'entrechoquaient. Rapide comme une panthère elle enchaînait les coups et les feintes sans réussir à percer la défense de son adversaire. Le roi, lui, se mouvait aisément dans sa tunique, arrêtant les coups de La Rose Sanglante, esquivant mais sans réussir lui non plus à la blesser. Certains de ses hommes voulurent l'aider mais il refusa: «C'est entre elle et moi !»

  Tout à coup Serakah Kepala changea de tactique. D'une poche de sa tunique il sortit un mousquet, il pointa l'arme sur le capitaine:

«Posez votre sabre à terre ou je tire!»

   Les membres d'équipage de la femme pirate, trop occupés par leur propre combat, ne remarquèrent pas la mauvaise passe de son capitaine. La Rose Sanglante se résigna et posa son sabre à terre. Le roi, du bout de son propre sabre, traça une fine ligne sanguinolente sur la joue de sa prisonnière.

«Pitoyable...» dit-il.

   Celle-ci gardait le visage fier, de marbre, ne laissant paraître aucune émotion. Le tyran pointa son arme sur la tête de La Rose Sanglante. Je réfléchis à toute vitesse, un cadavre se tenait devant ma cellule, dans sa main il tenait toujours son mousquet. Priant pour que celui-ci soit chargé, je tendis le bras à travers les barreaux de la porte que la Rose Sanglante avait refermée pour ma sécurité, et tentai tant bien que mal de desserrer les doigts rigides. J'arrivai enfin à extirper le mousquet, je le saisis dans ma main droite. Malgré les barreaux, ma cible était dans ma ligne de tir; je pressai la détente... 

   J'eus l'impression que la scène se déroulait au ralenti alors que le projectile quittait le canon de l'arme, et que l'air se mouvait étrangement sur le passage de la balle. Une fraction de seconde plus tard, le projectile vint se ficher en plein cœur du roi. Son visage se raidit et il s'effondra sur le sol. La Rose Sanglante accourut auprès de moi. Epuisé, à bout de force, je m'effondrai. Son visage fut la dernière chose que je vis et j'entendis de très loin :

«Une vie pour une vie, je t'embarque à mon bord.»

  Je m'éveillai dans un lit propre et sec, j'ouvris les yeux, il faisait jour. Mon torse ainsi que mon bras gauche en écharpe étaient couverts de bandages. Je relevai la tête, elle était là dans sa cabine de capitaine, assise à une table couverte de cartes maritimes. Par la fenêtre s'étendait à perte de vue l'océan, si mystérieux et fascinant...

Je demandai :

«Où sommes nous ?»

La Rose Sanglante releva la tête: 

«Ah tu t'es réveillé Berani Sun , nous sommes à bord de mon bateau le Dark Kiss , dans ma cabine , au milieu de l'océan Indien !» me répondit ma sauveuse tout en me souriant. «Si tu n'as pas trop mal lève-toi j'ai quelque chose à te montrer !» 

Elle était impatiente et excitée à l'idée de m'exposer sa trouvaille. A ces mots je m’exécutai. Je la suivis donc jusqu'à une petite table près de la fenêtre sur la quelle était posée une feuille de parchemin vierge, de la taille d'une carte. D'une poche de sa redingote elle sortit une petite sphère de verre.

«As-tu idée de ce que c'est ?» me questionna La Rose Sanglante.

Je regardai le petit objet sphérique de plus près avant de m'exclamer:

«Mais c'est l’œil de verre de Kehilangan Mata, le quartier maître de Serakha Kepala !»

La jeune femme hocha la tête: «Exactement ! Il est mort durant le premier combat sur le pont....»

(Cela ne m'étonnait pas, c'était un petit homme trapu avec une jambe de bois et un œil de verre)

«...Après t'avoir emmené ici, je suis retournée sur le bateau amiral du roi, je me doutais que c'était ce vieux Kehilangan Mata qui devait garder ce que j'étais venue chercher; Serakah Kepala n'aurait jamais pris le risque de le garder sur lui...»

«Excusez-moi, mais qu'étiez-vous venue chercher sur ce bateau ?» l'interrompis-je. «Excellente question, eh bien regarde donc...».

La-dessus elle prit l’œil de verre ayant appartenu au quartier maître, le tint devant la fenêtre au-dessus du parchemin vierge... Époustouflant, voici le premier mot qui me vint à l'esprit pour décrire ce qui se passa: La lumière passa à travers l’œil de verre, celui-ci projeta une carte sur le parchemin! On pouvait nettement discerner les côtes d'un pays inconnu, de petites îles ou bien encore des criques mystérieuse. Les mots inscrits étaient: Pantai Jurang, Kepulauan Dari Seratus Keajaiban, Sungai Jiwa...Toutes ces destinations exotiques étaient intrigantes, mais le détail qui retint le plus notre attention était cette petite croix sur un îlot perdu au beau milieu de je ne sais quelle mer. Sur cet îlot était inscrit le mot "harta" qui, je le savais déjà, devait signifier trésor...

L'aventure ne faisait que commencer pour nous deux...


Traduction des mots en indonésien

-Serakha Kepala : Chef cupide

- Saat Penuh Kesusahaan : Jours obscurs

- Berani Sun : Brave soleil

- Kehilangan Mata : Œil perdu

-Pantai Jurang : côtes des abîmes

-Kepulauan Dari Seratus Keajaiban : îles aux cent merveilles

-Sungai Jiwa : crique aux âmes

-Harta : trésor



Mathilde MERRIEN


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