Retour à l'accueil Un plan pour aller directemnt sur une page Le salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos précédents salons Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poésies pour faire voguer nos rêves Des contes maritimes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Notre concours de nouvelles et les textes sélectionnés
Les Grands Marins du monde La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler
Des pages qui font aimer et respecter la mer.



HISTOIRES
 DE
MER




Histoires du large



Cadeau d'anniversaire



Un bananier chargé
de ferraille




Partie de cache-cache
dans le brouillard




Rapports de mer



La sardine



Les vaisseaux de pierre



Un malamok
peut en cacher un autre



L'aventure câblière
de Déolen
en Locmaria-Plouzané




Le naufrage de La Sémillante



Nouméa:
la vie sur les pontons




Cyclone
dans le lagon calédonien




La Marie-Jeanne



Le guetteur de Molène



Des liens de varech



Il a neigé sur la ville d'Ys



La Pierre aux Femmes



Quand j'étais castor



Le naufrage effacé



Noël sur un bateau



Tempête en mer de Chine



Le gabier de La Saône



Vole, mon goéland !



Là-haut sur la mer



Les 8 vents de Majorque



Retour de pêche



Rencontre avec le Kurun



Rêveries arctiques



Les mers ne devraient pas mourir



La mascotte du Cévennes



Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...



Tempête en mer de Chine ©

Un récit de mer de Georges TANNEAU




La mer de Chine

    Le jeudi 1er septembre, nous avions quitté le port de Dairen1 aux alentours de 16 heures pour descendre vers le sud-ouest, en passant devant Port-Arthur2, pour nous engager vers 18 heures dans le chenal de Liau Ti Shan qui s'ouvre à l'ouest sur le bassin de la mer Jaune occidentale auquel les cartes de marine donnent encore le nom de "Pohai" ou "Pe-Tchi-Li". Notre destination était Hsinkang, le port de  Tien-Sin et de Pékin.
En Mandchourie et dans la province du Hebei, ces contrées du nord de la Chine, les températures entre les saisons sont nettement plus contrastées que dans nos régions. Ici, sur l'ensemble de ces rivages, il n'y a presque pas de demi-saison et la chute soudaine des températures de plusieurs dizaines de degrés peut faire passer brusquement de l'été à l'hiver en une seule nuit.

    Ce soir-là, les vents, après avoir hésité un long moment à choisir un cap et une allure, se mirent d'un seul coup au nord avec force et discipline. Un nuage épais et noir s'étira alors comme un panache à l'horizon. On aurait dit l'encre que rejetait un énorme calmar pour masquer sa fuite à travers l'espace.
   Notre navire était arrivé à une trentaine de milles au sud de la presqu'île du Kouang Tong, qui surplombe l'un des pertuis donnant accès au golfe du Pohai, lorsqu'une sorte d'ouragan, accouru des solitudes glacées de la toundra, nous tomba brusquement dessus.
    Les rafales se succédèrent alors comme de terribles coups de cravache et chassèrent des cumulus qui, gonflés comme des éponges, s'étaient attardés à laver le brillant des étoiles et la face de la Lune.
    Il devait être environ 20 heures. Des souffles robustes commencèrent par carder énergiquement la peau du ciel en repoussant toute sa bourre tontisse en lambeaux de nuages de laine sale comme de l'étoupe. Mais cela ne dura pas. L'encre échappée de l'horizon, finissant par s'étaler, se transforma progressivement en nuit épaisse et arriva rapidement à travers nos sabords et au-dessus de nos têtes. Elle refoulait devant elle un reste de troupeau de nuages affolés, éparpillés, aux sabots roulant le tonnerre et aux naseaux crachant des éclairs.
   Il faisait vif et coupant. La bise piaulait dans la mâture et le long des drisses. Elle nous coupait le souffle, nous blessait les mains, nous mordait le visage, nous brûlait les lèvres et les paupières.
   La nuit se peupla de bruits sinistres: des éclatements, des coups sourds, des rumeurs d'avalanches. Tout le navire fut agité de soubresauts, de vibrations et de convulsions hystériques. Sa carcasse grinça et geignit de toutes ses tôles. Il souffrait comme un supplicié que l'on tourmente, mais il résistait et s'arc-boutait contre la douleur...
    Cette furie de temps dura toute la nuit et, lorsque le soleil pâle se leva à l'horizon, les batayoles3 jouaient encore leur complainte d'une voix d'orgue. En ce premier jour du mois de septembre, nous venions de plonger dans l'hiver. La mer, devenue grise, s'était mise à faire des rais avec des creux marbrés et striés d'émeraude. Elle moutonnait à l'infini. La coque fendait des masses d'eau effervescente. Ça bouillonnait de partout. Cela faisait un clapot incroyable, en dents de scie. Des vagues démentielles se poursuivaient, se rattrapaient. Et nous avancions cahin-caha, ballotés de tous bords dans cette marmite de sorcière.

Face à la lame
Photo Georges Tanneau

    Les Mandchous racontent qu'un dragon descend parfois du nord pour étaler son corps massif et ses ailes noires sur la mer. Et ce dragon venait de nous rejoindre. Il s'était mis aussitôt à serpenter en creusant la houle et en donnant des coups de queue à tout défoncer. Toute la surface du golfe était pleine de grimaces haineuses. Elle venait de recevoir de plein fouet le souffle de la bête en furie qui transformait les vagues en crachats, en brume salée. Et les lames toutes fumantes d'embruns s'écrasaient contre les pavois4.
    Le vent emportait des mouettes comme des lambeaux d'écume arrachés à la crête des vagues. Les oiseaux blancs plongeaient, planaient entre les collines qui s'abaissaient et se soulevaient. Le vent les reprenait, les retournait, les désarticulait ailes par-dessus tête et les projetait à la verticale vers les profondeurs du ciel où ils se perdaient...


     Nous dûmes attendre patiemment la fin de cette tempête avant de pouvoir gagner un mouillage sur rade de Hsinkang, sous le regard protecteur d'un bateau-feu, près de l'embouchure du Haï-Ho ou fleuve du nord. Là, dans cette mer intérieure du golfe de Pohai, toutes les tempêtes, aussi terribles soient-elles, disparaissent aussi vite qu'elles se forment. Ainsi donc, dans le début de l'après-midi du 2 septembre, les flots avaient-ils retrouvé un peu de leur nonchalance et ils finirent par ressembler en soirée à ces eaux plates des bassins sur lesquelles on voit flotter toutes sortes de débris et de détritus parmi les larges traînées d'huile brune échappées des coques des navires. 

-1-  Dairen ou Dalian est le plus grand port de la Chine du nord. Cette ville de 6 millions d'habitants est jumelée à celle du Havre.

-2-  Port-Arthur, dans l'agglomération de Dalian, s'appelle aujourd'hui Lüshunkou. Cette base militaire est située à l'extrémité de la péninsule du Liaodong, au nord de la mer Jaune.

-3-  Les batayoles sont les montants des rambardes. Elles peuvent être mobiles, comme celles des échelles de coupée, ou fixes comme celles des bastingages.

        Les batayoles

-4- Le pavois est la partie du bordage d'un navire située au-dessus du pont pour le défendre de la mer.

Georges TANNEAU

                 
°1937 - +2013
               


Retour à l'accueil Plan du site Notre salon de cette année Les auteurs invités cette année Nos salons précédents Les auteurs et les livres de tous nos salons
Un coup de cœur pour un livre De courts récits maritimes Des poèmes pour faire voguer nos rêves Des contes pour tous les âges L'histoire maritime du Conquet Les meilleures nouvelles sélectionnées
Le Club d'Orthographe La Dictée Océane Un jeu pour tester ses connaissances maritimes Tout savoir sur notre association Les entreprises qui nous aident Nous écrire ou nous parler