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LE CONQUET
ET
LA MER

Nos historiens locaux, Jean-Pierre Clochon et Hubert Michéa, commencent ici une série d'articles destinés à faire revivre le passé maritime du Conquet.



1 - L'usine d'iode

2- De François Benoît Tissier à l'"Espace Tissier"

3- Fortune de mer :
les déboires du steamer Gorbea Mendi


4- Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet,











Lisez d'autres articles de Jean-Pierre CLOCHON sur
Recherches historiques au Conquet
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De la récolte des laminaires à "l'Espace Tissier".

2- De  FRANCOIS BENOIT TISSIER 
à l’« ESPACE TISSIER »
Un document historique écrit par
Jean-Pierre Clochon.


François Benoît Tissier,
ses origines et ses successeurs. 

François Benoît Tissier était probablement parent d'un Tissier qui fut le prédécesseur d’Ampère au poste de professeur de physique à l’école centrale de Bourg avant 1801. Quant à Nicolas, le père de François Benoît, il avait, comme on le dirait aujourd’hui, une belle carte de visite. Né à Lyon en 1775, marié à Elisabeth Flacheron, il était docteur ès Sciences, pharmacien en chef des armées de Napoléon, professeur de chimie de la ville de Lyon et membre de plusieurs sociétés savantes françaises et étrangères. Au début des années 1830, il avait fondé à Lyon une école de commerce, de dessin, de théorie, de fabrication et des arts industriels. En 1833, soucieux de la promotion des classes ouvrières, il annonçait l’ouverture dans les locaux de son institution, de cours du soir pour les ouvriers, orthographe, arithmétique, géométrie, mécanique et chimie, afin de leur donner le « moyen de cultiver leur esprit et leur talent ». S’étant plus tard rapproché avec son épouse de leur fils, Nicolas Tissier est mort à Brest en 1847. Il a été inhumé en 1851 dans le caveau de Lochrist édifié à son intention.

François Benoît Tissier arrive donc au Conquet en 1829 ou 1830, pour travailler dans l’entreprise Guilhem comme nous l’avons mentionné précédemment. Il a dû se marier en 1825-26, à Estelle Divine Pacifique Lévêque. Ils ont un fils, Frédéric,  né à Paris en mars 1827. La famille  habite au bout de la Grand-Rue, près de la place de Gorre-Conq. La fortune personnelle de François Tissier ne cesse de croître. En 1832, dans la liste des imposés au Conquet, il est au 72e rang. En 1836, il  est déjà à la 23e place pour s’installer à la première en 1846.

En-tête des courriers Tissier
En-tête du papier à lettres Tissier en 1856.

Le voilà devenu l’homme le plus riche de la commune douze ans après son arrivée. Il participe à la vie de la bourgoisie locale. Ainsi en 1848, lors de la création de la Société Littéraire du Conquet: Président le maire : Charles Lombard. Vice-président François Tissier. Secrétaire-trésorier Le Roy, notaire. La société a pour unique but la lecture, toute discussion politique est interdite. Membres: Blanchard, Marchand, Rigollet, Tissier Frédéric et Gloaguen, recteur. Déjà on sent son appétit de posséder des biens fonciers: il entre en conflit avec la municipalité en s’accaparant par exemple des chemins publics . Il est aux avant-postes dans le conflit qui oppose la « ville » à la « campagne » lors de l’affaire de l’église paroissiale. Après cinq ans de crise municipale, le 4 avril 1855, à la faveur ou la défaveur de démissions, le vote du conseil à 6 voix contre 5 impose la construction d'une nouvelle église ..... en ville !
Alors se met en place un scénario semble-t-il mûri d'avance: Le Guerrannic, maire du Conquet, marchand de vins et armateur, vend le 14 juillet 1855 pour 5 000 F, à Tissier directeur de l'usine d'iode, un terrain en ville du Conquet.  Le 20 du même mois, Tissier offre à la municipalité du Conquet le terrain en question pour y construire une église. Depuis ce jour et à perpétuité, la famille Tissier est titulaire de quatre places réservées dans l'église du Conquet.
(La pierre d’autel est aussi un don de François Tissier, elle porte une dédicace en bas, à droite en regardant la nef.)

 A partir de 1857, il commence à acquérir de divers propriétaires les champs et pâtures en face de chez lui. Il se compose un vaste domaine qu’il fait clore de hauts murs et de grilles et y édifie une demeure cossue, avec dépendances, qui va prendre le nom de « château de Penhep », du nom d’un manoir qui se dressait là au début du XVIIe siècle et appartenait à écuyer François Huon, sieur de Kermadec-Penhep et de Gorre-Conq. Tissier s’y installe, vraisemblablement en 1859, avec sa femme et leur fils Frédéric. Selon la matrice cadastrale, la propriété est imposable sur 56 portes et fenêtres ordinaires et une porte cochère.
La « maisonnée » de Tissier se compose de 4 servantes, 2 domestiques, 1 jardinier, 1 concierge et sa femme.

Les grilles de la propriété en 1988.
La grille du château de Penhep est aujourd'hui celle de la mairie.

 François Tissier, maire.

Il succède fin septembre 1870 à François Podeur. Il y a probablement eu un remaniement de l’ensemble des municipalités dû à la chute de l’Empire et à la proclamation de la République le 4 septembre. La patrie est en danger ! Pour mémoire Mac Mahon capitule à Sedan le 2 septembre avec 100 000 soldats, l’empereur Napoléon III est fait prisonnier.  « Nos armées, écrit le préfet du Finistère aux maires, ne suffisent pas à tenir tête au flot d’envahisseurs qui menacent à la fois tout le pays… il faut que la garde nationale soit prête partout… » La garde nationale de la commune du Conquet a un effectif de 178 hommes, Faustin Rigollet, négociant, conseiller municipal en est le capitaine en premier, Frédéric Tissier, chimiste manufacturier est le capitaine en second.  Par décret du 22 octobre, le général Kératry est nommé général en chef de l’armée de Bretagne. Quelques jours plus tard, il passe en revue à Brest sur le cours d’Ajot toutes les compagnies de la garde nationale mobilisées de l’arrondissement de Brest. Le 27 octobre, Bazaine, se rend, enfermé dans Metz avec 180 000 soldats. L’armistice est signé le 28 janvier 1871.

 François Benoît Tissier  meurt pendant son mandat le 11 août 1873, âgé de 70 ans.
Sur sa plaque funéraire dans le caveau de Lochrist on peut lire :

"Chimiste-manufacturier
Chevalier de la Légion d’Honneur 
Maire du Conquet  (1870-1873)
Conseiller général du Finistère"

 Son fils Frédéric lui succède, comme chimiste-manufacturier, directeur de l’usine d’iode.

 

Frédéric Alexandre Tissier.

Né à Paris le 4 mars 1827, fils de François Benoît Tissier et de Estelle Divine Pacifique Levêque, il travaille semble-t-il surtout à la promotion et à la commercialisation des produits chimiques fabriqués dans l’usine du Conquet, qui sont récompensés par des médailles d’or et des diplômes dans des expositions universelles.

Il épouse Alexandrine Marie Rousselin de Corbeau de Saint-Albin, issue d’une famille aristocratique du Dauphiné. Leurs enfants Marie, Hortensius et François se feront appeler Tissier de Saint-Albin. Frédéric Tissier habite une grande maison bourgeoise que l’architecte Marie lui a construite, rue Poncelin, en 1866, (actuellement au n°18). Un vaste jardin clos de murs et de grilles couvrait l’actuelle place de Llandeilo et s’étendait jusqu’à la rue Kerdacon (actuellement de Verdun).
Frédéric Tissier sera maire du Conquet de 1876 à 1878, après l’intermède François Marie Podeur qui avait repris la municipalité à la mort de François Benoît Tissier.
Le gouvernement de la République est alors dans les mains d’un monarchiste : le maréchal de Mac Mahon. Frédéric Tissier est propriétaire pour les 7/12ème (7 000 francs sur 12 000 francs) d’un journal « Le Républicain du Finistère ». Pour des articles (31 mai, 2 juin et 31 juillet), offensant le Président de la République, le journal est condamné par le tribunal correctionnel de Brest. D’octobre à fin décembre 1877, Tissier et son adjoint Rigollet sont démis de leurs fonctions municipales (décret du 4 octobre). Puis sont réintégrés (29 décembre).

Frédéric Tissier et sa mère font don à la commune d'un autre bâtiment qu'ils possèdent et qui deviendra la Mairie-Ecole du Conquet. La commune du Conquet compte alors environ 1450 habitants.

La mairie-école, don de Frédéric Tissier et de sa mère, en 1877.
L'ancienne mairie-école est aujourd'hui l'école publique Jean Monnet.

Frédéric Tissier, conseiller général, membre de la chambre de commerce de Brest, chevalier de la couronne d’Italie, décède avant d’avoir achevé son mandat, le 5 octobre 1878, il avait 51 ans. Il est enterré dans le caveau de Lochrist.

 

Hippolyte Levasseur devient directeur de l’usine Tissier et gérant des biens de la famille.

Né à Brest en 1837, cet ingénieur chimiste à l’usine Tissier épouse madame veuve Frédéric Tissier, prenant ainsi la direction de l’usine et devenant le gestionnaire des immenses biens de la famille Tissier, puisqu’il est déclaré  tuteur des trois enfants mineurs. Il s’installe dans la grande maison cossue de la rue Poncelin
Levasseur succède à Rigollet dans le fauteuil de maire où il est élu le 20 mai 1888 par 11 voix contre une à Robert Menguy. Il restera à la tête de la municipalité jusqu’à sa mort en  1915.

 Le domaine de Penhep

Il semble bien qu’après la mort de François Benoît Tissier, la grande maison de Penhep soit restée vide jusqu’au partage des biens entre la veuve et les enfants de Frédéric. Pendant environ quatre ans de 1878 à 1882, Hippolyte Levasseur administre les biens Tissier dans leur intégralité. En janvier 1882, survient un premier partage : l’ensemble des biens est divisé en deux lots, un pour madame veuve Tissier, un autre pour les enfants. En septembre 1886, partage entre les enfants.  En septembre 1904, partage des biens de madame Levasseur, veuve Tissier : 2/3 au couple Levasseur qui a acheté des terres et des maisons aux enfants Tissier, 1/3 à Marie Tissier de Kerangalet.

 Marie Divine Estelle Tissier.

Elevée par sa mère et son beau-père, elle hérite en 1886 du « château de Penhep », mais comme la demoiselle n’a alors que seize ans, la grande maison reste inhabitée. Les années passent et Marie  épouse le 3 mars 1892, Paul Marie Le Dall de Kerangalet, jeune homme de Camaret, âgé de 26 ans. Le contrat de mariage est établi devant maître Georges Billotte, notaire à Brest. Les Kerangalet ne semblent pas habiter Penhep à longueur d’année puisque leur demeure principale est à Brest, 6 rue de la Mairie. La grande maison n’est ouverte que pour des réceptions que l’on dit fastueuses.
Les relations entre Marie de Kerangalet et son beau-père Levasseur semblent être orageuses, d’autant plus qu’un conflit les sépare à propos de la contribution foncière. Hippolyte Levasseur est maire quand il écrit en 1898 dans un courrier municipal : « … le dit château est  la propriété la plus somptuaire du Conquet, elle possède un parc de huit hectares, une grande maison avec sous-sol, seize salles, salons ou chambres de maîtres avec mobilier luxueux, des mansardes, deux serres de soixante mètres, écurie pour huit à dix chevaux, étable, porcherie, poulailler, clapier, pigeonnier, vaste bûcher, magasin à fourrage, cour d’honneur avec loge de concierge d’un côté et belle remise de l’autre, potager, verger  etc… ».

Le château de Penhep: façade sud.
La façade sud du château de Penhep.

En 1904, un procès court toujours entre la mairie du Conquet et les propriétaires de Penhep.
Le couple Kerangalet se sépare, le mariage est dissous par divorce le 5 décembre 1922.

 De Penhep à Beauséjour

Marie vient alors cette année 1922, de vendre Penhep à Nicolas Goaëc, photographe, 12 rue Jean Jaurès à Brest. Celui-ci transforme la maison d’habitation en hôtel : « Hôtel du Beauséjour ».

L'hôtel du Beauséjour.
Le château de Penhep transformé en hôtel. Façade nord, côté rue.

Il fait construire contre le mur mitoyen avec la rue Bernard un garage pour voitures automobiles avec un étage au-dessus pour servir de maison d’habitation : c’est l’annexe.
Nicolas Goaëc, époux Lorleac’h, hôtelier, est imposé pour 3 portes et 71 fenêtres. Son personnel se résume à trois personnes et il possède deux voitures automobiles.
En 1931/32  il se retire des affaires.

 Les « colos » à Beauséjour

En 1935 la ville de Brest fait l’acquisition du domaine pour ses colonies de vacances. Des bâtiments annexes : cuisine, dortoirs, lavabos sont construits pour les colons le long de la rue Bernard. Les enfants y viendront chaque été jusqu’en 1975 environ, avec une interruption, d’abord  en 1939 où pendant quelques mois des Républicains espagnols y sont maintenus en résidence surveillée, puis de 1940 à 1944 pendant l’occupation allemande qui établit sa Kommandantur dans le château de Penhep.

La colonie de vacances de la ville de Brest.
La colonie de vacances de Brest.

 L’abandon du domaine, puis l’implantation de la nouvelle mairie.

En 1975, la ville de Brest délaisse la propriété de Beauséjour. Le grand bâtiment ouvert à tous vents est pillé, il se dégrade chaque année un peu plus. En 1988, la municipalité du Conquet commence les procédures d’acquisition du domaine auprès de la ville de Brest.

Penhep-Beauséjour en 1988.
Le château abandonné.

En 1989, un musée d’histoire locale et d’histoire maritime est inauguré dans la maison du gardien, il fonctionnera pendant dix ans et sera expulsé en mai 1999, au début des travaux de la nouvelle mairie. L'ancien hôtel particulier de la famille Tissier deviendra ainsi la maison commune des Conquétois en 2000.

Le musée en 1998.
Le petit musée installé pendant dix ans dans la maison du gardien.

Quant aux salles d’expositions temporaires, aménagées dans le sous-sol de la grande maison de maître de François-Benoît Tissier et où plus tard furent installées les cuisines de l’hôtel du Beauséjour, elles sont inaugurées le 21 juin 2003, sous le nom d'Espace Tissier.
C'est donc là que chaque année, au mois de mai, se tient désormais le Salon "La mer en livres".

Jean-Pierre Clochon, avril 2007

 1ère partie- L'usine d'iode de Poulconq au Conquet.

Pour faire plus amplement connaissance avec le patrimoine historique du Conquet, allez sur le site de l'association conquétoise "ASPECT". Vous pourrez y lire d'autres textes de Jean-Pierre Clochon. Et ne manquez pas de visiter aussi son blog.                           .

A l'Espace  Tissier

          Cette page a été consultée 1202 fois en 2013 et 568 fois au cours des 4 premiers mois 2014.  

 
           

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