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Des pages qui font aimer et respecter la mer.







HISTOIRES
 DE
MER











Cadeau d'anniversaire



Un bananier chargé de ferraille



Partie de cache-cache
dans le brouillard




Rapports de mer



La sardine



Les vaisseaux de pierre



Un malamok
peut en cacher un autre



L'aventure câblière
de Déolen
en Locmaria-Plouzané




Le naufrage de La Sémillante



Nouméa:
la vie sur les pontons



Cyclone
dans le lagon calédonien




Histoires du large



La Marie-Jeanne



Le guetteur de Molène




Des liens de varech




Il a neigé sur la ville d'Ys



Quand j'étais castor



La Pierre aux Femmes



Le naufrage effacé



Noël sur un bateau



Tempête en mer de Chine



Le gabier de La Saône



Vole, mon goéland !



Là-haut sur la mer



Les 8 vents de Majorque



Retour de pêche



Rencontre avec le Kurun



Rêveries arctiques



Les mers
ne devraient pas mourir




La mascotte du Cévennes



Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...




Des liens de varech.©

Une nouvelle écrite par Jocelyne CORBEL.



  Brigitte avait vingt ans, un corps souple et musclé, des cheveux longs et bruns qu'elle laissait flotter sur son visage, tels des lichens effilés.
  Depuis une semaine le printemps dénouait les fatigues de l'hiver. Elle vivait encore chez ses parents et, ce midi, elle avait éprouvé un intense besoin de solitude et de soleil sur sa peau. Elle ne supportait plus la présence des autres à longueur de journée. Le silence serait un bienfait, une médecine douce.
  Elle informa sa mère:
- Je pars à Colignon ou au Becquet. Je vais peut-être pêcher. Je prends un sac et un couteau. Tu n'as pas besoin du vélo ? A tantôt !
  Son père qui la regardait partir lui cria:
- Sois prudente !
 Et il cracha dans ses mains avant de reprendre sa bêche pour l'enfoncer d'un mouvement ferme et adroit, s'aidant de son pied sur le bord de l'outil.


  Elle a longé le boulevard maritime, les Flamands, pour se retrouver à Colignon, sa plage favorite.
  De longues minutes, elle est restée sur un rocher à contempler la mer. Son regard s'y noya.
  Elle étendit sa sérénité tricotée au fil de ses pensées floues, en recouvrit ses épaules qui se dénouèrent, apaisées.
  La mer s'était retirée doucement, laissant apparaître de plus en plus de sable, de petits galets, de lits gluants de varech, de rochers abritant des crabes et des patelles, que l'on appelait "flies" et que l'on faisait sauter dans une poêle le soir après la soupe.
  Brigitte s'étira et, le sac dans une main et l'autre qui s'agrippait aux rochers, elle s'avança pour une pêche solitaire.
   Son père lui avait appris comment passer la lame du couteau sous le chapeau chinois de la patelle et vaincre l'adhérence acharnée de celle-ci.
  Son sac était déjà bien rempli quand soudain son pied glissa violemment. Elle tomba lourdement et ressentit une vive douleur dans le bas du dos et à la cheville. Elle parvint, en gémissant, à se redresser et à se hisser sur un rocher assez plat. Son regard sautait de son pied à l'horizon et sa solitude, si douce quelques minutes auparavant, lui noua la gorge. Doucement, la mer montait...
  Elle cria et ses mots se noyèrent dans les vagues qui grimpaient vers elle, inexorablement. Sereine et stimulée par une pêche facile et abondante, elle s'était largement éloignée du rivage. Elle revit son père lui rappeler: sois prudente !
  Alors elle ferma les yeux et chercha la force de vaincre sa douleur, d'oublier cette cheville qui battait au rythme de la houle et gonflait, comme nourrie de cette mer imperturbable...
  Elle avança un peu, rapidement épuisée. Quand elle fit une pause, elle mesura d'un œil épouvanté le court chemin parcouru. Elle s'ancra un instant à un gros rocher et cria, cria...
  Et pleura.


  La mer, qu'elle aimait tant, venait de la piéger. Comme des flashs, elle revoyait son paysan de grand-père qui allait récolter le varech pour engraisser sa terre. Il y pédalait puissamment, avec une petite remorque de sa fabrication accrochée à sa vieille bicyclette.
  Elle se voyait avec son père, d'abord méfiante avec les crabes, pêcher avec enthousiasme ou résignation.
  En bouffée de mémoire, elle revoyait les fêtes de la mer, tout en mâts, voiles et pavillons claquant au vent. Elle se souvenait des marines peintes par son cousin qui contrariait houleusement l'idée qu'on se faisait des rivages...
  Défilaient les taches multicolores des parasols, des draps de bain, les corps alanguis sur le sable chaud et les baignades de l'été, les odeurs d'iode et de maillots mouillés, le goût des huîtres fraîches et des tartines au beurre salé, le bruit des coques sautées avec des échalotes dans une grande casserole dans les mains de sa mère; des flies qui frémissaient dans la poêle en éjectant leur chapeau.
  Elle revivait cette concentration qu'il fallait pour décortiquer avec une épingle les buccins et les bigorneaux, jusqu'à en extraire leur queue tire-bouchonnée et tendre...
  Elle cria encore et encore...

  Deux mouettes qui passaient lui répondirent en écho, une autre perchée sur un rocher penchait la tête comme pour se dire: "drôle d'animal et drôle de cri" ou peut-être pour compatir.
  La mer montait, entêtée.


Varech sur le rivage

  Et puis soudain, une voix grave l'encouragea:
- J'arrive !
  Une silhouette apparut, de plus en plus précise. C'était un jeune homme, d'allure sportive et joviale. Quand il fut à quelques pas d'elle, elle le reconnut:
- Christian Boulanger !
- Tiens, Brigitte, qu'est-ce qui t'arrive ?
- Je suis tombée et je dois avoir une belle entorse...
- Attends ! On a ce qu'il faut sous la main...
  Et il ramassa de longues algues avec lesquelles il banda la cheville devenue celle d'un éléphant.
  Il la regarda, ironique, puis tendre. Piégés. Ils s'aimaient. Une ébullition et une absolution. Elle ne sentait plus ses douleurs, anesthésiée par l'amour.


  Ils rirent aux éclats. Il lui dit:
- Nous deux, ce sont des liens de varech... Tu te souviens quand nous étions en quatrième?
  Plusieurs classes s'étaient retrouvées pour une sortie scolaire. Ils avaient sympathisé, joué au volley ensemble... jusqu'à ce qu'elle glisse brutalement sur un tas de varech en allant chercher le ballon ! Il était venu l'aider à se relever ! C'est bizarre cette répétition des événements.
  Et puis la vie scolaire avait repris son rythme. Ils se rencontraient souvent dans les couloirs et s'envoyaient un petit signe d'amitié. Parfois ils s'étaient défendus des autres comme des frères et sœurs, mais, après le collège, ils s'étaient perdus de vue.
  Là, soudain, ils se sentaient les gestes en harmonie, les pensées synchro, comme étant d'une même famille, sans autres liens concrets que ces algues qui glissaient dans leur histoire.
  Il la porta un peu puis elle boitilla sur son pied valide, accrochée à ce corps solide.
  Arrivés sur la plage ils s'embrassèrent affectueusement.
 Ils avaient cette jeunesse de tous les possibles, comme les matins de jours encore inattendus où tout peut arriver. Le meilleur et le pire.


Jocelyne CORBEL.
   


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