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Des pages qui font aimer et respecter la mer.



HISTOIRES
 DE
MER






Histoires du large


Cadeau d'anniversaire


 Un bananier chargé
de ferraille



Partie de cache-cache
dans le brouillard



Rapports de mer


La sardine


Les vaisseaux de pierre


Un malamok


peut en cacher un autre


L'aventure câblière


de Déolen
en Locmaria-Plouzané



Le naufrage de La Sémillante


Nouméa:
la vie sur les pontons



Cyclone
dans le lagon calédonien



La Marie-Jeanne


Le guetteur de Molène


Des liens de varech


Il a neigé sur la ville d'Ys


Quand j'étais castor


La Pierre aux Femmes


Le naufrage effacé


Noël sur un bateau


Tempête en mer de Chine


Le gabier de La Saône


Vole, mon goéland !


Là-haut sur la mer


Les 8 vents de Majorque


Retour de pêche


Rencontre avec le Kurun


Rêveries arctiques


Les mers
ne devraient pas mourir



La mascotte du Cévennes


Rêves de mousse


La vie d'un ancien port fluvio-maritime:
Pont-L'Abbé



Demain, la mer...


Il a neigé sur la ville d'Ys. ©

Un récit de mer de Georges TANNEAU.

Il a neigé sur la ville d'Ys
"Neige sur Ys" ©, une aquarelle inédite d'Anne CADIOU.

 

    Route pêche.

   Quatre heures du matin à Douarnenez ! Le concert des moteurs réveilla la ville entière. Les carrefours s'animèrent, s'allumèrent. Lueurs et bruits se propagèrent de pas de porte en coin de rue, descendirent vers le vieux port du Rosmeur, puis vers les cales, et la lumière des bateaux créa une autre ville sur la mer. La ville flottante se mit en marche. Elle se détacha du quai avec vacarme, s'éloigna, s'étira, s'écartela, se dispersa en quartiers, en hameaux, en foyers isolés. La baie entière se peupla bientôt d'une quantité innombrable de feux de mâture, de feux de position, rouges, verts, blancs, pailletant, roulant, tanguant et menant un train d'enfer.

   Il nous fallut une bonne heure de route pour atteindre à plein régime les lieux de pêche. Nous étions arrivés quelque part au centre de la baie, au cœur de la nuit, et maintenant nous ralentissions, nous stoppions et nous attendions le lever du jour sans trop savoir pourquoi nous nous étions empressés de la sorte pour être là, parmi les premiers, à attendre et à rêvasser... Dame sardine sera-t-elle au rendez-vous aujourd'hui ?... Là-bas un phare, ici un autre, comme des étoiles au ras des flots; ils piquaient l'obscurité et comptaient les secondes perdues à attendre...

   L'aube tardait à venir. Elle préparait ses couleurs, mélangeait les reflets mordorés ou anthracite de la mer avec un peu d'écume. Elle dessinait lentement le dos des collines sombres et découpait sur l'horizon les formes potelées d'un Menez-Hom campagnard. Elle éteignait les villages et gommait la Voie Lactée. Elle défroissait quelques nuages bas et essuyait ses brosses à grands coups de cirrus sur la clé de voûte du firmament. Elle préparait la grande fresque de l'aurore. Nous attendions béatement la création d'un jour nouveau sur une toile de maître. Il y eut un matin coloré à la pointe du pinceau, il y eut de l'espoir.

   La brise nous apportait des bribes d'échos lointains, des bourdonnements, des rumeurs, venus de terre, entrecoupés de quelques éclats argentins, frêles et brefs tintements de cloches: Dong ! ... Dong !... Angélus ou matines ?... Les coqs des clochers se réveillaient, s'interpellaient, se répondaient de village à village.

- Ça vient de Telgruc, ça vient d'Argol, ça vient probablement de plus loin ! Les sons portent loin et clair, me dit un matelot, changement de temps pour demain !

- Du mauvais temps ?

- Je ne dis pas, mais de la pluie certainement.

- Ah !

- Par ici, c'est quand on entend sonner les cloches de la ville d'Ys qu'arrivent à coup sûr les coups de Trafalgar !

   Si la ville d'Ys a réellement existé, et j'ai comme une folle envie de le croire, elle se trouve engloutie dans cette baie. Et nous tendions nos filets à sardines à cet endroit, à quelques brasses au-dessus de ce royaume et de ses trésors.

   Il dut neiger ce jour-là des perles d'ambre, des flocons de rogue couleur topaze sur ses murailles, ses palais incrustés de coquillages et hérissés de gorgones.  Dong !... Dong !...

   Et je plongeais mon regard, à en dissoudre mes prunelles jusqu'au plus profond de l'iris de la mer...

Georges TANNEAU

         
°1937 - +2013      


NB: La rogue était un appât constitué d'œufs de morue importés à grands frais de Norvège. Lire sur ce site le document historique "La sardine" du même auteur.




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