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Des pages qui font aimer et respecter la mer.

LA  MER
EN
CONTES










  Le fantôme de Zack ©.

Un conte de Klaus Schaefer-Pérez.

   Zack a pris le large. Il se prépare à passer son cinquième hiver seul sur son île perdue à une quinzaine de miles au large du territoire de Terre-Neuve-Labrador. Unique humain, il vit retiré en bonne compagnie, au milieu d’une foule délirante de fous de Bassan. Handicapé, suite à un accident de pêche, sa jambe gauche est paralysée. « Mais cré-moé, cré-moé pas, je suis fringant comme un poulain du printemps » répète le marinier à qui veut l’entendre.
   Trois autres amis veillent jalousement sur lui. Ce sont les bélugas aux noms célestes de Vega, Cassiopée et Orion. Leur fraternité s’est forgée le jour où le vieil homme leur sauva la vie face aux harpons des chasseurs de baleine clandestins. Depuis, Zack se dévoue corps et âme aux cétacés : « Quiconque ose toucher à mes protégés reçoit une grosse ramasse ».

    Tel un ours solitaire, Zack a choisi un coin sauvage. Son refuge se résume à un petit monticule rocheux surmonté d’un phare ancestral en sommeil. Sa cabane désuète subit héroïquement les outrages du temps. Mais ne vous fiez pas aux apparences. A l’intérieur, au coin du feu, l’étranger est toujours reçu chaleureusement. L’hôte se verra forcément offrir la pipée. Et un coup de gnaule…
   En vivant libre comme l’air, Zack accomplit néanmoins un rite immuable. Un pèlerinage qui le ramène toutes les quinzaines sur le continent à bord de son bateau poussif. Car, pour rien au monde, il ne voudrait manquer les matches de cartes avec ses trois potes Félix, James et Steven. Le rendez-vous est fixé à Hopedale, une petite ville au cœur Inuit. C’est là, à la taverne du « Pirate repenti » que se retrouvent pêle-mêle terriens et marins dans un joyeux brouhaha enfumé.

    Ce samedi de novembre, la tablée n’attend plus que le quatrième larron qui ne devrait pas tarder à débarquer. Sa tournée hebdomadaire est parfaitement rôdée. Elle commence par un passage obligé à l’épicerie du coin. Une fois son sac à dos remplit de victuailles, il descend vers le port, impatient de pousser la porte de l’estaminet, une bâtisse en bois construite sur pilotis. A son arrivée, les tablées s’animent. « V’là le violoneux » s’exclame Patty, la jolie rousse du bar.
    Pourtant, cette fois, Zack accuse du retard. Même qu’au fil des minutes, l’attente devient angoissante. Las d’incertitude, les trois copains décident de ranger le jeu pour se rendre prestement au débarcadère. Sur place, pas de trace de son embarcation.
- Il lui est arrivé quelque chose, prédit Félix, la voix tremblotante.
Sans perdre une seconde, Frédéric, le pilote de la vedette garde-côte est alerté. Moins d’une demi-heure plus tard, l’équipe lève l’ancre.
    Un temps « brumasseux » les accompagne durant le trajet. Chacun imagine un scénario mais personne n’ose imaginer le pire. Au loin, la tanière laisse déjà entrevoir sa silhouette. Avec un pincement au cœur et un immense espoir, les regards se portent sur la barque de Zack. Une présence rassurante. Néanmoins, un détail curieux intrigue : l’«Arc-en-ciel » n’est pas amarré au ponton.
     Un peu à l’écart, les hommes distinguent plusieurs bélugas qui se montrent plutôt agités. « Ce sont sans doute ses protégés dont il nous a si souvent parlé » relève Steven. Mais dans l’immédiat, il s’agit d’aller inspecter le gîte.
    Une visite dans la cahute laisse chacun perplexe. Il n’y a personne. Tout est soigneusement rangé. Sur le poêle, le repas est prêt pour la cuisson. Des oiseaux de mer s’agglutinent derrière la petite fenêtre qui s’ouvre sur la mer. Peut-être attendent-ils la pitance. L’atmosphère est pesante. Pas de doute, le compagnon s’est volatilisé.
    Après avoir arpenté le site de long en large, un grand vide s’empare du groupe. Les appels incessants lancés tout azimut se perdent tristement dans l’infini océanique. « Mais où est-il ? ».
     Ce sont les bélugas qui vont apporter une piste.
- Les gars, l’instinct me dit que nous devons les suivre, propose Frédéric.

Le moteur à plein régime, l’unité de la marine emprunte maintenant le sillage des trois cétacés qui s’éloignent en direction du nord-ouest. Une dizaine de minutes plus tard, au milieu de la mer du Labrador, la course infernale s’interrompt.
    L’équipage observe les mouvements des baleines qui décrivent de grands cercles, lorsqu’un objet insolite est localisé droit devant. On dirait un canot de sauvetage à la dérive ! La confirmation vient très vite. Effectivement, on se trouve en présence de naufragés.
    En suivant une manœuvre quasi chronométrée, les six passagers sont hissés à bord. « Sauvés par la cloche » soupire Steven lorsque le dernier des rescapés débarque sur le pont. La mer est houleuse. Le « nordais » s’est levé. « Il fait fret comme chez le loup » commente James qui enfile ses mitaines et son bonnet de laine.
     Les moments d’émotion passés, les marins repêchés racontent leur mésaventure. Des témoignages troublants et aussi des aveux :
- C’est vrai, nous sommes venus par ici pour chasser illicitement la baleine. Alors que nous venions de repérer une bande de cétacés, un autre bateau a foncé sur nous. On a remarqué qu’un seul homme se trouvait à bord. Notre intention était de l’intimider. Au moment où nous allions passer à l’action, notre bâtiment s’est soulevé de plusieurs mètres avant de se retourner dans un terrible fracas. Par chance, le canot de sauvetage était intact. L’autre barque paraissait indemne mais son occupant avait disparu. On a vainement cherché. Voilà, c’est la vérité.
    C’était donc Zack qui a sacrifié sa vie pour épargner celle de ses compagnons aquatiques. Ce sont ces derniers dans un réflexe de défense qui ont ramené l’«Arc-en-Ciel » au bercail.
    Pour les amis du disparu, le retour vers la terre ferme tient d’un véritable calvaire. A l’arrivée, les six survivants du baleinier sont pris en charge par la police maritime canadienne. Réconfortés et soignés, ils iront sûrement ensuite en prison…
    Zack est parti pour la gloire. Pour Félix, James et Steven, c’est un peu le ciel qui leur est tombé sur la tête : « A la revoyure mon pote !».
Depuis lors, le «Pirate repenti » a perdu aussi de son âme. Pour toujours ? Au diable, la mélancolie ! Zack était frondeur comme un bélier. « Nous devons lui faire honneur » clame le trio qui promet donc de retourner à la taverne.
   Ainsi, par un samedi hivernal ensoleillé, la table ronde branlante des habitués est à nouveau occupée. Le temps de riper les cartes est revenu. Comme avant. Enfin, il n’y a pas si longtemps. Seule une chaise désespérément vide témoigne d’une cruelle absence.
-  Alors, les gars, vous jouez ou quoi !
    Les trois acteurs interloqués se regardent mutuellement :
-  On aurait dit la voix de Zack .

Un « as de cœur » venu de nulle part est posé au milieu du tapis !

-  Vous êtes surpris ! Je comprends. Je ne voulais quand même pas vous quitter si lâchement…
    Zack est bel et bien revenu sur terre. Insaisissable pour le commun des mortels.
-  Je suis un fantôme, d’accord. Surtout, ne chialez pas sur mon sort. Je suis heureux là où je crèche désormais, entouré de mes protégés.
    Et ainsi la partie de cartes à quatre s’est prolongée durant de longs moments. Pourtant, l’heure de se séparer définitivement est proche. L’ami Zack exprime un ultime vœu :
- Vous savez ce qui me ferait le plus grand plaisir ? Que vous continuiez à veiller sur Vega, Cassiopée, Orion…et tous les autres cétacés menacés par l’homme. Vous pourrez toujours compter sur moi pour vous donner un coup de main.
-  Ton vœu sera exaucé, jurent à l’unisson les copains.
    Un vent d’ailleurs vient de traverser la petite salle du bistrot. Comme étourdis, Félix, James et Steven tentent de s’arracher de ce rêve extraordinaire. Dans l’entourage, leur comportement étonne « Y ont pris un p’tit coup dans l’corps » murmure Patty plutôt amusée par l’attitude de ses fidèles clients.
    L’événement auquel ils viennent d’assister restera à jamais gravé dans le cercle fermé de l’amitié. Désormais Zack les accompagnera sur le chemin imaginaire qui conduit au bout d’un monde idéal. Dans le frimas de la saison glacée, la petite cheminée de la cabane de Zack continue à fumer. A tour de rôle, les trois copains se relayent pour accomplir leur promesse. Cette apparente quiétude est seulement troublée par le bal des bélugas qui s’adonnent à un étrange et immuable va-et-vient. Au débarcadère, l’«Arc-en-ciel » quitte mystérieusement ses attaches pour revenir quelques heures plus tard, comme par enchantement. Aujourd’hui, les baleiniers évitent de naviguer dans les parages du Labrador. Malédiction à celui qui ose s’y aventurer. Zack est là, en compagnie de sa troupe de choc. Vega, Cassiopée et Orion veillent sur leur maître humain, leur complice pour l’éternité.


Klaus Schaefer-Pérez


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